Brésil : Le peuple Yawanawá

Publié le 28 Mai 2014

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Ou iauanaua

Peuple indigène qui vit au Brésil dans l’état d’Acre, en Bolivie et au Pérou.

Dans cet article, une fois n’est pas coutume, je vais inclure des parties de texte du témoignage de Nixiwaka Yawanaw, le leader de ce groupe qui travaille avec survival.

Population

-Brésil : 831 (2014)

-Bolivie : 132 (2012)

-Pérou : 321 (1993)

Leur nom veut dire

Yawa = de pécari à lèvres blanches

Nawa = personnes

« L’ethnonyme Yawanawá signifie ‘peuple du sanglier sauvage’. C’est parce qu’en tant que tribu, nous sommes toujours ensemble – lorsque nous chassons, et dans la vie en général. Nous sommes un groupe uni, comme une meute de sangliers. »

Le nom se trouve écrit de différentes façons dans les sources historiques : yawavo, yauavo, yawanaua, iawanawa.

Langue : pano

« Malheureusement, depuis que nous sommes en contact avec le monde extérieur, nous avons été obligés de ne parler que le portugais, nous n’avions donc pas beaucoup d’occasions de parler notre langue. J’ai subi la discrimination à l’école. Aujourd’hui, les Yawanawá parlent les deux langues qu’ils enseignent toujours aux jeunes générations. Et maintenant, vivant à Londres, j’ai dû apprendre un peu l’anglais ! »

Territoire au Brésil

Il s’agit du territoire autochtone de la rivière Grégorio, d’une superficie de 92.859 hectares qu’ils partagent avec l’ethnie katukina.

  • T.I Rio Gregório - 187.400 hectares, 560 personnes. Réserve déclarée dans l'état d'Acre. Ville : Tarauacá. 2 peuples y vivent : Katukina pano (langue pano) et Yawanawá (langue pano).

Yawanawa, groupe multi-ethnique

Plusieurs groupes composent cette ethnie :

  • Les yawanawa
  • Les shawadawa (arara)
  • Les iskunawa (ou shanênawa de nos jours)
  • Les rununawa
  • Les sainawa (ou yaminawa) vivant dans la région du fleuve Bagé
  • Les katukina

Il s’agit d’une alliance sociologique commune des groupes de langue pano (alliances par mariage, capture des femmes lors des conflits guerriers, migration des familles, changements opérés pendant la période de colonisation de leurs terres, épidémies, etc…)

La ville de Tarauaca est un pôle d’attraction pour les yawanawa, il y a le bureau de l’organisation du groupe, plusieurs familles y vivent, c’est une sorte de noyau urbain.

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Mode de vie

La règle de vie sociale est basée autour de la famille élargie, ces dernières étant réparties en différents endroits sur les rives de la rivière Grégorio au Brésil. La village principal étant Nova Esperança où vivent les leaders actuels.

Le système de parenté est dravidien, divisans les gens en consanguins et alliés, encourageant le mariage entre cousins croisés (les enfants de la sœur du père avec ceux du frère de la mère).

Il existe encore quelques exemples de polygamie.

Après le mariage, c’est la règle de l’uxorilocalité qui s’applique (l’homme vit dans la famille de son épouse et subvient aux besoins de sa belle famille).

Les noms

Chaque personne à deux ou plusieurs noms : un en portugais et les autres dans la langue indigène. Les nouveaux-nés reçoivent un nom du côté du père qui choisit parmi ceux des oncles et tantes paternels et un du côté de la mère qui choisit dans les oncles et tantes maternels.

Premier contact

« Lorsque nous sommes entrés en contact avec les Blancs, nombre d’entre nous ont été décimés par de simples rhumes et d’autres maladies que nous ne connaissions pas et que nos chamanes ne savaient pas guérir.

Ensuite, les Blancs nous ont obligés à penser comme eux. Nous avons dû changer notre façon de prier, de nous habiller, de parler et même de voir le monde. Ils ont dénigré notre mode de vie en nous assurant que le leur était meilleur que le nôtre. Les missionnaires nous ont dit que nos rituels étaient l’œuvre du diable. Nous nous sentions honteux et rejetés.

Nous n’avions aucune idée du besoin que nous avions de faire légaliser nos terres pour pouvoir y vivre ! La terre était et est évidemment nôtre. Nous n’en avons jamais douté.

