12 octobre - Journée de la décolonisation

Publié le 12 Octobre 2015

12 octobre - Journée de la décolonisation

Lorsqu'il découvre l'Amérique alors qu'il pensait découvrir le continent asiatique, Colomb devient l'instigateur de grands bouleversements qui déferleront telles des vagues pour dévaster le continent américain. Le fléau que j'ai choisi d'évoquer aujourd'hui pour soutenir ma thèse anticolonialiste en ce 12 octobre qui ne mérite certes pas d'être fêté pour ce qu'il fut le premier jour de deuil d'Abya Yala, est le choc bactériologique.

La découverte de l'Amérique consiste à mélanger deux mondes biologiques complètement différents : l'ancien et le nouveau monde.

Cet échange provoquera la disparition pure et simple de populations sur les deux continents américains.

En effet, les populations précolombiennes avaient vécu pendant des millénaires loin du reste du monde contrairement aux peuples des autres continents.

Dans la société amérindienne, l'évolution du rapport entre les pathogènes et les hommes avait suivi des voies indépendantes de celles de l'ancien monde.

En Amérique, peu de mouvements migratoires avaient permis d'éviter de grandes pandémies comme celle de la peste noire qui avait décimé l'ancien monde. Il existait une sorte d'équilibre et une tolérance mutuelle entre les hôtes humaines et les parasites ce qui n'empêche pas qu'il existe des maladies fatales avant l'arrivée de Colomb. De cette venue découle une catastrophe démographique des plus importantes.

Les indiens d'Amérique avaient eu le privilège de bénéficier du plus long isolement du reste du monde.

Leurs cultures s'étaient développées autour de cet isolement qui prit fin subitement avec cette onde de choc qu'est le colonialisme.

L'ennemi apporté était invisible, incompris par les populations confrontées, ils étaient complètement démunis face à des virus et des maux jusqu'alors inconnus sur leur continent. Leur organisme ne pouvait pas avoir développé des anticorps contre des agents pathogènes inconnus ni la magie des chamane ne pouvait guérir des maux également inconnus.

Même les maladies devenues bénignes dans l'ancien monde se révélaient mortelles pour les populations du nouveau monde. Ce qui est encore le cas dans certaines régions.

Cette catastrophe va se répéter des milliers de fois à partir du XVIe siècle, à chaque fois qu'un habitant du nouveau monde entrait e contact avec un européen ou un indien malade.

Chaque ethnie contactée perdait environ la moitié de son effectif après les premiers contacts. Certaines ethnies disparurent tout simplement.

Ces maladies qui avançaient, invisibles ont permis aux colons, eux visibles d'avancer avec leurs armes en main, et même s'ils n'en étaient pas responsables directement, cela leur servit pour venir à bout des populations résistantes et pourtant affaiblies.

Les maladies ont été de précieuses alliées si je puis dire mais les maladies touchaient également les colons dont certains périrent également.

12 octobre - Journée de la décolonisation

Quantifier

On ne peut savoir avec précision l'ampleur de l'impact des maladies infectieuses chez les amérindiens. Le taux de mortalité pourrait avoir atteint 90% pour certaines populations durement affectées.

Les épidémies de variole, typhus, grippe, diphtérie, rougeole, peste auraient tué entre 50 à 66 % de la population selon les régions d'Amérique latine.

Quelques exemples succincts

De 1495 à 1519, les indiennes sont contaminées par la syphilis. Cette épidémie prend des formes d'une gravité extrême sur le continent (avec des facteurs favorisants) et une grande contagiosité vénérienne qui suscitera la terreur en Europe.

On note après la colonisation de 1492 l'introduction de nouveaux germes sur le continent, qui vont se développer en plusieurs épidémies :

Variole 1525 - 1558 - 1589

Typhus 1546

Grippe 1558

Diphtérie 1614

Rougeole 1618

10 à 12 millions de personnes décèdent dont 50 à 60% de la population amérindienne.

Pour Tzvetan Todorov (un historien), il y a 3 formes de diminution de la population amérindienne :

- le meurtre direct : 15 millions d'amérindiens auraient été massacrés par les espagnols au XVIe siècle.

- les conséquences des mauvais traitements (esclavage entre autre)

- les maladies

L'exemple des Taïnos

Certains refusent le terme de génocide pour qualifier l'extinction des peuples amérindiens dont font partie les Taïnos , l'un des premiers peuples à disparaître après le début de la colonisation.

Pourtant, comment ne pas penser à un génocide quand on constate l'entêtement des colons qui ont épuisé, éliminé cette ethnie affaiblie par le choc viral patent ?

En mésoamérique et dans les Andes, la chute des empires Aztèque et Inca est suivi d'un dépeuplement dû aux pandémies dévastatrices. Les indiens qui trouveront refuge dans l'Altiplano seront épargnés.

Même si le temps où l'on parlera de génocide officiellement en ce qui concerne ces actes voués au colonialisme qu'il soient délibérés ou non , n'est pas encore venu, il n'en reste pas moins un sentiment qui est prégnant chez tous les peuples qui ont subi la colonisation et quelques indices pour nous permettre de ne pas en douter.

