Canción del esposo soldado

Publié le 23 Juillet 2016

Canción del esposo soldado

Miguel Hernández

By Unknown - http://www.flickr.com/photos/uned/4702976463/, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=21180896

J'ai peuplé ton ventre d'amour et de semailles,
j'ai prolongé l'écho du sang auquel je réponds
et j'attends sur le sillon comme le soc espère :
je suis arrivé jusqu'au fond.

Brune de hautes tours, de haute lumière et de
hauts yeux,
épouse de ma peau, grande gorgée de ma vie,
tes seins fous grandissent vers moi en faisant
des sauts
de biche portante.

Désormais tu me sembles un cristal délicat
je crains que tu ne te brises au moindre faux pas
et pour renforcer tes veines avec ma peau de soldat
je voudrais être comme le cerisier.

Miroir de ma chair, soutien de mes ailes,
je te donne vie dans la mort qu'on me donne et que
je ne prends pas.
Femme, femme, je t'aime encerclé par les balles,
convoité par le plomb.

Sur les cercueils féroces à l'affût,
sur les morts eux-mêmes sans remède et sans fosse
je t'aime, et je voudrais t'embrasser de toute
la poitrine
même dans la poussière, épouse.

Quand, à côté des champs de bataille te pense
mon front que ton image ne refroidit ni ne calme,
tu t'approches vers moi comme une bouche
immense avec des dents affamées.

Écris-moi dans la lutte, sens-moi dans la tranchée :
ici avec le fusil j'évoque et fixe ton nom,
et je défends ton ventre de pauvre qui m'attend,
et je défends ton fils.

Notre fils naîtra avec le poing fermé,
entouré d'une clameur de victoire et de guitares,
et je laisserai devant ta porte ma vie de soldat
sans griffes ni canines.

Il faut tuer pour continuer de vivre.
Un jour j'irai à l'ombre de tes cheveux lointains
et je dormirai dans le drap d'amidon et de vacarme
cousu par ta main.

Tes jambes implacables vont tout droit vers
l'accouchement,
et ton implacable bouche de lèvres indomptables,
et devant ma solitude d'explosions et de trouées
tu parcours un chemin de baisers implacables.

Pour le fils sera la paix que je suis en train
de forger.
Et à la fin dans un océan d'irrémédiables os
ton coeur et le mien feront naufrage, en laissant
une femme et un homme consumés par les baisers.

Miguel Hernández - Mon sang est un chemin

He poblado tu vientre de amor y sementera,
he prolongado el eco de sangre a que respondo
y espero sobre el surco como el arado espera:
he llegado hasta el fondo.

Morena de altas torres, alta luz y ojos altos,
esposa de mi piel, gran trago de mi vida,
tus pechos locos crecen hacia mí dando saltos
de cierva concebida.

Ya me parece que eres un cristal delicado,
temo que te me rompas al más leve tropiezo,
y a reforzar tus venas con mi piel de soldado
fuera como el cerezo.

Espejo de mi carne, sustento de mis alas,
te doy vida en la muerte que me dan y no tomo.
Mujer, mujer, te quiero cercado por las balas,
ansiado por el plomo.

Sobre los ataúdes feroces en acecho,
sobre los mismos muertos sin remedio y sin fosa
te quiero, y te quisiera besar con todo el pecho
hasta en el polvo, esposa.

Cuando junto a los campos de combate te piensa
mi frente que no enfría ni aplaca tu figura,
te acercas hacia mí como una boca inmensa
de hambrienta dentadura.

Escríbeme a la lucha, siénteme en la trinchera:
aquí con el fusil tu nombre evoco y fijo,
y defiendo tu vientre de pobre que me espera,
y defiendo tu hijo.

Nacerá nuestro hijo con el puño cerrado
envuelto en un clamor de victoria y guitarras,
y dejaré a tu puerta mi vida de soldado
sin colmillos ni garras.

Es preciso matar para seguir viviendo.
Un día iré a la sombra de tu pelo lejano,
y dormiré en la sábana de almidón y de estruendo
cosida por tu mano.

Tus piernas implacables al parto van derechas,
y tu implacable boca de labios indomables,
y ante mi soledad de explosiones y brechas
recorres un camino de besos implacables.

Para el hijo será la paz que estoy forjando.
Y al fin en un océano de irremediables huesos
tu corazón y el mío naufragarán, quedando
una mujer y un hombre gastados por los besos.

Miguel Hernandez

Rédigé par caroleone

Publié dans #La poésie en chanson, #La poésie que j'aime

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