Guyane : Les Teko ou Emerillons

Publié le 9 Janvier 2016

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Il s'agit d'un des six peuples amérindiens de la Guyane française.

Population : entre 250 à 400 personnes

Langue : tupi guarani

Autodésignation : teko = nous

Le terme Emerillon est un nom donné par les occidentaux.

Villages : Elahé, Kayodé, Taluwen, Twenké (Moyen Oyapock, Haut Maroni, Tampock).

Comme les Wayana et les Apalaï, ils vivent sur le Haut Maroni, le fleuve à la frontière entre le Surinam et la Guyane française prenant ses sources près de la frontière brésilienne.

L'orpaillage ce poison

L'orpaillage illégal est de nos jours la plus importante menace pour leur mode de vie comme pour l'ensemble des peuples de la région.

Depuis 2008, ils font face à l'invasion de leurs terres par des orpailleurs clandestins. Cette activité polluante souille l'eau nécessaire à leur subsistance avec des rejets de mercure et de boue. Les orpailleurs chassent et pêchent dans les zones d'usage réservée aux indiens les privant de leur source de subsistance. L'insécurité est toujours de mise quand des camps d'orpailleurs sont dans une région.

Les chefs coutumiers Teko et Wayana des villages d'Elahé, Kayodé, Taluwen et Twenké se sont prononcés pour le classement du sud de la Guyane en parc national à condition que leurs territoires soient inclus dans la zone Grand parc pour y interdire l'orpaillage illégal qui pollue fortement leur environnement à cause du mercure utilisé.

Les villages sont construits le long des cours d'eau dans des zones naturelles où domine la forêt primaire équatoriale.

Peuple présent dans la région des Guyanes depuis au moins deux siècles, vivant autrefois du nomadisme, de la chasse de la pêche et de la cueillette puis de l'agriculture.

L'identité Teko sera fixée définitivement par le biais des voyageurs de la fin du XIXe siècle dont Crevaux en 1878 et Coudreau en 1893 sous le nom d'Emerillon.

Histoire

- dans les années 1830/1840, les territoires Teko et Wayãpi se superposaient sans partage avec d'autres ethnies avec leur propre identité

- à partir du XVIIIe siècle: sous l'impulsion des puissances coloniales, les mouvements de population indigène s'accélèrent. Il existe alors 53 ethnies identifiées entre l'est du Surinam et le sud de l'Amapá. Pratiquement tous les peuples amérindiens seront affectés par la colonisation selon le terrain géographique qui est le leur.

Les Teko restèrent longtemps les plus isolés des groupes tupi-guarani dans l'axe nord/est/sud/est de l'arrière pays de l'île de Cayenne et des cours d'eau formateurs orientaux du Maroni. Ils ont pu drainer à eux une partie des communautés survivantes de la mouvance des deux missions jésuites de l'Oyapock (St Paul et Ste Foi de Camopi), et les restes de groupes karib pris entre la migration des Wayana et les soucis avec les noirs marrons.

- A partir de la fin du XVIIIe siècle jusqu'aux 40 premières années du XIXe siècle, les Tekos s'éloignent du Maroni et se centrent sur le château de la Guyane centrale. Ils se tournent vers la géopolitique française surtout pour s'approvisionner en outils métalliques et s'éloignent alors des intermédiaires amérindiens.

- 1938 : en Amapá est créé le poste Luis Hortá en face de Camopi à l'initiative du SPI (ancêtre de la Funai) et cela attire un groupe d'une quarantaine de Tekos (80% de leur population d'alors). L'ouverture des postes signifie une présence effective et permanente de l'administration française.

- 1950 : mise en place de l'assistance médicale avec l'ouverture d'un dispensaire à Camopi puis l'ouverture d'une école laïque.

- années 1960 : les Teko et les Wayãpi sont invités à se regrouper en gros villages, les chefs sont nommés Capitaines comme dans la tradition et intronisés officiellement lors de voyages à Cayenne, ils reçoivent des cadeaux annuels et un costume militaire. Un chef suprême est désigné par ethnie et reçoit le nom de Gran Man comme pour imiter le système hiérarchisé des Boni. Ces mesures semblent relativement bien accueillies par les Tekos car cela leur permet de renouer avec les institutions françaises. Le travail des médecins permet d'endiguer la chute démographique et dans les décennies 1970/1980, les populations croissent à nouveau.

- Fin 1985 : début de la ruée vers l'or brésilienne qui va bouleverser la situation actuelle de la région. Sous l'impulsion de l'inventaire minier que mène le BRGM de 1975 à 1995, on estime le potentiel en or à plus de 120 tonnes et une carte géologique est éditée en 2001 provoquant la seconde ruée vers l'or. La modernisation du matériel d'extraction de l'or alluvionnaire permet aux orpailleurs de prospecter des zones alors inaccessibles ou d'anciennes zones prospectées lors de la première ruée.

En 20 ans, la zone du moyen Oyapock et de la Camopi a vu passer plusieurs milliers d'orpailleurs illégaux venant du Brésil. La croissance démographique est sans précédent occasionnant tout son lot de problèmes habituels pour les populations indigènes.

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Mode de vie

Depuis une dizaine d'années est constaté un éclatement de l'habitat et un morcellement des lieux de vie avec les Tekos la matrilocalité qui domine. La veuve d'un homme fondateur peut hériter du titre de chef de village. Certains gardent leurs fils et attirent leurs brus. Un lien de parenté existe toujours reliant l'ensemble des membres du village. Cela correspond à la structure classique des amérindiens de Guyane.

Les abattis sur la Camopi se répartissent sur un linéaire d'une journée de pirogue.

Ces grandes nomades qu"étaient les Tekos possèdent un grand territoire de chasse qui va jusqu'aux monts Belvédère à quatre jours de pirogue de leurs villages.

La pêche se fait souvent collectivement avec la technique d'empoisonnement d'une partie de la rivière : la pêche à la nivrée.

Le poisson représente une source importante de protéines animales.

L'agriculture itinérante sur brûlis sert aux plantations du manioc qui est l'aliment de base des Tekos donnant de la farine, permettant de faire de la bière mais ils cultivent également des patates douces, des ignames, des taros, des pastèques, des bananes et des ananas.

Ils récoltent dans la forêt les fruits du palmier wassaï, du comou ainsi que les vers de palmier.

Même si les amérindiens se définissent comme étant français, ils gardent vive leur identité amérindienne et demandent à l'état français d'être le garant de leurs droits territoriaux et de leur spécificité culturelle.

source : Construction et reconstruction territoriale chez les Wayãpi et Teko de la commune de Camopi Guyane française confins revue

https://confins.revues.org/7964

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #indigènes et indiens, #Teko, #Guyane

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alain viguier 10/01/2016 15:42

La photo (N°1) village Kayodé date de 1989.

caroleone 10/01/2016 19:59

Merci Alain pour les précisions.