L'étape suivante en Grèce ? Rendre irréversible le virage à 180°.

Publié le 23 Juillet 2015

Jeudi 23 juillet 2015. Retour vers le futur.

L'ÉTAPE SUIVANTE EN GRÈCE ?
RENDRE IRRÉVERSIBLE LE VIRAGE À 180°.

Hier soir, les dirigeants européens — et la diplomatie américaine — viennent d'obtenir du gouvernement et du parlement grecs l'adoption de 970 pages de mesures ultra-austéritaires et violemment antisociales. Certaines peuvent même être qualifiées de criminelles, notamment la facilitation des expulsions quand on sait combien la même loi a causé de suicides, parfois spectaculaires, en Espagne ces dernières années. Idem pour les saisies et mises aux enchères immédiates des logements de familles vulnérables, etc.

Sur le plan diplomatique et militaire, la Grèce fait exactement la même chose. Plusieurs accords militaires sont sur le point d'être signés, notamment avec les Etats-Unis, concernant le sujet extrêmement sensible des bases américaines sur le territoire. La Grèce est également devenue, ce dimanche 19 juillet, le deuxième pays au monde (après les Etats-Unis) permettant aux forces militaires israéliennes de stationner sur son territoire*.

Par ailleurs, la Grèce serait sur le point d’adhérer à la Force Européenne de Gendarmerie (Eurogendfor) et de signer un contrat avec une grande société française de télécommunication pour améliorer la surveillance du territoire et, en particulier le fichage des opposants. Le 12 janvier 2011, deux jours avant la chute de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie avait déjà proposé « le savoir-faire français » à la police tunisienne pour « régler les situations sécuritaires ». Il est probable que Françoise Hollande ou Manuel Valls ait fait de même, suites aux premières émeutes du 15 juillet à Athènes, jusqu’aux abords du parlement, et à la « radicalisation de certains opposants susceptibles d’êtres dangereux » selon les dires du sous-ministre grec de l’ordre public.

Sur le plan politique, la mise sous tutelle de la Grèce est totale, puisqu’elle ne peut voter aucun projet de loi sans l’avoir auparavant soumis à la troïka, c’est-à-dire à la force d’occupation. Lors d’un remaniement annoncé le 17 juillet et acté le 18, Alexis Tsipras a exclu de son gouvernement la totalité des six ministres et sous-ministres qui s’était diversement opposés à l’accord.

L’étape suivante approche, cette fois au niveau du parlement. En effet, les dirigeants européens et la diplomatie américaine ont insisté auprès d’Alexis Tsipras pour qu’il annonce prochainement des élections législatives anticipées en automne. Bien sûr, Tsipras pourrait, sans retourner aux urnes, continuer à gouverner et poursuivre l’adoption des décisions des créanciers comme il l’a déjà fait les 15 et 22 juillet. Cependant, le motif de ces élections anticipées est ailleurs. Il s’agit de rendre irréversible le virage politique et diplomatique actuel en coupant définitivement Syriza de son aile gauche et de ses racines historiques, tout en diminuant son influence dans les structures du parti.

Jour après jour, la pression monte en Grèce. Si Syriza conserve encore une côte de popularité importante, celle-ci tient surtout au spectacle du bras de fer avec les dirigeants européens et, en particulier, allemands. Une sorte d’unité populaire, sinon nationale. Cette popularité tient aussi au référendum, mais le OXI, de l’avis général, n’a pas été respecté. Par conséquent, la situation va se durcir dans les temps qui viennent, notamment à la rentrée et les parlementaires de Syriza vont être sous la pression d’une rue de plus en plus hostile. Le parti tout entier jusqu’à son groupe parlementaire pourrait devenir instable et les opposants de plus en plus influents, surtout en cas d’événements sociaux ou politiques graves. C’est pourquoi la troïka veut en finir : couper Syriza de son aile gauche en poussant Tsipras vers des élections législatives anticipées et des listes totalement dépourvues de membres de la plateforme de gauche de Syriza.

« C’EST UNE BLITZKRIEG, UNE GUERRE ÉCLAIR… »

Depuis l’accord du 13 juillet, il a suffit de dix jours seulement pour prendre totalement le contrôle du territoire occupé, de sa diplomatie, de ses leviers politiques, ainsi que de ses dispositifs juridiques, sociaux et environnementaux. C’est une Blitzkrieg, une guerre éclair, selon la définition historique : une guerre de pénétration rapide et de destruction massive, implacable et mobilisant toutes les capacités d’écrasement, à tous les niveaux.

