L’ocre du Vaucluse

Publié le 21 Avril 2015

L’ocre du Vaucluse

image ci-dessus « Anciennes chemises d'ocriers » par jean-louis zimmermann — http://www.flickr.com/photos/jeanlouis_zimmermann/5364413749/in/photostream/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons -

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L’ocre est un silicate d’alumine ferrugineux et siliceux.

Son nom vient du grec ancien, ὤχρα / ốkhra,

Voyons un peu d’où ceci provient.

L’ocre du Vaucluse

image « Gele oker » par Galwaygirl — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons -

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Comment est née l’ocre ?

Il y a 110 millions d’année, à la période de l’Aptien qui donne son nom à la ville d’Apt et qui est l’avant-dernier étage stratigraphique du Crétacé inférieur, un grès constituée de grains de sable s’accumule sur 30 mètres d’épaisseur.

Au fond d’une mer épicontinentale et peu profonde, des débris organiques se mêlent aux grains de quartz et aux paillettes de micas et s’accumulent.

Ces sables seront à l’origine de l’ocre grâce à une argile marine et riche en fer, la glauconie.

La glauconie est une association de minéraux argileux, de couleur verdâtre, d’aspect opaque, qui contient dans son réseau cristallin des atomes de fer.

A la faveur des mouvements tectoniques, les dépôts sédimentaires marins vont émerger.

Avec la présence d’un climat tropical au Crétacé, cela provoque des altérations latéritiques qui dissolvent la glauconie et libèrent les atomes de fer.

Les ocres apparaissent grâce à la cristallisation d’un hydroxyde de fer qui se nomme la goethite.

L’altération donne naissance en même temps à une nouvelle argile, la kaolinite.

Les expositions atmosphériques provoquent une oxydation qui mène à la formation d’oxy-hydroxydes et d’oxydes de fer (goethite Fe OOH) et hématite ( Fe 2o3). Ce sont leurs proportions variables qui donneront toutes les nuances de couleurs des pigments de sables ocreux.

Dans le sable blanc qui se mêle aux ocres se retrouve la kaolinite.

On recense 24 teintes officiellement recensées, du gris au vert en passant par le jaune et le rouge.

C’est ainsi que sont nées les ocres du Vaucluse mais aussi de Bourgogne.

L’ocre du Vaucluse

image « 20,000 Year Old Cave Paintings Hyena » par Carla Hufstedler — originally posted to Flickr as 20,000 Year Old Cave Paintings: Hyena. Sous licence CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons -

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Les nuances

Comme on l’a vu plus haut, ce sont les colorations dues aux hydroxydes de fer qui vont donner des teintes différentes à l’ocre, par exemple :

  • L’ocre rouge est colorée par l’hématite
  • L’ocre brune est colorée par la limonite
  • L’ocre jaune est colorée par la goethite

Ce pouvoir colorant de l’ocre est connu des tout premiers hommes qui vont en tirer très vite profit. Il n’y a qu’à observer les peintures pariétales des grottes de Lascaux, Cosquer, Chauvet pour s’apercevoir de ce bel héritage que nous offre l’ocre.

Les premiers hommes se servaient également de l’ocre pour les peintures corporelles.

Au moment de l’Antiquité, les dépôts ocreux contenant de grandes quantités de minerai ferrugineux sont fondus dans les hauts fourneaux et ce jusqu’au moyen-âge.

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image ci-dessous « Lascaux2 » par Cro-Magnon peoples — http://www.mageist.net/Images/lascaux_horse.jpg. Sous licence Domaine public via Wikimedia Sevela.p

L’ocre du Vaucluse

Le pays d’Apt dans le Vaucluse possède un vaste bassin minier et métallurgique qui connait une production jusqu’au XIXe siècle.

Le minerai de fer contribue à l’essor économique et industriel de la vallée du Calavon.

