Grèce : Un pont entre le KKE et SYRIZA à Patras ?

Publié le 21 Mai 2014

Alexis Tsipras, le leader charismatique de SYRIZA, a déclaré lors d'un meeting à Patras, qu'il soutiendrait le candidat du Parti Communiste de Grèce (KKE), Kostas Peletidi, qui est arrivé en tête des élections municipales à Patras (quatrième ville du pays) - article et traduction Nico Maury
 
 
 

Patras est située en Achaïe au nord de la péninsule du Péloponnèse. Avec 168.034 habitants, c'est la quatrième ville du pays (après Athènes, Le Pirée, et Thessalonique) et aussi la plus peuplée de la péninsule. Elle est le chef-lieu du district régional d'Achaïe, elle est également la capitale la périphérie de Grèce-Occidentale. 

Ville ouvrière et industrielle 

Patras est aussi le principal port de voyageurs sur le golfe de Patras à destination des îles Ioniennes (Zante, Céphalonie, Corfou, Ithaque) et de l'Italie. Ville industrielle, elle est également l'une des villes les plus pauvres de Grèce. 

Lors des élections municipales qui se sont déroulées dimanche dernier, c'est le candidat du Parti Communiste de Grèce (KKE) et du Rassemblement Démocratique, Kostas Peletidi, qui est arrivé en tête des élections, il a rassemblé 25,06% des voix (24.880 suffrages) face à la droite (ND) qui recueille 23,94% des voix. SYRIZA, l'ennemi historique du KKE, arrive troisième avec 15,41%. 

Les communistes parviennent à s'imposer, en 2010 ils avaient recueilli 16,52% des voix. Yannis Dimaras (DIMAR/SYRIZA) avait été élu maire. En 2014 le maire sortant, sous les couleurs de DIMAR, recueille plus que 10,55% des voix.
 
 
Alexis Tsipras (SYRIZA) appelle à soutenir le KKE 

La situation semble improbable aux vues des relations plus que conflictuelles entre les deux organisations. Alexis Tsipras veut un "pont" entre le Parti communiste et son organisation, il souhaite que les forces de gauche se rallient aux élections locales. 
 

"Sans aucune hésitation, sans réfléchir une seconde, de tout votre esprit de combat, je vous invite a voter pour le candidat de gauche présent au deuxième tour. Je soutien Kostas Peletidi, le candidat du Parti communiste, comme maire de Patras. Ce n'est pas le temps de désintégration et de la fragmentation. C'est l'heure de l'unité non seulement pour les gens de gauche, mais aussi tous ceux qui ne veulent pas que leurs municipalités et leurs régions soient des laboratoires de la Troïka. C'est aussi simple que cela. " A déclaré Alexis Tsipra dans un meeting à Patras mardi soir. 

Le Parti communiste n'entend pas atténuer sa critique envers SYRIZA 

Si le candidat communiste, Kostas Peletidi, salue le ralliement de SYRIZA il entend avant tout faire appelle aux travailleurs, aux chômeurs, à la classe ouvrière de Patras "pour faire le choix de l'espoir et d'une perspective politique pour la municipalité de Patras, en soutenant le Rassemblement démocratique pour le second tour". 
 

Pour les communistes il est "évident que Tsipras recherche le soutien du KKE pour les candidats de SYRIZA dans d'autres régions ou municipalités, ou pour atténuer notre critique envers SYRIZA, nous rappelons que le KKE n'est pas un bazar. Il lutte constamment contre la politique impopulaire des gouvernements qui mettent en œuvre les directives de l'UE et de ses intérêts commerciaux." 

Le Parti Communiste de Grèce salue ses performances électorales, qui même si elles sont en recul par rapport à 2010, sont en net progrès par rapport à juin 2012, date funeste pour le KKE qui n'avait recueilli que 4,5% des voix (contre 8,8% aujourd'hui). Les listes du "Rassemblement démocratique" aux élections locales ont pu créer de belles surprises, comme à Patras. 

Le Comité central du KKE a souhaité affirmer l'importance du bulletin du "Rassemblement démocratique", notamment auprès des 40% d'abstentionnistes, selon eux le vote pour le KKE serait une "condamnation des politiques anti-populaires des gouvernements, de l'UE, et d'opposition aux illusions et aux faux espoirs des partis européanistes."
 
 
Aucun soutien aux partis de l'austérité ND et PASOK, ni à SYRIZA 

"SYRIZA de son côté ne veut pas ni ne peut sauver le peuple et préparer la rupture révolutionnaire" déclarait Dimitris Koutsoumpas, Secrétaire général du KKE. 

L'unité entre le KKE et SYRIZA n'est pas pour demain, les communistes grecs accusent SYRIZA de proposer de fausses promesses sur le mythe d'une refondation de l'UE et que le peuple peut gagner sans résistance contre les chaînes des monopoles et de l'UE. 

Pour les communistes SYRIZA n'est pas différente du PASOK, "son langage radical et ses allégeances à la gauche européenne tente de faire croire qu'il sera possible d'humaniser l'UE, or ceci implique l'acceptation des engagements de l'UE, les allégeance à l'objectif de compétitivité." 

La vision des communistes grecs sur l'Union européenne est une fois de plus juste, faire croire qu'il est possible de "refonder l'UE" est un mirage. Mais une fois de plus le KKE la ligne autarcique s'impose. En juin 2012, sa défaite électorale venait de son incapacité a proposer une alternative rapide donc électorale aux électeurs. SYRIZA est apparu plus utile et plus porteur d'espoir, malgré ses contradictions notamment sur l'UE. 

Pourtant un soutien critique (sans participation à des exécutifs) pourrait incarner le début d'une dynamique politique qui obligerait SYRIZA a clarifier ses positions et a renoncer à son allégeance à l'UE. 
 
 
Nicolas Maury

Rédigé par caroleone

Publié dans #Europe, #Grèce

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