L'écho des palmiers : Le palmier à sucre (borassus flabellifer)

Publié le 31 Octobre 2015

L'écho des palmiers : Le palmier à sucre (borassus flabellifer)

Inde04 c (001)borassus flabellifer » par R. BENEZET — Originally from fr.wikipedia; description page is/was here.. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

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Palmier de Palmyre, palmier rondier, palmier rônier.

Borassus flabellifer L.

Arécacées.

Un important palmier du sud de l'Inde, du sud-est asiatique.

Cultivé dans toute sa répartition pour la production de sucre mais dont la culture le plus importante se situe dans le sud de l'inde (Kerala, Tami Nadu) et au Sri Lanka.

C'est le 3e palmier le plus cultivé après le cocotier (cocos nucifera) et le palmier à huile (elaeis guinensis). La culture tend à reculer en faveur des cocotiers et des autres cultures plus rentables.

Il peut être cultivé également à des fins ornementales comme aux EU (Floride, Hawaï) et au jardin botanique de Pamplemousse à Maurice.ICI sur le blog.

En Birmanie, les palmiers jouent un rôle important dans l'économie du pays car ils fournissent la moitié du sucre consommé par la population.

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Inflorescences mâles

Inde04 c (003)borassus flabellifer » par Original uploader was RuB at fr.wikipedia — Transferred from fr.wikipedia; transferred to Commons by User:Bloody-libu using CommonsHelper.. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

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C'est un palmier de grande taille : jusqu'à 35 mètres de haut.

Il a un stipe de 60 cm de diamètre, couronné par un bouquet de 25 à 40 feuilles costapalmées. Le pétiole est armé d'épines irrégulières.

C'est une plante dioïque : les inflorescences mâles portent de petites fleurs composées de 3 pétales et 6 étamines et un pistil dégénéré

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Inflorescences femelles.

Borassus flabellifer fruit on the tree » par Gak — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

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Les pieds femelles portent des épis courts de fleurs femelles composées de 3 sépales, 3 pétales et 6/9 staminodes et un ovaire globuleux. La floraison dure de novembre à la fin juin.

Mais l'arbre ne fleurit que lorsqu'il a atteint l'âge de 20 ans.

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Fruits of Borassus flabellifer for sale » par Fotokannan sur Wikipedia malayalam. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons

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Les fruits sont des drupes fibreuses de 10/20 cm de diamètre, ovoïdes de couleur vert marron en grappes serrées. Ils ont 3 noyaux (pyrènes) de 6/7 mm noirs.

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Le sucre de palme

A la saison sèche, le jus sécrété par les fleurs du palmier est récolté une à deux fois par jour. Il faut pour cela que les hommes grimpent jusqu'à la cime le long du tronc équipés de pierres maintenues par des liens. Parfois les grimpeurs sont équipés d'échelles.

Un palmier produit 10/20 litres de sève par jour pendant la période de production (5/6 mois).

On peut consommer la sève fraîche comme une boisson nutritive car elle contient également des protéines et des sels minéraux. Ce sont les spadices (inflorescences) mâles ou femelles qui sont incisées. En Inde ce sont les grimpeurs Nadars qui collectent la sève. Ils forment une caste qui est impliquée dans la culture de ces arbres depuis le XIXe siècle.

Quand elle est mise à fermenter, elle produit du vin de palme, par distillation de l'alcool.

Les collecteurs recueillent la sève dans des feuilles de palme passant d'un arbre à l'autre avec une grande agilité quand ils pratiquent la cueillette sans échelle. Ensuite les femmes font réduire le jus pour en obtenir un sirop dans des fourneaux en terre à l'extérieur, alimentés par le bois des palmiers qui ne produisent plus de sève.

La cuisson donne une pâte dure ou semi-solide. Une fois refroidie cela donne un pain de sucre non raffiné (jaggery). Si l'on extrait la saccharose par centrifugeuse on obtient du sucre raffiné mis en sachet pour la vente.

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sirop de palme

നൊങ്ങ് സര്‍ബത്ത്൨ » par Fotokannan — Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons.

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Le sucre de palme était la seule ressource en sucre avant l'arrivée des colons qui introduisent la canne à sucre.

Le sucre sert à la confection de bonbons, mélasse, préparation d'apprêts culinaires comme le porc au caramel.

En Birmanie, un gâteau tan di maw est fabriqué avec du sure découpé en tranche et recouvert de noix de coco râpée.

Propriétés médicinales

On lui connaît de nombreuses applications en médecine traditionnelle ainsi que dans la pharmacopée ayurvédique.

Toutes les parties de l'arbre sont utilisées y compris les racines.

En Inde, la sève fraîche sert de fortifiant. Le sucre non raffiné est prescrit aux anémiques

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Cut palm-tree » par Tangopaso — Travail personnel. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

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Le bois

Le bois est produit par les stipes très durs et résistants utilisés en menuiserie comme du bois ordinaire. Les tissus ligneux sont de grande qualité même si le bois de ce palmier n'est pas du bois au sens botanique du terme.

Utilisation : chevrons (construction des maisons), petites pirogues, baguettes, cuillères, jarres , plats (tourisme), pilotis pour les maisons (ne dure que 10 ans), étagères, rames, bateaux, tuyaux utilisés dans les rizières, balanciers pour les puits.