12 octobre - Journée de la décolonisation

Lenape01 ». Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Comme par exemple dans le musée du génocide amérindien à Houston au Texas où, au milieu de nombreuses pièces de collection uniques, on trouve la facture d'achat de couvertures délibérément infectées par le virus de la variole que les soldats du Texas avaient distribuées à des prisonniers de la tribu Delaware. Les prisonniers furent ensuite libérés afin qu'ils puissent rejoindre leu tribu. Ceci constitue le premier exemple d'utilisation d'arme biologique en Amérique du nord.

12 octobre - Journée de la décolonisation
Les populations d'Abya Yala

Le peuplement américain précolombien selon le spécialiste Thomas Calvo qui donne les chiffres suivants :

- Empire Aztèque et ses marges : 17.5 millions de personnes

- Amérique centrale: 5 millions de personnes (dont Chiapas 0.8 millions)

- Empire Inca : 12 millions de personnes

- Amazonie brésilienne : 4 millions de personnes

- Caraïbes : 5 millions de personnes

-Araucans : 1 million de personnes

- Peuples à la périphérie des grandes civilisations : 4 millions de personnes dont Chibcha : 1 million de personnes.

Le dernier représentant du peuple Selk'nam de Patagonie s'est éteint en 1999.

Au Brésil, un homme vit en isolement volontaire dans des trous qu'il creuse. Il est le dernier représentant de sa tribu.

Les Akuntsu ne sont plus que 5 personnes de même lignée.

Les Kawahiva, un peuple isolé fait l'objet d'une campagne pour que l'on démarque efficacement leurs terres afin d'éviter les intrusions.

Tout comme pour les Mascho Piro qui ont décidé de sortir de leur isolement et qui ont été approchés par des personnes inconscientes, des mesures très strictes doivent être prises par les gouvernements afin d'éviter à ses personnes le choc bactériologique.

Il reste en Amazonie brésilienne de nombreuses tribus qui vivent encore isolées, souvent par choix car elles ont vécu dans leur passé de traumatisants contacts. Au Brésil, il ya aurait 70 tribus isolées sur la centaine encore isolées dans le monde.

Ce sont des personnes d'une extrême vulnérabilité qui peuvent souffrir en cas de contacts du même processus que celui qui a décimé tant de peuples auparavant. Il faut prendre soin de ses peuples isolés comme d'un précieux trésor, encore préservé. Les derniers hommes libres de la planète, vivant en dehors du temps et de la folie des hommes. Cela mérite bien un petit sacrifice de la part de tous.

Sur ce blog, je parle régulièrement des épidémies subies par les peuples et je constate au fil du temps comme celles-ci ont fait des dégâts irréversibles.

Mais cette raison invoquée ici n'est qu'une de celles qui provoquent en moi une allergie inconditionnelle et irrémédiable à toute forme de colonialisme. J'admire et j'apprends chaque jour toutes les cultures si ingénieuses et si subtiles des peuples du monde. Elles ne sont pas venues ainsi, d'un claquement de doigt. Elles n'ont pas été inventées par des génies quelconques et avant-gardistes pour aider à la subsistance de chaque groupe, non, elles sont les fruits de siècles de recherches, d'adaptation, de transmission, d'éclairage et d'évolution pour s'adapter à son environnement, vivre en harmonie avec une vie sociale et un grand respect pour la diversité de l'environnement sans lequel aucun être ne peut survivre. Cette grande intelligence, cette grande créativité, cette grande inventivité, cette grande capacité d'adaptation sont une richesse incomparable de la nature humaine et penser que l'on détruit cela d'un revers de manche est tout simplement indigne et révoltant.

Aussi, je me sens proche des peuples, de tous les peuples, d'un côté ou de l'autre d'un océan ou d'une mer. Je me sens proche d'eux et petite à côté d'eux, car ce qu'ils ont hérité, ils le tiennent encore dans leurs mains, au bout de leurs lèvres et dans leurs pensées. Ils peuvent encore le transmettre. Moi, je n'ai rien de cela à transmettre à mes enfants. Aussi je me battrais toujours pour qu'ils puissent garder leur culture, leurs terres, la vie qu'ils ont choisie.

Caroleone, pseudo Kinta pour les indiens Choctaws.

liens ICI et wikipédia

Et pour terminer cet article, je n'oublie pas d'ajouter comme chaque année le lien vers le travail de mon camarade Robert Lechêne qui nous en dit bien plus sur cette entreprise assassine et criminelle de Colomb qui, lorsqu'il a débarqué sur ce continent a provoqué sang et misère.

Une raison de plus d'être anticolonialiste et de décréter avec les indiens, les indigènes que le 12 octobre est la journée de la décolonisation

Rédigé par caroleone

Publié dans #Anticolonialisme, #indigènes et indiens, #ABYA YALA, #Réflexions

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