Les tourbières

Publié le 26 Juin 2014

Les tourbières

image Tourbière de Longéroux plateau de millevaches Zorixe

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En France, il y a pas mal de tourbières et dans mon métier, l’horticulture on en connait bien l’importance.

J’ai découvert sans m’y plonger plus à même le milieu des Monédières en Corrèze puis récemment les tourbières du Yeun Elez dans les monts d’Arrée en Bretagne.

Cet écosystème particulier est très intéressant à découvrir pour tout ce qu’il recèle et aussi parce qu’il mérite notre attention dans le but de sa protection.

Quelles tourbières dans votre région ?

Avec ce lien, vous en saurez bien plus, et peut-être serez-vous surpris ?

Les tourbières en France

Elles occupent un millième du territoire, abritent 6% (27) des espèces de plantes vasculaires de la liste rouge des espèces menacées et 89% (39 espèces) des espèces protégées en France.

La classification des tourbières est encore sujet de discussion de la part de la communauté scientifique, pour autant on pourrait très bien les distinguer ainsi :

  • Tourbières acides à sphaigne : PH inférieur à 4
  • Tourbières alcalines à carex, PH supérieur à 6

Ou bien ainsi selon leur mode d’alimentation en eau :

  • Tourbière soligène : alimentée par des eaux de ruissellement ou des sources
  • Tourbière topogène : située au fond d’un vallon ou d’une cuvette
  • Tourbière limnogène : développée à partir des berges d’un lac, colonisant peu à peu la surface de l’eau,la recouvrant enfin.
  • Tourbière fluviogène : à proximité d’un fleuve ou d’un grand cours d’eau, alimentée par la nappe d’eau souterraine, parfois les crues du fleuve.

Ou alors en fonction du type d’alimentation en eau :

  • La tourbière minérotrope : eaux de ruissellement, nappe souterraine, alimentée en minéraux provenant du sous-sol
  • La tourbière ombrotrope : alimentée pat les précipitations atmosphériques.

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image ci-dessous Tourbière acide à sphaigne et callune vulgaire (Pyrénées, Ariège)

Jlvenet

Les tourbières
Les tourbières

image

Définition

Une tourbière est une zone humide où une végétation particulière se développe et dont les conditions écologiques permettent la formation d’un sol constitué d’un dépôt de tourbe.

Dans les tourbières :

-L’eau est toujours stagnante, le sol saturé et les micro-organismes présents sont privés d’oxygène ce qui provoque l’anaérobie.

-La litière végétale ne se minéralise que lentement et partiellement. Elle s’accumule pour former un dépôt de matière organique mal décomposée : la tourbe.

La tourbe

C’est une roche végétale fossile qui contient 20% de carbone (30% pour les tourbes riches en argile), qui s’accumule sur plusieurs mètres d’épaisseur (0.2 à 1mm par an).

Les végétaux qui édifient la tourbe sont des espèces bryophytes (sphaignes)et des plantes herbacées qualifiées de tourbogènes.

Tant que se poursuit le processus d’élaboration de la tourbe à partir des végétaux, la tourbière est active.

Les sortes de tourbes se distinguent par des caractéristiques marquées :

-La tourbe blonde : issue de la transformation des sphaignes, matériau de faible densité, particulièrement riche en fibre, elle peut retenir 700 fois son volume en eau. Une fois séchée, elle est difficile à réhydrater. Pauvre en éléments nutritifs. On dit qu’elle est une tourbe fibrique

-La tourbe brune est une tourbe mésique. Elle est issue du produit d’une décomposition intermédiaire. Son pouvoir de rétention d’eau est supérieur à celui de la tourbe blonde. Elle est pauvre en éléments nutritifs.

- La tourbe noire, dite tourbe saprique est issue de l’étape intermédiaire à la formation du charbon. est faite à partir des joncs et des laîches, elle est moins gorgée d’eau, plus dense, son PH est moins acide et elle plus minéralisée. Elle a une grande teneur en carbone.

