Guatemala : victoire de communautés contre une entreprise minière

Publié le 21 Août 2015

 

Yolanda Oquelí © James Rodríguez
Yolanda Oquelí © James Rodríguez

[18/08/2015]

C’est une grande victoire qui a été célébrée le 15 juillet dernier pour les communautés de San pedro Ayampuc et San Jose del Golfo. Une Cour d’appel guatémaltèque a intimé l’ordre de suspendre les travaux de construction de la mine d’or El Tambor jusqu’à ce que les populations soient enfin véritablement consultées sur ce projet. Les populations locales luttent depuis 2012 contre ce projet et avaient organisé un piquet pour bloquer l’entrée des engins sur le site en construction pour faire entendre leur refus. 

 

UN LONG CHEMIN POUR OBTENIR JUSTICE

Depuis 2012, des communautés guatémaltèques luttaient contre l’installation d’une mine d’or et d’argent à 40 km au nord-est de Guatemala City. Ils avaient organisé une résistance non-violente en bloquant l’entrée de la mine afin de faire entendre leur refus et leur crainte face à la pollution de leur environnement. Une Cour d’appel vient d’ordonner la suspension des travaux.

Dès le 16 juillet, l’entreprise a fait appel, arguant que la construction du site était de toute façon achevée.

Voilà près de 3 ans que des communautés s’opposaient à l’installation de la mine d’or et d’argent El Tambor, qui occuperait 20 kilomètres carrés dans les municipalités de San Pedro Ayampuc et San Jose del Golfo. Elles estiment qu’elles n’ont pas été suffisamment consultées et informées sur ce projet et qu’il représente une menace pour leur environnement. Il accaparerait les ressources en eau et risquerait de la polluer à cause des quantités d’arsenic qui seraient disséminées par la fragmentation de la roche, une technique utilisée pour extraire l’or et l’argent. 

 

 

DE VIVES TENSIONS AUTOUR DU SITE MINIER DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES 

Les communautés locales ont plusieurs fois exprimé leur opposition au projet mais n’ont pas été entendues. Elles ont décidé de bloquer l’accès au site, non sans mal. Le 13 juin 2012, l’une des chefs de la protestation, Yolanda Oquelí, a été gravement blessée par balles. Deux hommes à moto lui avait tiré dessus, une des balles l’atteignant près du foie. Yolanda a survécu et sa protection a été assurée par le gouvernement mais, à ce jour, personne n’a été poursuivi en justice pour cette agression. *

Lire aussi : l'histoire de Yolanda Oquelí

En mai 2014, les manifestants ont été évacués de force par les autorités. Mais selon la presse et les organisations de défense des droits humains, environ 23 manifestants et 15 policiers ont été blessés lors de l’évacuation. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme au Guatemala a critiqué l’évacuation. Selon lui, le nombre important de blessés « indiquait des manquements à la mise en œuvre adéquate des protocoles sur le recours à la force dans le respect des droits humains ». Après cette expulsion, les manifestants ont de nouveau bloqué l’accès au site.

L’entreprise a chaque fois essayé de poursuivre ses travaux malgré le blocage des manifestants, ce qui a contribué à accroitre les tensions locales.

TENTATIVE FRUCTUEUSE DE SAISIR LA JUSTICE

En octobre 2014, les manifestants avaient décidé de porter plainte contre le conseil municipal de San Pedro Ayampuc sur laquelle est située une partie de la mine, pour son manquement à empêcher l’arrêt de la construction de la mine et défaut dans la défense des droits des populations. 

La Cour a estimé que l’entreprise EXMINGUA – filiale guatémaltèque d’une multinationale américaine Kappes, Cassiday & Associates – opérait illégalement « sans permis, autorisation ou approbation de la municipalité de San Padro Ayampuc…de conduire ce projet minier » et qu’il était du devoir du conseil municipal de faire respecter la loi. 

Cette annonce a été reçue comme une formidable victoire par les communautés. Mais dès le 16 juillet, l’entreprise a fait appel, arguant que la construction du site était de toute façon achevée. 

 

Explusion à La Puya, mai 2014 © James A. Rodriguez/MiMundo.orgExplusion à La Puya, mai 2014 © James A. Rodriguez/MiMundo.org

LA VIOLENCE ET LA RÉPRESSION VONT DE PAIR AVEC LES ACTIVITÉS MINIÈRES 

Trop souvent aucune véritable et équitable procédure de consultation des populations n’est mise en place. Cela a créé de vives tensions par le passé et a débouché sur des affrontements violents qui ont opposé les manifestants – souvent des autochtones fortement marginalisés, d’un point de vue économique et social - aux gardes de sécurité et aux policiers sur les projets de sites miniers. Ces violences génèrent une répression encore plus forte.

Lire aussi : entreprises et droits humains

Bien souvent, les autorités ne mènent pas d’enquête approfondie sur les événements ayant fait des victimes – morts ou blessés – parmi ceux qui manifestent contre les projets miniers.

Les entreprises sont loin des préoccupations des populations : la plupart des projets miniers sont souvent gérés par des grandes entreprises canadiennes opérant à travers des filiales.

LIRE / TÉLÉCHARGER  LE RAPPORT

Activités minières au Guatemala : les droits menacés
(Rapport complet en français)

Index AI : AMR 34/002/2014
Date de publication : 19 septembre2014

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Guatemala, #pilleurs et pollueurs

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