Brésil : Auto-démarcation de la terre des Munduruku

Publié le 1 Novembre 2014

 Brésil : Auto-démarcation de la terre des Munduruku

Les Munduruku du moyen Tapajós ont commencé à auto-démarquer leur terre et un juge donne 15 jours à la Funai pour publier le rapport

Avec la prévision des enchères de l'usine hydro-électrique São Luiz do Tapajós, dans le sud du Pará, pour 2015, et la paralysation du processus de démarcation du territoire traditionel, le peuple Munduruku du moyen Tapajós a entrepris le week end dernier l'auto-démarcation de la Terre Indigène Sawré Muybu. Environ 60 guerriers Munduruku ont ouvert les sentiers de l'auto-démarcation. Cette action est amplement soutenue.

En répondant de manière partielle à la demande du ministère public fédéral du Pará, le juge Rafael Leite Paulo a déterminé que la Fondation Nationale de l'Indien (Funai) devait se manifester au sujet de l'approvation ou non du Rapport Circonstancié d'Identification et de Délimitation de la Terre Indigène Sawré Muybu dans un délai maximum de 15 jours. Dans le cas ou le rapport serait approuvé, son résumé doit être publié dans le Journal Officiel de l'Union dans le même délai de 15 jours.

Le rapport a cependant déjà été approuvé par la Direction de Protection Environnementale (DPT) de l'organisme indigéniste de l'état, conformément à la demande du juge fédéral. Il ne manque donc plus que sa publication. L'auto-démarcation est réalisée sur les bases des points définis par les indigènes comme étant d'occupation traditionelle et qui ont été communiqués aux techniciens de la Funai lors des études pour l'élaboration du Rapport Circonstancié. Fin 2013, pendant la réunion des Munduruku avec la présidente de la Funai de l'époque, Maria Augusta Assirati, à Brasilia, il avait été arrêté que le rapport serait publié en mars 2014. Mais le délai n'a pas été respecté, et depuis la démission de Maria Augusta, en septembre dernier, la Funai est toujours sans président.

Selon les leaders indigènes, l'auto-démarcation est une décision de l'ensemble du peuple Munduruku vue la non publication du rapport sur la démarcation du territoire traditionel. La paralysation du processus met en évidence l'intention du gouvernement fédéral de construire le complexe hydro-électrique qui affectera aussi les terres Munduruku du haut Tapajós. "Nous savons que la démarcation gène le projet" a affirmé le cacique Juarez Munduruku. Dans la région du haut Tapajós, près de la frontière avec le Mato Grosso, les indigènes résistent depuis presque trois ans aux pressions du gouvernement pour mettre en place les procédures nécessaires à la construction d'autres usines du complexe - un total de sept usines réparties sur le fleuve Tapajós et dont la prévision du début des opérations est 2020.

"C'est une décision politique face à une situation qui ne laisse pas d'autre alternative. Les Munduruku ont affirmé qu'ils ne quitteraient les lieux que morts. Ils disent qu'aucun projet qui ne respecte pas la nature ne sera accepté par le peuple. Ces indigènes font partie de l'environnement. L'auto-démarcation est donc une manière de dire au gouvernement qu'ils sont sur place" explique Haroldo Espírito Santo du CIMI (Conseil Indigéniste Missionnaire). Ces derniers mois, les Munduruku avaient décidé que les conversations avec le gouvernement étaient suspendues jusqu'à ce que le rapport soit publié.

La semaine dernière, le peuple Munduruku a donc mis en pratique les stratégies qu'ils avaient définies pour protéger leur territoire. L'articulation dispose de la participation du Mouvement Ipereg Ayu. Présents sur ces terres depuis au moins mille ans, les Munduruku ont envoyés des groupes de guerriers venus de tout le bassin du Tapajós. Réunis dans la Terre Indigène Sawré Muybu, ils ont débuté leur action. "Nous n'arrêterons pas cette action. Nous voulons que le gouvernement fédéral prenne des mesures au sujet de nos terres" a insisté le cacique Juarez.

Dans ce territoire, les indigènes affirment que se trouvent des orpailleurs, des bûcherons, des gens qui récoltent des coeurs de palmier, des fermes d'élevage et des trafiquants de terres. Le traffic de terres, comme cela a été constaté dès le début de l'auto-démarcation, a augmenté de manière significative.

Les leaders indigènes pensent que le phénomène est la conséquence de la possibilité d'indemnisations gouvernementales pour les terres qui devront être désoccupées pour laisser la place au projet hydro-électrique.

Dans les villages de Sawré Muybu le quotidien se poursuit normalement. Sur ordre du cacique, les horaires des trois écoles indigènes sont maintenus, les équipes de santé poursuivent leurs visites, les chasseurs et les pêcheurs se rendent en forêt et sur les cours d'eau, et la production de farine de manioc n'a pas été interrompue. Il n'y a pas de signe de conflit avec de probables envahisseurs de la Terre Indigène.

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source : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteudo_id=7810&action=read

Source : Stephan Munduruku Kaiowa sur FB

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Brésil, #indigènes et indiens

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