Formation des tourbières

Comme on l’a vu précédemment il faut un milieu humide pour que se développe la tourbière.

Les apports en eau proviennent de la pluie, de la neige, du ruissellement, des nappes et doivent être égaux ou supérieurs aux pertes en eau (évapotranspiration, écoulements) pour donner les conditions favorables.

Le climat joue aussi un rôle important, les zones pluvieuses sont idéales mais pas exclusives.

Par contre, les climats très secs ou très froids ne permettent pas l’apparition de tourbières.

La topographie a son rôle à jouer : l’écoulement des eaux le long d’une faible pente ou l’accumulation d’eau dans une dépression ou une cuvette sont autant de conditions clés.

On peut trouver des tourbières dans le milieu arctique, subarctique, tempéré et tropical.

La flore et l’acidité du sol sont également des facteurs entretenant l’écosystème.

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image ci-dessous Estonie Suru Bog Abrget47j

Les tourbières
Les tourbières

Tranches de tourbe noire mises à sécher pour utilisation comme combustible GFDL,

Les composants de la tourbe

De nombreux facteurs interviennent pour déterminer avec précision la composition de a tourbe (nature des végétaux de la tourbière, fibrosité et degré de décomposition, morphologie des tourbières, climat, acidité des eaux…)

Généralement il est retenu ceci :

  • Eau et matières organiques en décomposition : 80/90% du poids net en cendres
  • Matières organiques décomposées 10/20%

La matière organique est constituée à majorité de cellulose et de lignite.

Les substances humiques au pouvoir absorbant sont : alcools, aldéhydes, cétones, acides carboxyliques, phénols et éthers.

Le carbone des tourbières

15 à 30% du carbone stocké dans les sols seraient dans les tourbières et si ces dernières émettent aussi du méthane (20 à 40% des émissions totales) elles constituent un des puits naturels de carbone les plus importants pour les milieux émergés de la planète.

Les tourbières

sphaigne Christian Fischer

La flore

Elle est présente en majorité dans les plantes hygrophiles, les sphaignes et les mousses mais aussi avec les carex, les ajoncs qui forment la tourbe.

Les tourbières

image linaigrette à feuilles étroites Francois Trazzi

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Même mortes, les sphaignes contribuent à la conservation de l’eau et à entretenir la surface de la tourbière, ainsi qu’à produire des acides organiques. On peut trouver également la linaigrette, la molinie et des éricacées (bruyères et callunes) parfois des arbres, mélèzes et épicéas.

Les tourbières

image vison d'Europe Nordelch

La faune

Elle est constituée d’espèces endémiques, rares ou protégées : le lézard vivipare, la grenouille rousse, le vison d’Europe, le triton crêté, le crapaud des joncs, le fadet des laîches, l’azuré des paludes……

Les tourbières

image Tourbières du Yeun en 1918 -photo illustrant le texte de Fernand Kerforne

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L’extraction de la tourbe, un exemple dans les tourbières du Yeun Elez (Finistère)

A Botmeur et Brasparts, l’extraction dans le « grand marais tourbeux du Yeun Elez » se faisait en mai ou en juin juste avant la fenaison.

Un carré de garenne était choisi et l’on entaillait le dessus composé soit de lande, d’herbe ou de sphaigne. Avec la « marre » on décollait les mottes et avec une bêche tranchante aiguisée sur les 3 côtés, le « louchet », on découpait le tout. La pellicule décollée en surface n’était pas utilisable. Les hommes taillaient ensuite de petits rectangles dans la tourbe, détachaient les pains de tourbe et les jetaient hors du trou.

Chaque pelletée enlevait deux morceaux de tourbe de 20 cm de longueur, 15 cm de largeur et autant d’épaisseur.

Lorsqu’il y avait une grande rangée de mottes sur la largeur de la fosse, une nouvelle rangée était entamée dans le couche inférieure et ainsi de suite.

