Peuples autochtones du nord, de la Sibérie et de l’extrême orient de la fédération de Russie

Publié le 4 Août 2015

Jean-Baptiste Tilliard Femme kamtchadale avec ses enfans dans son Habit ordinaire » par J. B. Tilliard / J. B. le Prince del. — Schmidt Kunstauktionen. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Il s'agit d'une mosaïque d'ethnies plus ou moins affiliées entre elles et dont les populations ne dépassent pas 50.000 personnes.

La fédération russe est une société multiethnique qui regroupe plus d’une centaine de peuples.

Les plus petits numériquement parlant, au nombre de 40 sont classés et reconnus comme « Autochtones, petits peuples du nord de la Sibérie et d’extrême orient ».

Pour obtenir cette reconnaissance, le seul critère numérique a une valeur en Russie et seuls les peuples comprenant plus de 50.000 individus ne sont pas reconnus.

peuple Sakha ou Yakoute-Tarasun" by Irkutsk State University - http://frontiers.loc.gov/cgi-bin/query/r?intldl/mtfront:@OR(@field(NUMBER+@band(mtfxph+eph0003_05901))). Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.">"Tarasun" by Irkutsk State University -

 

 

 

 

C’est le cas en Russie asiatique et septentrionale des Iakoutes (Sakha), des Bouriates , des Komis (Zyriane), des Khakasses.

Les petits peuples autochtones sont environ 250.000 personnes au total pour composer 0.2% de la population russe. Les minorités jusque dans les années 1980 étaient dénommées petits peuples du nord, or avec le réveil de la conscience nationale, cette formule est jugée péjorative et elle sera remplacée par une formule plus objective 3peuples à faibles effectifs » (melotchislennye marody).

Les autres peuples s’ils étaient reconnus amèneraient ce pourcentage à 1 % de la population.

Pour classer les petits peuples, je me suis servie de la liste des peuples affiliés à la RAIPON (association des peuples autochtones du nord de la Sibérie, de l’’extrême-orient de la fédération de Russie). Ils sont 40.

Je les ai classés par familles de langues.

Certains ont déjà fait l’objet d’articles particuliers, d’autres le feront dans le futur et d’autres encore ne figureront pas faute de source assez conséquente pour parler d’eux, ce qui est bien dommage.

image famille Selkoupe - Selkups » par Aleksandr Popov — https://www.flickr.com/photos/131954425@N08/16780431696/. Sous licence CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons.
Peuples de langues ouraliennes

Chiffres de la population 2002 Source

Langues samoyèdes

 

 

image d'une famille Mansi - Mansi » par Карагеоргий — Travail personnel. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Langues finno-ougriennes

 

Langues finno-sâmes

Langues fenniques

Peuples de langues paleo-sibériennes

Langues inénisseïennes

image 2 koriak- Koryak armor ». Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

Langues tchouktches-kamtchadales

 

 

 

 

 

 

 

mage femmes Yukaghir - Yukagir woman » par Inconnu — http:/ilin-yakutsk.narod.ru/2000-4/28.htm;. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Langues youkaguir

  • Youkaguir (Joukagires- 1509)
  • Tchouvane (Tchouvantsy- 1087)

 

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V.M. Doroshevich-Sakhalin. Part II. Nivkh Yurt-2 » par Uncredited photographer — Page 163 of part II of Vlas Mikhailovich Doroshevich «Sakhalin (Katorga)», Moscow. Sytin publisher, 1905.. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

Langue nivkhe

 

 

 
Peuples de langues eskaléoutes (eskimo-aléoutes)

 

 

les Evenk-No-nb bldsa 3f082 » par Fridtjof Nansen — "Fridtjof Nansen bildearkiv"et="_blank" href="//en.wikipedia.org/wiki/National_Library_of_Norway">National Library of Norway Nom localNasjonalbiblioteketEmplacementOslo, Mo i RanaFondation1811/1989Site webNasjonalbiblioteket. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.
Peuples de langues altaïques

Langues toungouzes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

image dolgane- «Dolgan wh reeinder » par Inconnu — Kolpakova N. Pod laskovyn solntsem, Moscow, 1980. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

Peuples de langues turques/sibériennes

 

 

Peuples de langues turques 

Koumandine (Koumandintsy- 3114)

Soïote (Sojoty- 2769)

 

Peuples de langues sino-tibétaines

Taz (Tazy- 276)

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Les territoires

Ils sont d’une importance démesurée allant de la péninsule de Kola à l’ouest au détroit de Béring à l’est, environ les deux tiers du territoire russe.

