Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

Publié le 12 Décembre 2015

Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

Une triste histoire que je vais vous raconter ou comment étaient considérés en ce temps par les européens, les êtres désignés comme de race inférieure.

Sawtche est née vers 1789 sur les bords de la Gamtoos river en Afrique du sud, au sein du peuple Khoïkhoï, l'un des plus anciens peuples de la planète, le plus ancien du sud de l'Afrique.

Elle est le fruit du métissage de deux ethnies sud-africaines proches géographiquement , par son père les Khoïkhoï et par sa mère les Bochiman (Bushmen) ou Sankhoï, deux peuples qui ont la particularité de parler des langues dites à clic.

Sawtche et ses frères et sœurs sont issus d'un peuple de chasseurs/cueilleurs et d'une famille qui a été massacrée par les colons hollandais et dont les survivants ont été réduits en esclavage par les boers.

Elle sera esclave dans un kraal voisin (un hameau) de son maître un afrikaneer. On la dote selon l'usage chrétien et colonial d'un prénom néerlandais, Saartjie qui est le diminutif de Sarah.

En 1807, grâce à deux pièges utilisés par le colonialisme en tant que pratiques d'asservissement, le tabac et l'eau de vie, les trois soeurs sont envoyées dans la ferme voisine de leur maître. Saartjie a déjà été mariée entre temps à un Khoïkhoï dont elle a eu deux enfants.

Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

A Pair of Broad Bottoms » par William Heathhttp://www.corbisimages.com/stock-photo/rights-managed/HT004119/caricature-of-englishman-and-hottentot-venus/?tab=details&caller=search. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

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Un physique hors du commun

En 1810, un chirurgien militaire de la marine britannique en visite chez les maîtres de Saartjie remarque sa morphologie hors du commun.

En effet, elle est dotée de deux caractéristiques morphologiques particulières, la stéatopygie qui est une hyperplasie génétique du tissu adipeux de la région fessière et la macronymphie ou tablier des Hottentotes qui y est souvent associée et qui consiste en une élongation naturelle des petites lèvres.

Ces deux caractères morphologiques sont parfois consécutifs aux accouchements et se rencontrent chez certains peuples d'Afrique du sud.

Il n'y a pas loin que le chirurgien qui doit être bientôt à la retraite avec une baisse de ses revenus voit une façon de s'enrichir avec cette femme. Il convainc le maître de Saartjie de s'associer à lui pour emmener Saartjie en Angleterre.

Elle se laisse également convaincre (en a-t-elle vraiment le choix?) par les arguments de son maître qui lui dit qu'elle fera fortune et qu'elle aura droit à la liberté en exhibant son corps et en dansant au son de la goura.

Quand elle débarque à Londres en 1810, Saartjie devient vite un phénomène de foire.

On l'expose dans une cage d'une salle de Piccadilly Street où elle doit endurer l'humiliation des regards, les quolibets et même les touchers des spectateurs. On lui donne le surnom de Vénus Hottentote, on la ridiculise en l'appellant "fat bum" (gros cul).

Caesar son maître est accusé en novembre 1810 par l'African association d'exploiter, exposer de manière indécente et violer l'acte d'abolition de la traite des esclaves de 1807. Sarrtjie témoigne ne pas agir sous la contrainte. Ils l'a font passer pour une artiste sous contrat (un subterfuge légal), elle est sensée percevoir une partie des recettes des "spectacles" '(12 guinées par an).

La cour conclut à un non lieu.

Elle sera exposée dans le nord de l'Angleterre et l'Irlande par la suite mais le public britannique se lassant de ce show de zoo humain, ils partent en Hollande puis en France à partir de septembre 1814. L'esclavage y est encore légal.

Elle sera exploitée par Henry Taylor, un organisateur de tournées, par le montreur d'animaux exotiques Réaux qui fait payer 3 francs pour la voir, la toucher dans les cabarets.

Elle deviendra un objet sexuel pour les belles soirées privées de l'aristocratie puis prostituée et tombera enfin dans l'alcoolisme. Comment ne pas y tomber ?

Ce n'est pas encore terminé pour cette malheureuse.

Objet scientifique

Vers 1815, un professeur de zoologie et administrateur du musée national d'histoire naturelle de France, Etienne Geoffroy St Hilaire demande à examiner les caractères distinctifs de cette "race curieuse".

Saatjie deviendra encore un objet de curiosité pour les yeux des scientifiques dont Georges Cuvier qui présente alors la pensée scientifique raciste courante en France. Il étudie les peuples africains qu'il tient pour les plus" dégradées des espèces humaines". Cuvier est également zoologue et chirurgien sous Napoléon Bonaparte.

Cuvier la fera exposer nue pour des peintures et comme objet d'étude.

Les préjugés racistes vont bon train à cette époque où l'homme blanc se croit une race supérieure. C'est ainsi que St Hilaire compare le visage de Saartjie sous ses termes "Un commencement de museau encore plus considérable que celui de l'orang-outang rouge qui habite les plus grandes îles de l'océan indien »". Il compare ses fesses à celles des femelles des singes maimon et mandrill par leurs mensurations.