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image ci-dessous « Roussillon-CheminOcres » par Jean-Christophe BENOIST — Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons -

L’ocre du Vaucluse
L’ocre du Vaucluse

image « Agricola Hammerwerk mit Rennherd » par Original uploader was TSD at de.wikipedia — Transferred from de.wikipedia. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons -

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Exploitation de l’ocre

Le pouvoir colorant de l’ocre depuis la haute antiquité ne sera exploitée qu’à partir du XVIIIe siècle quand seront découverts la stabilité et l’inaltérabilité de l’ocre dans les peintures.

Dans le pays d’Apt, l’exploitation de l’ocre soit sa notoriété à Jean –Etienne Astier qui était originaire du village de Roussillon et qui, entre 1780 et 1785 étudie les propriétés des sables jaunes et rouges présents dans son village.

L’ocre du Vaucluse

« Apt usine de la société des ocres de France » par Éd. Pascal, libraire à Apt — Scan old postcard c. 1914. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons -

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En 1790 il reçoit l’aval du conseil municipal pour utiliser le moulin à huile communal. En 1810, deux usines fonctionnent près du village et une fabrique dans Roussillon.

Mais Astier qui pensait maîtriser toute la problématique de l’extraction n’avait pas pensé aux poussières d’ocre qui empoisonnèrent la vie des roussillonnais ainsi qu’elles obstruèrent les rigoles des rivières et les villageois pétitionnèrent contre lui.

Pour autant son exploitation fut suivie et au cours du XIXe siècle, plus d’une centaine de carrières seront ouvertes dans le pays d’Apt, l’ocre sera traité dans 25 usines.

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« Pompe à eau à Rustrel » par charlo.be — http://www.flickr.com/photos/charlo_be/3883338643/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons -

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« Batardeau à Rustrel » par charlo.be — http://www.flickr.com/photos/charlo_be/3884151634/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons -

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« Apt Chargement des barriques d'ocre sur les quais de la gare d'Apt » par Inconnu — Scan oldpostcard early XXe s. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons - JPS68

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« Conservatoire meules à broyer les ocres » par jean-louis zimmermann — http://www.flickr.com/photos/jeanlouis_zimmermann/5364418535/in/photostream/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons -

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« Entrée des mines de Bruoux à Gargas » par Inconnu — Scan old postcard early XXe s. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons -

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L’ocre du Vaucluse

image « Extraction de l'ocre à la lumière électrique » par Émile Bancard XIXe s — Scan book. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons -

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Le dur labeur des hommes

Pendant un siècle, l’ocre apporte la prospérité au pays mais sera source de misère pour les ouvriers ocriers, des mineurs de fond sans moyens modernes d’extraction les malheureux dans les galeries maniaient le pic , la pioche et la pelle sortant le minerai dans des brouettes et ne seront pas ceux qui profiteront comme de bien entendu aux bénéfices tirés de leur dur labeur. Ils avaient à peine de quoi vivre avec leur maigre salaire et leurs conditions de travail étaient désastreuses. :

Effondrements des galeries qui étaient mal ou non étayées

Dynamitages mal contrôlés

Air vicié

Silicose.

Il y eut de nombreux morts dans les années 1900.

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image ci-dessous « Ocriers des mines du Bruoux à Gargas » par Inconnu — Scan old postcard early XXe s. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons - JPS68

L’ocre du Vaucluse
L’ocre du Vaucluse

« Rustrel Ets L. Bonnefoy couleurs à badigeon » par Unknown 1920s — Scan old postcard. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons - JPS68

L’ocre du Vaucluse

image « Dépôt d'ocre brut au Conservatoire des ocres de Roussillon » par Manu - mars — http://www.flickr.com/photos/photos__manu/5092913083/in/photostream/. Sous licence CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons -

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Utilisation

En peinture

Les ocres jaunes (PY43) et rouges (PR102) sont des pigments importants de la palette des artistes à toutes les époques.

Leur coût est peu élevé, ce sont les rares pigments naturels encore présents dans les nuanciers de peintures.

Le chauffage des pigments permet d’élargir la gamme des couleurs. Les ocres jaunes après calcination à 700° deviennent des ocres rouges.