Les traditions

Ils étaient traditionnellement des chasseurs, cueilleurs, pêcheurs ou éleveurs de rennes et de chevaux.

Ces activités constituent encore pour nombre d’entre eux des activités de subsistance de nos jours.

Surikov Pokoreniye Sibiri Yermakom » par Vasiliy Surikov — ArtLib.ru. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Chronologie

Abrégé de la Chronologie des relations entre les russes et les « peuples peu nombreux du nord, de Sibérie et l’extrême Orient ».

http://www.gitpa.org/Autochtone%20GITPA%20300/gitpa300-16-4russieCHRONO.pdf

  • Dès le XIe siècle Les habitants de Novgorod comment à entrer en Sibérie.
  • 1340/1396 : le premier peuple est évangélisé par St Stéphane de Perm, ce sont les Komis.
  • Début du XVI e siècle : des réfugiés Tatars venant du Turkestan soumettent les tribus habitant l’est de l’Oural.
  • 1593 : début de la déportation de criminels en Sibérie.
  • Début du XVIIe siècle : le gouvernement encourage l’immigration des agriculteurs et leur fournit le transport gratuit et une exemption d’impôts durant les trois premières années de leur établissement.
  • 1600 : Le prince Charkhovski avec une centaine de cosaques descend l’Ob, les barques sont assaillies par les Samoyèdes.
  • 1626 : pénétration des russes sur le haut Iénisseï, fondation de Krasnoïark qui sera attaqué par les peuples autochtones a plusieurs reprises.
  • 1631/1641 : les Bouriates opposent une résistance à la pénétration des russes mais les cosaques érigent des forts sur leur territoire

Tobolsk alt » par Inconnu — Illustration zum Artikel Освоение Сибири и Тихоокеанского побережья научными и коммерческими экспедициями von A. Ehlert. Alter der Darstellung geht aus der Bildunterzeile hervor.. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

  • 1648 : le tsar Alexis Mikhaïlovitch introduit la déportation en Sibérie des criminels dans la législation russe.
  • 1649/1653 : le cosaque Kahabarov et une poignée de partisans descend vers le sud et réussit à s’établir dans le bas Amour. Il se heurte aux Mandchous (Toungouses) qui viennent de conquérir la Chine.
  • 1708 : organisation d’un gouvernement de Sibérie avec Tobolsk pour capitale.

Berings ships wrecked » par Inconnu — 19th century illustration (according to Alamy pictures). Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

  • 1728 : Vitus Béring, officier de marine danois passé au service de la Russie descend la Léna jusqu’à Iakoutsk, gagne Okhotsk et atteint la côte sud-ouest du Kamchatka après avoir fait construire un navire il let le cap au nord et découvre le détroit qui portera son nom.

Russian Academy of Sciences SPB » par Alex Florstein. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

 

1733/1743 : le tsar Pierre le grand, qui a fondé l’académie des sciences devenue musée d’ethnographie et d’anthropologie décide d’organiser une expédition nordique confié au capitaine Vitus Béring. Catherine II organise une expédition pour inspecter les villages sibériens

Elefant Rock near Cape Tihii. Sakhalin coast of Sea of Okhotsk » par Vihljun — Travail personnel. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