C'est un arbre qui peut devenir centenaire.

Très résistant et qui ne "tombe jamais seul", qui n'est jamais déraciné.

En Inde, c'est l'arbre aux "800 usages". Gandhi comptait d'ailleurs beaucoup sur ses arbres pour faire disparaître la misère de son peuple.

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Ecriture lontara

Bugis script example » par William Home Lizars — John Crawfurd, History of the Indian Archipelago, vol. 2. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

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Les feuilles

Elles ont leur utilité également.

En Asie du sud et du sud-est, elles ont longtemps servi de support d'écriture. Les feuilles sont séchées au soleil et mises ensuite à tremper dans de l'eau jusqu'à ce qu'elles soient presque pourries. Ensuite, elles sont séchées à nouveau à mi-ombre et découpées en bandelettes de 34x5 cm.

Les feuillets sont reliés en liasse avec une cordelette passée dans un trou fait au préalable.

Les inscriptions se font en écorchant la cuticule de la feuille avec un stylet métallique. On enduit les feuillets régulièrement avec de la poudre de curcuma afin qu'ils ne soient pas attaqués par les insectes.

Le nom donné à ces feuillets en français est ôle (olle) qui veut dire feuille. voir ICI.

En Inde les inscriptions transcrites sur les feuilles de palmier remontent à l'Antiquité.

Au Kerala (Inde), les feuilles de palmier palmyre et de tallipot sont utilisées pour écrire les horoscopes et les textes ayurvédiques et religieux.

Au Cambodge, de nombreux textes anciens datent de l'époque khmer (IXe au XIIIe siècle) sont écrits sur des feuilles de palme.

En Indonésie, la feuille de lontar à longtemps servi de support à l'écriture à Bali, Java, au sud de Sulawesi et donne son nom à l'alphabet lontara des Bugis.

La fibre de palme

Les pétioles des feuilles battus et séchés donnent des fibres résistantes pour confectionner des balais.

Les feuilles font des éventails, des paniers, des malles-coffrets cadeaux.

Les jeunes plants

Ils peuvent être consommés pendant la saison froide en enlevant la peau après l'avoir fait cuire sur un feu de braises ou dans de l'eau bouillante. Le goût est amer et la substance huileuse. Les pousses sont riches en vitamines B1, B2, protéines.

Elles servent à faire également de la ficelle.

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La situation des paysans-grimpeurs

En Birmanie

C'est la catégorie la plus nombreuse qui travaille à temps partiel. Ils ne saignent leurs arbres que 3 à 5 mois par an et le reste de l'année ils s'occupent de leurs cultures (riz, maïs, millet, sésame, arachide).

Certains louent leurs palmiers à des ruraux déshérités et sans terre. Les grimpeurs représentent la catégorie sociale la plus défavorisée. Dans 80% des cas, ils n'ont aucune terre à cultiver et leurs revenus proviennent des palmiers à sucre qui ne sont pas à eux.

Le métier est dangereux, les chutes sont mortelles et nombreuses. Ils cessent leur activité vers l'âge de 40 ans. Les grimpeurs et leurs familles sont sous-alimentés et souffrent de malnutrition. Ils sont de fait plus sensibles aux maladies virales et aux épidémies (choléra, typhoïde, tuberculose, lèpre).

Les grimpeurs ont de plus des maux particuliers à leur métier comme les rhumatismes aux genoux.

Ils sont de plus tributaires des arbres car on ne peut pas interrompre la récolte de cette exploitation bi-quotidienne sans voir un ralentissement de la production et un arrêt au bout de deux jours à cause de la cicatrisation des inflorescences. Le sous prolétariat rural des grimpeurs forme la classe intermédiaire entre le petit paysan et le mendiant quoique parfois le sort du mendiant semble plus enviable.

un dossier complet

Sources : wikipédia et lien ci-dessus

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almanito 31/10/2015 11:36

Encore un article passionnant. Cet arbre "à tout faire" qui ne tombe jamais seul a toutes les qualités pour ces peuples démunis qui ont beaucoup de mérite à l'exploiter. Gandhi comptait sur cette manne pour nourrir son peuple mais il disparait de plus en plus depuis l'introduction de la canne à sucre par les colons? Cherchez l'erreur!

caroleone 31/10/2015 12:16

C'est le problème des espèces issues de l'importation. Elles deviennent vite envahissantes car susceptibles de plus grands rendements et cela se fait au détriment des espèces indigènes, un peu comme pour les hommes d'ailleurs. Alors que les générations d'hommes se sont adaptés à leur écosystème et y ont trouvé de quoi se nourrir, se soigner, se couvrir et se protéger, les espèces importées, elles ne fournissent pas tout ce que le palmier à sucre donne avec générosité et même s'il ne rend pas riches les malheureux qui en tirent son lait, il existe et il est une source évidente et protectrice. Imagine les dégâts si, en plus des cannes à sucre, l'on remplace cette ressource par les palmiers à huile et tout ce qui en découle ? Oui, Gandhi avait cet espoir de nourrir son peuple avec cet arbre, mais c'était sans compter sur la colonisation.