Comme pour les vins, les ocres ont des crus et les ocres jaunes peuvent être verdâtres, orangées ou rouge, brunes et chaudes.

Les ocres ne sont pas toxiques et on peut les utiliser dans plusieurs techniques : huile, aquarelle, acrylique, pastel, tempera, fresque.

Elles sont compatibles avec tous les liants : graisses animales, huiles végétales, eau et les autres pigments.

Les ocres sont inaltérables au fil du temps, les peintures pariétales sont bien conservées (certaines ont 30.000 ans)

En dehors de l’utilisation en peinture et enduit, l’ocre a servi comme substance imperméabilisante, abrasif pour le polissage fin, agent colorant dans des domaines aussi variés que l’alimentation, les filtres de cigarettes, le caoutchouc (des joints de bocaux par exemple), des produits cosmétiques.

Conservatoire des ocres et de la couleur Ôkra à Roussillon

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image ci-dessous « Conservatoire échantillonage d'ocres » parjean-louis zimmermann — http://www.flickr.com/photos/jeanlouis_zimmermann/5364442207/in/photostream/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons -

L’ocre du Vaucluse
L’ocre du Vaucluse

« Namibie Himba 0705a » par Yves Picq http://veton.picq.fr — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons -

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Pour les peuples

Au Paléolithique, il était fréquent que les corps des défunts soient parfois recouverts d’ocre rouge utilisée dans les pratiques cultuelles.

Des traces d’ocre rouge ont été trouvées sur le site de Terra Amata près de Nice (-300.000 ans).

Antiquité

Les textes égyptiens sont écrits sur papyrus avec une encre noire à base de carbone et une encre rouge à base d’ocre.

En Egypte antique : les ocres étaient utilisées sur les parois des tombes et des monuments avec une codification symbolique de la couleur : les corps des hommes représentés à l’ocre rouge et ceux des femmes à l’ocre jaune.

Les grecs et les romains avaient des connaissances avancées sur les ocres que l’on retrouve sur les fresques et les peintures murales.

Le peuple Béothuk (Terre-Neuve) avait pour signe distinctif son accoutrement fait avec de l’ocre rouge pilée et mélangée avec de l’huile ou de la graisse. Ils s’en enduisaient le corps et les cheveux, c’est ainsi que les premiers européens les reconnaissaient par rapport aux autres peuples.

Dans les cultures traditionnelles de nos jours, l’ocre est rattachée à la terre mère. On l’utilise lors des rituels liés à la mort (retour du corps à la terre) ou à la chasse.

En Afrique, les couleurs rouge et ocre sont des couleurs d’initiation.

Pour les peuples d’Amérique, le rouge est la couleur de la maturité et l’ocre est la couleur de l’origine de l’homme.

Les himbas, un peuple africain de Namibie utilisent l’ocre rouge pour s’enduire le corps et les cheveux afin de se protéger du soleil, du dessèchement et des moustiques.

source : wikipédia

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image ci-dessous « Carlb-beothuk-museum-2002 ». Sous licence Domaine public via Wikimedia Carlb

L’ocre du Vaucluse

Rédigé par caroleone

Publié dans #PACHAMAMA, #La pierre, #Pigments naturels, #Savoirs des peuples 1ers

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D
couleurs de la Terre, couleurs de la terre, pour échapper à la grisaille
C
Avec l'ocre on est sûr que ça marche et ce qu'il y a de bien c'est qu'on en ramène forcément sur nous.
A
Quelle belle palette! Merci Caro pour cet article vraiment très complet et passionnant en plus d'être beau.
De nos jours, s'il n'y avait que l'ocre pour empoisonner nos rivières, on serait contents!!!
C
Je me suis régalée sur un thème que je connais un peu et dont j'aimerais illustrer une balade en France mais pas avec mes photos car il faudrait que je les scanne, à l'époque où l'ont a séjourné là-bas nous n'avions pas encore d'appareil numérique. C'est vrai que c'est fou comme ça colore cette ocre, on c'était amusés comme des petits fous avec les enfants à se déguiser en indiens. J'aimerais bien y retourner d'ailleurs.