  • 1746 : expédition dans le Pacifique nord (77 navires) : pénétration russe qui s’ensuit d’un cortège de pillages, d’exterminations collectives qui vont presque aboutir au génocide des populations aléoutes.
  • 1753 : abolition de la peine de mort par la tsarine Elizabeth et début de la déportation en Sibérie en remplacement.
  • Début du XIX e siècle : une commission spéciale conduite par Speranski, mandataire du tsar Alexandre Ier est menée en Sibérie pour y recueillir des informations sur la situation des peuples afin d’améliorer leurs conditions de vie.
  • 1801 : le tsar Alexandre I envoie le général Selifonov en Sibérie avec pour mission de découper celle-ci en régions administratives.
  • 1822 : la commission Sparanski aboutit à l’adoption du « code de gestion des peuples indigènes ». Les peuples sont classés en 3 catégories : nomades, pastorales et sédentaires. L’empire russe leur octroie une législation spécifique respectant leurs habitudes. 2 régions administratives, la Sibérie occidentale dont le centre est Tobolsk et la Sibérie orientale dont le centre est Irkoutsk. Décret sur la gouvernance aborigène.
  • 1850 /1890 : déportation massive de prisonniers de guerre (suédois et polonais)
  • 1860 : la Chine reconnaît par le traité d’Aigun l’occupation par les russes de la région du fleuve Amour.
  • 1867 : le gouvernement de Washington achète l’Alaska à la Russie pour la somme de 7.200 .000 dollars.
  • 1875 : la Russie obtient des japonais en échange des îles Kouriles, les parties méridionales de l’île Sakhaline.

​Transsibérien ». Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

  • 1887/1895 : alors que le nombre d’habitants en Sibérie était de 2.400.000 en 1851, au cours de cette période, la Sibérie reçoit 94.000 familles (467.000 personnes).
  • 1899 : par un oukase, le tsar Nicolas II abolit la déportation en Sibérie.
  • 1903 : début du transsibérien qui traverse tout le sud de la Sibérie.

Lenin-Trotsky 1920-05-20 Sverdlov Square (original) » par Goldshtein G. — This source can be found in various publications on the subject of early Soviet history, including Robert Service, 2000, Lenin: A Biography (London: Macmillan).. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

 

  • 1917 : révolution bolchévique qui promet d’accorder à chaque peuple de l’ex empire tsariste le droit d’utiliser sa propre langue et d’avoir son autonomie politique.
  • 1922 : constitution de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS).
  • 1923 : le pouvoir fédéral reconnaît l’existence juridique de chaque peuple vivant dans un territoire donné et ayant les moyens de développer sa culture.
  • 1924/1935 : Le « Comité du Nord », encouragé par Lénine, est créé par deux ethnologues de renom, W. Bogoras et L. Sternberg. Il défend les intérêts des peuples de la zone polaire et rappelle constamment que les décisions volontaristes n’étaient pas admissibles dans le Nord, insistant sur la fragilité des « écosystèmes », et la vulnérabilité des cultures traditionnelles des chasseurs, pécheurs et éleveurs de rennes. Des régions entières furent interdites aux éléments non autochtones ; des mesures particulières furent adoptées pour protéger et préserver les cultures locales. Toutefois – afin d’éviter de constituer, comme au Etats-Unis, des « réserves »,– des médecins, des ingénieurs, des professeurs, formés au contact des autochtones furent envoyés pour favoriser, en douceur, l’accès de ces citoyens soviétiques à la modernité, au progrès technique, à l’éducation, aux soins, au bien-être promis par la révolution.
  • 1930 : début de la collectivisation des terres dont de très larges parties des territoires traditionnellement utilisée par les peuples du nord. Premier manuel de langue pour la langue khanty d’Obdorsk.
  • 1932 : des familles Khanty basées le long du Kazym refusent d’envoyer leurs enfants à l’école. Les enfants étaient séparés de leurs parents par le régime soviétique et placés en internat pour être alphabétisés. Cela est la cause d’une fracture générationnelle chez les peuples de Sibérie. Premier manuel de langue pour la langue mansi.
  • 1935 : le gouvernement de Staline dissout le Comité du nord et déclare l’ethnologie « science bourgeoise ».

  • 1950 : fermeture du village d’Akanopka et de Rehinniki au Kamchatka, transfert des Koriak qui y vivaient vers un nouveau site. Ils seront déplacée à nouveau dans les années 70.
  • Fin des années 50 : le gouvernement entreprend de restaurer l’économie et la culture des peuples du nord : construction de logements, écoles, hôpitaux, création de bourgs par destruction des anciens petits villages, augmentation des salaires des chasseurs et éleveurs de rennes.
  • 1968 : loi sur la terre qui attribue toutes les terres disponibles à des fermiers ou à des entreprises.
  • 1989 : naissance de l’association Spasenie-Iougra créée par les Khanty et les Mansi pour la sauvegarde de leurs peuples ainsi que des Nenets et des Selkoupes.
  • 1990 : création de la RAIPON (association russe des peuples du nord), une ONG créée à l’issue du 1er congrès des représentants de ces minorités ayant eu lieu au Kremlin en présence de Gorbatchev. Les peuples représentés ont exigé :
  • La confirmation légale de l’utilisation traditionnelle de la terre
  • Une évaluation des projets industriels par les organisations locales
  • Le rétablissement des conseils de village et de leurs droits exclusifs de contrôle de la terre et de l’usage de l’eau
  • La ratification immédiate de la convention 169 de l’OIT

Sujets fédéraux de Russie (Pacharus) » par Pacharus — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons.

