Vacances stéphanoises I

Publié le 18 Janvier 2015

…….Souvenirs d’enfance……….

A ma tatan Philo.

 

Eté 1976…..

La canicule.

Pour la première fois de ma vie

Découverte d’un nouveau « pays »

Celui de mon père.

 

Je n’avais jamais été aussi loin

Je n’avais jamais vu un paysage aride

Sec, broussailleux

Légèrement montagneux

L’altitude me grisait

J’avais l’impression d’être au bout du monde.

 

La chaleur ?

Elle me semblait chaleureuse

Et même si elle fut un peu trop cette année-là

C’était bon d’avoir chaud.

 

Ce pays se permettait le luxe

De mettre de jolis murets de pierres sèches

Autour des champs.

Dans les murets, des lézards d’argent

Que je ne connaissais pas se doraient la pilule

Mais aussi des vipères ou des couleuvres.

Au pied des murets

Un délicieux serpolet embaumait de ses fleurs violacées,

Toutes méridionales.

 

Nous étions venus au mariage de mon grand cousin.

Pour être grand il l’était : deux mètres.

Ma sœur et moi étions tombées amoureuses

Comme de petites folles de ce grand cousin inconnu

Mais il allait se marier….tristesse !!

 

Dans la maison de campagne de ma tatan,

C’était un lieu magique :

En pierre, avec un âtre et un étage mansardé

Ça sentait le feu de bois et la liberté.

Ma tatan m’a donné le goût de la cuisine

Mais pas celui des autres tâches féminines

Ma sœur s’y prêtait bien mieux.

 

Non, moi, j’avais un héros.

 

Un être comme on en rencontre peu dans sa vie,

Le tonton Eugène.

Je le suivais comme son ombre

J’étais sa petite apprentie

J’imitais tous ses gestes

Et je mangeais autant que lui

Sauf que,

Je n’avais pas sa carrure, j’étais toute maigrichonne,

J’étais âgée de 12 ans.

 

Mon oncle, c’était un personnage.

Tout d’abord,

On ne pouvait manquer

Cette large cicatrice qui longeait son ventre

Comme une colonne vertébrale renversée.

Eventré lors de la guerre d’Indochine

Par des éclats d’obus

Laissé pour mort

C’étaient les américains (eh oui, ça ne s’invente pas)

Qui l’avaient ramassé et recousu.

Il avait un regard bleu d’acier

Direct et franc

Mais son cœur était tendre

Ça, je le savais.

 

Avec lui, les travaux du jardin,

Les foins, le bois à couper, les balades,

La soupe aux orties, quelle découverte

Avec une poignée de haricots verts frais

Et quelques patates, mazette, un vrai plat de pauvres.

Je me donnais corps et âme

Aux travaux de la campagne.

 

Ca sentait bon la nature encore intacte

Dans ce petit coin reculé

Mais,

Peu à peu la civilisation la rejoignait

Et c’était bien dommage.

J’en garde un souvenir tendre et ému

Comme une aventure qu’on nous avait offerte.

J’en garde plus de souvenirs qu’il n’y paraissait

Et pour les écrire

Il faudra y revenir.

 

Ma tatan Philo avec son grand sourire

Son ordre et son équilibre, son parler haut

Comme les femmes de là-bas dans le Forez,

M’apporta une autre façon de vivre.

En y songeant,

Je sais que ces moments

Comptent

Dans le futur des enfants.

En y songeant maintenant que l’âge m’a rattrapée

Je veux laisser aux souvenirs

Le temps de s’exprimer.

Et une petite partie de moi

Vit encore, là-bas au Pinay

A St Maurice dans la patrie de mon père.

 

Carole Radureau (17/01/2015)

 

 

 

 

image

Rédigé par caroleone

Publié dans #Mes anar-poèmes

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Alors reviens-y vite pour nous les raconter, ces souvenirs qui font chaud au cœur toute la vie. <br /> J'aime quand tu évoques ces moments de bonheurs simples de l'enfance, je me souviens de tes récits chez tes grands-parents.<br /> Et dire qu'il faisait chaud en 76, que oui! ce fut aussi pour moi un bel été.
C
C'est en écrivant la bonne année à ma vieille tatan et en lui envoyant des photos de nous tous que cela a resurgi.<br /> J'envisage la suite autrement, j'ai plein de choses en fait qui reviennent mais là, tu vois c'est sur 2 années car nous y avons été avec mes parents en 76 puis ensuite seules ma soeur et moi, mais dans le récit cela n'a pas d'importance.<br /> On voit nos proches vieillir et s'inquiéter de ce qui les attend, ça fait de la peine mais en même temps si on peut leur réchauffer le cœur quand ils ont fait quelques chose pour nous dans l'enfance, c'est un juste retour des choses.<br /> <br /> Bises<br /> <br /> caro