(Berlinale) "Ixcanul", la loi du maître au Guatemala

Publié le 10 Février 2015

 
7 février 2015 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires
 

 

 
 

Ixcanul2

Ce samedi, le film de la matinée nous a immergés dans une plantation de café guatémaltèque, où les paysans subissent passivement la loi du maître. Maria, jeune fille de dix-sept ans, promise au chef de la plantation, tombe enceinte d’un jeune travailleur. Jayro Bustamante filme le dénuement d’une population tenue dans l’ignorance.

Note de la rédaction : ★★★★★

« Ixcanul », c’est le volcan, au pied duquel vivent les travailleurs de la petite plantation de café. C’est aussi un trop-plein de sensualité qui, d’un seul coup, déborde. Modeste, le bout de terrain est régulièrement infesté de serpents. C’est symbolique, bien sûr. Car le péché, la jeune Maria, tout juste dix-sept ans, va y goûter, dans les bras d’un jeune garçon pressant, qui lui plaît beaucoup. Tous deux se connaissent bien, rient, parlent de l’Amérique, cet ailleurs fantasmé. Mais, dans quelques mois, c’est Ignacio, le chef de la plantation que Maria doit épouser, selon les vœux de ses parents, qui seront ainsi assurés de conserver un toit.

La scène des fiançailles, triviale et triste, souligne la domination subie et acceptée par la famille de Maria. Vendue à ce mari, comme l’un de leurs cochons, la jeune fille saisit la première occasion pour perdre sa virginité, un peu n’importe comment, avec le jeune Manuel. Comme de bien entendu, Maria tombe enceinte.

Jayro Bustamante restitue avec minutie les coutumes de cette population pleine de bon sens par moments mais, à d’autres, inféodée à des croyances d’un autre âge. Les parents de Maria sont humains, attentifs au bonheur de leur fille mais aussi totalement démunis face aux lois de la ville. Analphabètes, parlant un dialecte local mais pas un mot d’espagnol, leurs efforts pour aider Maria se heurtent à la loi du maître. Débrouillarde en diable, énergique, la mère de Maria demeure impuissante.

Imprégné de la moiteur guatémaltèque, le film se déroule au rythme de la nature et d’une certaine fatalité, qui ne doit rien aux divinités invoquées mais bien tout à la domination féodale. Un film juste et sans ostentation, qui émeut nécessairement.

Ixcanul, de Jayro Bustamante, Guatemala, 90 minutes, avec Maria Mercedes Coroy, Maria Telon, Manuel Antun, Justo Lorenzo, Marvin Coroy, Leo Antun. Berlinale 2015, en compétition.

visuels: photos officielles du film.

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Guatemala

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