- 1992 :loi de dissolution des kolkhozes et des sovkhozes : pour les peuples cette dissolution est synonyme de pertes d’emplois et aggrave leur pauvreté.

- 1995 : adoption de la nouvelle constitution russe qui selon l’article 60, la fédération russe garantit les droits des peuples autochtones numériquement peu nombreux conformément aux principes et aux normes universellement admises au droit internationale et aux traités internationaux de la fédération russe.

- 1995 : signature de la convention sur la diversité écologique. Loi fédérale sur les territoires spécialement protégés. Loi fédérale sur l’évaluation des impacts environnementaux. **

- 1999 : loi fédérale sur les garanties en matière de droits pour les peuples autochtones dans la fédération de Russie. Elle concerne l’attribution de quotas dans l’enseignement technique et supérieur, l’accès facilité aux hôpitaux et centres de soins, l’augmentation des allocations familiales plus avantageuses que celles versées aux familles russes. Elle proclame le droit des autochtones à un usage libre de leurs territoires traditionnels dans la conduite de leurs activités économiques traditionnelles.

- 2000 : loi fédérale sur les principes d’organisation des communautés pour les peuples numériquement peu nombreux de Sibérie, des territoires arctiques et de l’extrême orient.

- 2001 : loi-cadre visant à octroyer un statut légal permanent aux « territoires traditionnels habités et exploités par des communautés autochtones », droit d’installation sur des territoires nommés « territoires d’usage national traditionnel TTP ». si les territoires restent propriété de l’état, ils sont normalement sensés être contrôlés par les peuples et « protégés « des industries d’extraction minière ou pétrolière.

- 2001 révisions du code de la terre dans un esprit de libéralisation et de privatisation. Ce code ouvre la voix aux achats et reventes de terres et ignore l’exploitation et la gestion traditionnelle pratiquées par les peuples. Il interdit de fait les titres de propriété tels que les TPP annulant ainsi les garanties légales contenues dans la loi-cadre à savoir que les peuples ont le droit d’utiliser gratuitement toute terre qui leur permet de maintenir leur mode de vie traditionnel.

- 2005/2008 : le gouvernement Poutine supprime 6 des 8 arrondissements autonomes qui sont absorbés par de plus grandes entités territoriales à la suite de référendums « populaires démocratiques ». c’est le cas de l’arrondissement des Komi-Permiak, des Evenk, des Koriak , de Taïmyr (Dolgano-Nenets) et de 2 arrondissements Bouriates.

Notes

Au sujet de la loi-cadre de 2001 visant à octroyer un statut aux territoires traditionnels pouvant être contrôlés par les peuples, le problème est que les textes d’application n’ont jamais été adoptés et la loi reste lettre morte. De nombreuses plaintes sont déposées à Moscou pour toutes les régions de la Sibérie.

Au sujet de l’exploitation sauvage des territoires

Les droits des peuples sont bafoués continuellement par l’exploitation sauvage qui a commencé pendant la période soviétique, des ressources de la région détruisant l’environnement naturel et les moyens de subsistance des peuples. Les dégâts :

- Pollution industrielle de la toundra

- Présence des puits de pétrole et de gaz, oléoducs et gazoducs qui coupent les itinéraires de transhumance des rennes.

- Abattage des arbres de la taïga transformant les territoires en des étendues dénudées

- Les eaux sont polluées et menacent la pêche, que ce soit l’eau des rivières comme l’eau de mer.

Un texte intéressant dont je me suis inspirée en partie et qui en dit bien plus que cet article succinct :

Sources : wikipédia et liens des articles ci-dessous :

© Steve Morgan pour survival

Rédigé par caroleone

Publié dans #Sibérie, #indigènes et indiens

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