A Brennilis, une autre technique était utilisée : la tourbe était extraite dans des fosses circulaires de faible profondeur (80 cm environ) cela permettait à un « tireur » de travailler seul et de déposer les mottes autour du trou.

Dans le Yeun Elez on pouvait extraire jusqu’ à 10 couches de tourbe avant d’atteindre la glaise.

Les couches supérieures, « mouded kign » : de couleur brune, formées de sphaignes, joncs, bruyères, végétaux mal décomposés, valeur combustible moyenne.

Les couches inférieures : noires, plus recherchées, bon combustible avec une odeur moindre.

C’étaient les femmes qui, au bord de la tourbière recueillaient les pains de tourbe qu’elles étendaient au sol pour les faire sécher. Le séchage durait 8 à 15 jours selon le temps, les pains étaient ensuite tournés et mis à sécher à nouveau 8 jours.

Ensuite les mottes étaient entassées par 5, 4 accotées les unes aux autres et la cinquième sur le dessus.

Après les fenaisons, les pains de tourbe étaient transportés jusqu’aux villages. Mais comme il n’y avait pas de chemins carrossables au cœur des tourbières, il fallait les mettre dans des sacs de jute ou des paniers d’osier non écorché transportés à dos d’homme puis ensuite ils étaient empilés dans les charrettes.

Une ferme consommait 5 à 6 charretées de tourbe dans l’année, 10 pour certaines familles.

L’odeur de la tourbe brûle était particulière, les pilhaouers par exemple, sentaient l’odeur de leur pays quand ils venaient des monts d’Arrée.

A Botmeur, il existait des recettes de cuisson à la tourbe, à l’étouffée dans des chaudrons recouverts pur y cruire le pâté de cochon et le far kokellen.

Les forgerons l’utilisaient pour chauffer les cerclages des roues des charrettes.

A la fin du XIX e siècle, l’exploitation se fait de manière plus industrielle.

Une petite exploitation de tourbe dans les années 1890 était équipée de matériel tel que wagonnets et « voie ferrée » pour l’acheminent des pains de tourbe.

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image ci-dessous marais du Yeun Elez Kergourlay

Les tourbières
Les tourbières

image Tourbière Saint-Michel exploitation industrielle -louchet mécanique

Moreau.henri

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Un milieu qu’il faut protéger

Autrefois ces lieux tout comme les marais avaient mauvaise presse dans la pensée populaire. On les considérait comme insalubres, dangereux, leurs eaux croupies porteuses de maladies et de miasmes et comme endroits propices à toutes sortes de légendes mythiques et morbides. Donc, il convenait de les assécher et de les assainir au nom de la salubrité publique.

Depuis une trentaine d’années seulement on se rend compte de leur intérêt et à fortiori de la nécessité de leur préservation.

Les tourbières ont une valeur écologique car elles participent à la purification de l’air et de l’eau, au stockage du carbone, à la régulation des conditions climatiques locales avec l’évapotranspiration qui réduit les périodes de sécheresse.

Les tourbières sont considérées comme les zones humides les plus répandues dans le monde, jouant alors un rôle majeur en termes de puits de carbone. Les zones sont inégalement réparties. En France les zones couvrent 100.000 hectares et sont en régression à cause de l’exploitation, du drainage qui provoque leur minéralisation, peut-être aussi en raison des conditions climatiques et des teneurs des pluies en nitrates agricoles.

Jusqu’au début du siècle, les tourbières représentent pour les populations rurales des sources de revenus économiques importantes : tourbe combustible, fourrage, litière végétale, pâture, gibier…elles étaient exploitées de façon artisanale, parcimonieusement et respectueuse de la ressource.