Saatjie sera mesurée sous toutes les coutures trois jours durant mais refusera au grand dam de Cuvier de dévoiler son tablier d'Hottentote.

Peu de temps après , le 29 décembre 1815 elle meurt dans des conditions de vie sordides d'une pneumonie. C'est Cuvier qui fera l'autopsie et confirmera en plus des complications dues à la variole et à la syphilis.

Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

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Même morte....

Cuvier a récupéré le corps de Saartjie.

Il en fait un moulage de plâtre.

Il estime que Saartjie est la preuve de l'infériorité de certaines races. Au nom du progrès des connaissances humaines, il dissèque le corps, le cerveau, l'anus et les organes génitaux seront conservés dans des bocaux de formol.

Il extrait le squelette, le reconstitue entièrement os après os.

En 1817, il expose le résultat de son "travail" dans sa publication "Observation sur le cadavre d'une femme connue à Paris sous le nom de Vénus Hottentote" et le présente devant l'académie nationale de médecine.

Le rapport est considéré de nos jours comme rapportant des théories racistes et des préjugés de l'époque. Moule et squelette seront exposés dans la galerie d'anthropologie physique du musée de l'homme de Paris fondé en 1937.

En 1974 on les retire et on les met dans les réserves du musée.

Le moulage reste exposé deux ans dans la salle de préhistoire.

En 1994, on ressort le moulage et le squelette des réserves à l'occasion d'une exposition sur la sculpture ethnographique au XIXe siècle de la Vénus Hottentote à la Tehura de Gauguin, au musée d'Orsay et en Arles.

Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote

Sarah Bartmann Site-003 » par Leo za1 — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

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Vers la restitution

Dans les années 40, il y a des demandes à la France de restitution de la dépouille mortelle de Saartjie par l'Afrique du sud.

En 1994, les Khoïkhoï font appel à Nelson Mandela après la fin de l'apartheid pour les aider à se faire restituer la dépouille de Saartjie et lui offrir une sépulture digne.

Des artistes s'emparent de la demande et s'engagent auprès de celle-ci comme une sorte de mythe.

Les demandes se heurtent au refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'état et de la science.

Une loi spéciale de restitution en mars 2002 permettra de rendre la dépouille à l'Afrique du sud.

Voir ici

Le 3 mai 2002, la dépouille de Saartjie est accueillie au Cap le 9 août 2002 (journée de la femme en Afrique du sud).Après une cérémonie œcuménique, elle est placée sur un lit d'herbes sèches et brûlée selon les rites de son peuple.

Elle sera inhumée sur la colline de Vergaderingskop près de Hankens, son village natal.

source : wikipédia

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A
Tu sais j'ai envie de pleurer et de vomir de honte quand je lis des histoires comme ça. Je ne sais rien dire de plus, quand on pense que le racisme, sous d'autres formes existe toujours. Répugnant.
C
C'est évident que sur place, les 'blancs" devaient se lâcher et il ne devait pas être bon se trouver là-bas avec des idées anticolonialistes ou tout simplement non racistes. Moi, ça me rappelle l'attitude de mon beau-frère prof en lycée pro à la Réunion, où il a pu finir sa carrière et augmenter considérablement son gain pour la retraite : si tu avais entendu comment il considérait ses élèves !! De quoi faire bondir également.
A
Je suis tombée par hasard hier sur un documentaire de l'INA à propos de l'exploitation du bois en Afrique et particulièrement à Bimbresso et Abidjan. Ca datait de 1952, époque à laquelle mes parents y étaient puisque mon père s'occupait de la mise en marche d'usines à papier. J'ai été horrifiée par les commentaires du journaliste. Je comprends pourquoi mes parents sont rentrés avec tant de colère contre les comportements de certains blancs dits civilisés envers la population locale!!!
C
Je suis comme toi, quand je tombe sur ce genre d'histoire, tout d'abord je n'en crois pas mes yeux et ensuite ça me tourne dans la tête avec un sentiment de honte et de mépris pour ces personnes qui se croyaient si haut placées sur terre pour en réduire les autres à l'état d'animaux. Ce qui est honteux également c'est que Cuvier figure sur le nom de certaines rues, ce qui est honteux c'est que sous prétexte de l'époque on nous dise qu'il faille relativiser les propos, ce qui est honteux et dont je n'ai pas parlé c'est que la tombe de Saartjie a été profanée en début d'année tout comme le sont les monuments dédiés en Afrique du sud au colonialisme alors qu'elle, je ne vois pas le rapport puisqu'elle en est une victime. Le racisme est partout, l'intolérance est partout et dans un monde qui est en train de se saborder, qui veut nous faire douter sur notre état d'esprit, il n'a jamais été aussi difficile de s'y retrouver avec ses propres valeurs. D'où l'importance de ne pas se laisser embobiner par des partis, de belles paroles proférées par des carriéristes tels qu'ils soient. Ils sont tout mélanger et on se retrouve avec les bras ballants, sans aucun repère et pire sans aucune énergie de combat , sans aucune référence au mot socialisme qui porte nos idéaux, comme si tout avait été enterré d'un seul coup.