Une guerre d’étouffement, déjà annoncée par l’étranglement monétaire.

Une guerre financière également, bien sûr. Puisque c’est la population exsangue qui finance toutes les décisions que lui imposent ses occupants.

Une guerre symbolique, surtout. Puisqu’elle a implicitement le but de faire comprendre au reste de l’Europe et de la planète qu’un autre monde n’est pas possible et que toute tentative de faire un pas-de-côté sera sévèrement puni.

Nos tyrans soufflent sur les braises du fascisme pour détourner la colère et semer la confusion. En Grèce, en Turquie, comme en Syrie, les utopies sont dans la ligne de mire.

Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, il n’y a pas d’autres choix possibles : résister ou collaborer.

Yannis Youlountas

http://blogyy.net
http://jeluttedoncjesuis.net

Illustration : un montage satirique qui circule beaucoup en ce moment :
"MEMORANDUM III : LA REVANCHE DES RICHES"

* http://blogyy.net/…/le-virage-politique-de-la-grece-est-au…/

On assiste à tout cet enchaînement, impuissants.

C'est comme un mauvais thriller, comme un cauchemar qui envahit toute la pensée la matin dès le réveil.

Depuis le début de la semaine, bizarrement, les luttes des peuples dans le monde ont été sévèrement opprimées (Mexique, Suruç, Kobanê , Grèce et les autres).

C'est comme si l'on essayait d'étouffer dans l’œuf des prémices, certes, petites, de révoltes qui auraient été enflammées par l'OXI courageux des grecs.

Mais ils se sentent les plus forts.

Ils ont dans les mains tous les as, et nous autres les peuples, les brêles.

Que faire avec un jeu de brêles, de rien, de petites valeurs si menues qu'elles semblent inexistantes ?

Il faudra bien pourtant en faire quelque chose, les assembler, les tourner dans tous les sens, les amalgamer pour en faire un atout bien mieux qu'un as, un vrai pouvoir révolutionnaire.

Caro

Rédigé par caroleone

Publié dans #Grèce

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A
Merci Caro d'avoir reblogué l'analyse pertinente de Yannis. J'ai lu avec beaucoup d'attention et ne trouve pas les mots pour dire mon désarroi et ma sincère solidarité avec le peuple Grec. Nous ne sommes que des pantins entre leurs mains, on nous envoie voter pour avoir la paix mais nos votes n'ont plus aucun poids, on le savait déjà. Il était évident que Merkel & Co ne cèderaient pas devant l'OXI, ne serait-ce que pour le symbole comme le dit Yannis, quelle claque cela eut été vis à vis du monde!
C
Il y avait des alternatives, en dehors de la sortie de l'UE, il y avait la proposition d'Eric Toussaint avec sa monnaie, dont je ne saurais te détailler la subtilité ici, mais, ils avaient d'autre choix que celui-ci j'en suis convaincue. Ce sont des apparatchiks comme le sont quasiment tous les types qui font de la politique à ce niveau. Garder leur place est leur seule préoccupation, du moins, c'est mon sentiment. Le fait de s'accorder avec des types de la droite dure déjà m'avait fait drôlement tiqué, forcément il n'y a pas de fumée sans feu.<br /> <br /> Le lien vers des propositions d'Eric Toussaint du CADTM :<br /> <br /> http://cadtm.org/Une-alternative-est-possible-au
A
Sans leur trouver d'excuses aucunement je crois qu'il n'y avait aucune alternative possible. Si l'UE avait cédé, imagine ce dont ils auraient été capables de faire aux Grecs en représailles. Tu me diras que ce qui se passe est déjà atroce, oui, c'est certain.
C
C'est vrai, voter ça ne sert qu'à resserrer encore plus l'étau sur le cou du peuple, c'est évident. Je suis toute tourneboulée avec cette histoire puis les massacres au Mexique et celui des jeunes kurdes qui nous font penser avec le recul qu'un lien existe entre tout ceci. En juillet 2014, c'étaient les habitants de Gaza qui nous inquiétaient et nous mettaient dans la rue, cette année c'est le peuple grec qui pourtant a donné des signes qu'il voulait que ça change : tout ça pour ça. Il y en a encore qui cherchent des excuses à Tsipras et à Varoufakis mais quand on sacrifie la destinée de millions de personnes, on n'a aucune excuse à vendre la parole du peuple.