Causes de la destruction ou de la dénaturation des tourbières en France

  • Drainage agricole : les sites ont été asséchés et assainis par le biais des travaux de drainage.
  • Boisement : les politiques des années 60/70 ont encouragé la plantation de ligneux en tourbières. Dans certaines régions (Limousin, Morvan, Bretagne, Lèvezou), les plantations ont été très intenses provoquant un bouleversement complet de l’écosystème.
  • Extraction industrielle de la tourbe : pour les supports de culture. La production française est de 600.000 m3 (année 96) extraits dans 25 carrières dont le marais de l’Erdre et la tourbière de Baupte. La production couvrant 25% des besoins, le reste est importé d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Irlande.
  • Création de plans d’eau artificiels : c’est une des causes majeures de la disparition des tourbières, favorisée par une législation mal adaptée, les plans d’eau se sont multipliés depuis une dizaine d’années de façon anarchique.

En savoir plus ICI

Dans le monde

Elles représentent 400 millions d’hectares = 3% des terres émergées (Hooster, Het D Clarke 2002)

Les zones les plus représentées sont l’Amérique du nord (Canada 37%), les zones boréales d’Asie et d’Europe et les zones tropicales 10%.

Les pays aux plus grandes surfaces de tourbières, entre parenthèse le pourcentage exploité)

  • Canada : 1.114.000 km2 (15 %)
  • Etats-Unis : 611.000 km2 (10%)
  • Russie : 568.000 km2 (12%)
  • Indonésie : 200.728 km2 ( 20%)
  • Finlande : 94.000 km2 (2%)
  • Suède : 66.680 km2 (5%)

Les pays qui exploitent le plus leurs tourbières :

Allemagne et Pays-Bas 85%, Pologne 70%, Ukraine 50%, Biélorussie 40%, Lituanie 39%.

Pour prendre connaissance des tableaux ICI

Les tourbières

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Utilisations
Horticulture

En horticulture, elle favorise la croissance des végétaux en aidant ) la pénétration et au développement des racines, en augmentant l’effet tampon dans le sol et en freinant le lessivage des éléments nutritifs. Elle ameublit les sols argileux, augmente l’infiltration d’eau.

Combustible

Elle sert tout d’abord et depuis très longtemps de combustible. Séchée elle brûle difficilement et il faut la brûler avec du bois. En briquette elle a une meilleure combustion. La tourbe combustible est utilisée dans les régions où elle se trouve en abondance. L’activité s’appelle le tourbage.

Le charbon de tourbe était un combustible solide obtenu par distillation ou pyrolyse de la tourbe dans des cornues. Excellent combustible pour des opérations nécessitant une chaleur douce et soutenue, elle fut utilisée également comme agent désinfectant et engrais.

Absorbant écologique

C’est un bon absorbant écologique qui trouve son utilité lors de déversements d’hydrocarbures sur terre comme dans l’eau car en lui faisant subir un choc thermique, il est possible de la rendre hydrophobe. Elle peut repousser l’eau durant 48 heures.

Traitement des eaux usées

La tourbe de sphaigne est un élément de choix pour la biofiltration. Ce matériau fibreux, stable et très poreux filtre et retient l’effluent qui y percole. Cela favorise la biodégradation des résidus contenus dans les eaux usées qui entrent en contact avec les micro-organismes dans le biofiltre.

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Une lecture riche d'enseignements : Un certain regard sur les tourbières

Sources : wikipédia, ,http://tourbehorticole.com/fr/

Rédigé par caroleone

Publié dans #PACHAMAMA

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Commenter cet article
I
Quel bel article et très complet! Nous sommes très fière de nos tourbières et on connaît leur importance !
Merci
Dany
C
Bonsoir Dany,

Merci beaucoup. Je m'y suis plongée de bon coeur et puis ça m'a passionné et je n'arrivais pas à en sortir. C'est vrai que vous êtes en plein pays de tourbière, comme c'est joli, j'adore ce paysage et par chez vous il est moins sobre que ce que j'ai vu en Bretagne.

Bises et bonne soirée, l'orage se prépare, il est arrivé très vite.

caro