Plumes de canards trempées dans la mare des grands

Publié le 5 Novembre 2015

Plumes de canards trempées dans la mare des grands

Les canards ne sont pas l’apanage des enfants
Des comptines et des poésies de maternelles
Les canards ont aussi des plumes
A tremper dans les encriers des adultes, des grands
Du moins de ceux qui aiment à en parler.

J’ai croisé deux plumes de fuligules
Dans la mare si proche qu’elle me faisait du pied
Leur œil est vif et gai
Parfois triste et morne
Il détourne son regard de l’envers du monde.

J’ai trempé deux plumes de bernaches
Dans l’étang qui berce l’abbaye
Elles étaient vibrantes, tendres et multiples
Leurs ondes forces et vives
Prêtaient à dire que l’avenir
Est à ceux qui ont les pattes palmées.

J’ai trouvé sur le sol une plume de sarcelle
Toute remplie d’une énergie décuplée
Elle voulait migrer, se faire hirondelle
Partir avec ses sœurs en Amérique, pour se multiplier
Ici elle reste, immobile
Trempée dans la mare du temps perdu
Elle écrit les rimes à l’emporte-pièce de l’espérance
Et de la nue.

J’ai croisé mes pas avec la plume de la cane colvert
Qui naviguait sur la Seine, fière, sa progéniture
Sur ses pas :
Minuscules canetons, merveilles d’oiseaux jolis
Nageaient à qui mieux mieux
Pour ne pas perdre pied
Spectacle enfantin qui ravit aussi les cœurs
Des grands aux cœurs d’enfants
Des grands au cœur nature.

Le garrot me donna sans condition
Sa plus belle plume, celle du croupion
Pour écrire la poésie à l’encre de mes vœux
Me dit-il un sourire en coin.

L’érismature décida de me prêter une plumette de duvet
Chaude douce et câline
Pour écrire des rimes en forme de nuage.

Le plongeon qui était peu sage
Revint trempé de la tête aux pieds
Avec son don de lui
Une plume d’eau imperméable
Pour éviter les pâtés.

La merganette était prête à contribuer à la prose
En signant de sa patte un volume édifiant.
L’ouette de Magellan avait en son collier
Des plumes couleur des bois.
Le brassemer de Patagonie de son argent coulant et garni
Edictait les propos de la poésie minérale.
Feu le harle austral voudrait qu’on ne n’oublie pas
Car les hommes de ce monde l’ont fait disparaitre :
Voilà, c’est chose faite, tu vis avec ardeur
Dans la poésie du cœur.

Toutes les plumes de canards
Multicolores
Duvets de soie, de laine, de papier
A tremper dans les encres de l’envie
De la circonstance et de l’ennui
Remplissent les méandres de mon plumier fatigué
Toutes les plumes de canards
Histoires éternelles des vols migrateurs
Pour écrire avec le cœur
Pour écrire avec la vie
Contre la mort, contre l’oubli.

Carole Radureau (05/11/2015)

Plumes de canards trempées dans la mare des grands
Plumes de canards trempées dans la mare des grands
Plumes de canards trempées dans la mare des grands
Plumes de canards trempées dans la mare des grands

Mergus australis » par John Gerrard Keulemans — Buller, Walter Lawry, Supplement to Birds of NZ, 1905. (reproduced at http://www.nzbirds.com/birds/aimerganser.html. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Plumes de canards trempées dans la mare des grands

Anas platyrhynchos juv » par Mykola Swarnyk — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Rédigé par caroleone

Publié dans #Mes anar-poèmes, #Les oiseaux

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A
Alors le com' est parti tout seul je recommence!
Vrai, ils t'ont inspirée. Quelle plume, c'est le cas de le dire. Tu as vraiment un bel univers poétique et une imagination sans limite. Et puis beaucoup de passion et d'amour dans tout ça. On te sent proche de la nature ( et des éléments dans d'autres poèmes) les mots te sortent des tripes et du coeur. Bravo.
C
Je crois que j'ai refais le plein de plumes sur le coup !! Ma poésie est une poésie de la terre comme celle des indiens elle respecte le vivant sans en mettre un élément plus haut que l'autre et tu vois, les canards quand je tombe sur leur frimousse en vrai ou en image me réjouissent vraiment le cœur .Quand je les vois, je souris comme lorsque je vois un oiseau en général. Il n'y a qu'une autre raison dans ma vie qui me fait sourire ainsi mais c'est un petit secret entre moi et moi. Le sourire, c'est un cadeau de la pachamama, pour quelqu'un comme moi qui traîne souvent la tristesse comme un vieux sac à patates accroché à ses basques, sourire c'est un rayon de soleil, alors, voilà, les petits canards ont leur poème et leurs plumes entrent en nombre dans mon plumier.