Quand les hommes blancs sont arrivés sur nos terres ils ont introduit des choses que nous ne connaissions pas auparavant comme l’alcool, le sucre et le sel.

Je pense que notre mode de vie est le plus sain que nous puissions avoir pour vivre dans ce monde et j’ai retenu tout ce que nous avons appris du monde extérieur. Nous sommes heureux de partager ce que nous savons, les choses que nous continuons à apprendre de la forêt.

Mais beaucoup de jeunes Yawanawá finissent dans les villes, vont faire la fête, boivent beaucoup et vont avec des prostituées. Comme beaucoup d’autres tribus, nous avons un grave problème de diabète. »

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Chamanisme

Le chaman est ambivalent, il a la capacité de guérir (chants, souffle, prières) mais aussi de provoquer des maladies. La chaman doit posséder en outre les connaissances des végétaux y compris celle des plantes hallucinogènes (ayahuasca, poivre, datura, tabac à priser…)

« Il y a chez nous des chamanes, les ‘médecins de la forêt’, qui savent tout sur les plantes médicinales. Ils disent que ce monde est un endroit magnifique pour vivre, que chacun d’entre nous sur Terre a la responsabilité de le protéger.

Je sais que la médecine occidentale utilise aujourd’hui les plantes et les remèdes que nous connaissons depuis des siècles. De l’écorce d’arbre à la salive de grenouille, nous avons les solutions pour fabriquer des remèdes tout comme des poisons. Les femmes frottent du rau, une sorte de pomme de terre, sur leur ventre pour favoriser la conception.

D’autres plantes, comme l’ hukâshupa , sont destinées aux amants, pour fortifier leurs relations. Le jus de trois plantes qu’on a écrasées est un puissant parfum pour attirer un amant. La forêt est un endroit magique.

Je pense que le monde occidental aurait avantage à apprendre à vivre beaucoup plus en harmonie et en paix avec ce qui nous entoure. J’attends le moment où nous pourrons fusionner nos connaissances et nos idées avec lui.

Depuis des temps immémoriaux, les Yawanawá prisent le rumê (tabac fabriqué avec l’écorce d’un arbre particulier), comme partie intégrante de leurs traditions et de leur culture. Nous le consommons surtout pendant les cérémonies sacrées avec l’ uni (notre boisson sacrée plus connue sous le nom d’ayahuasca). Mais il nous arrive de priser du rumê dans l’après-midi, avant le bain. L’eau nettoie notre corps et notre esprit ; c’est le moment favori de la journée. »

Les fêtes

Saiti est le mot générique pour désigner la fête.

Mariri est maintenant un mot utilisé dans le même sens et commun avec d’autres peuples de la région.

La aki uma, festival caiçuma est une fête qui met en place les raltions inter-groupes par séquences : jeux, ingestion de caiçuma et vomissements, actes de guerre, danses, chants.

Pendant les fêtes, la consommation de boisson de manioc fermenté par la salive des femmes tient une grande importance rituelle.

« Les Yawanawá sont connus pour leurs chants et leurs mythes. Mon chant favori est ‘Wakomaya’, qui signifie ‘bonheur’. C’est un chant que nous exécutons lorsque nous accueillons les invités à nos cérémonies et que nous les invitons à danser avec nous. «

Pendant nos cérémonies, nous avons des visions à travers les chants du chamane qui nous connectent au monde spirituel. Dès que les chamanes commencent à chanter, ils transmettent leurs visions au groupe. Certains les comprennent, d’autres non.

Nous héritons ces rituels de nos ancêtres. Ils font partie de ce que nous sommes. C’est le moment où vous pouvez vous connecter avec les esprits et voir le monde d’une manière différente. »

Les activités économiques

La chasse et la pêche sont les principaux moyens de subsistance.

La pêche

Les voyages de pêche sont organisés en saison sèche avec toute la communauté ce qui rend évènement d’une grande importance sociale.

La pêche à la nivrée est pratiquée avec différents poisons utilisés pour faciliter la capture.

La chasse

Pendant la saison des pluies c’est la saison de la chasse aux grands animaux.

« Les Yawanawá partent tôt pour la chasse, à environ 4 ou 5 heures du matin. Nous chassons seuls. Chasser en groupe serait trop bruyant, surtout pendant l’été, quand les feuilles craquent sous vos pieds. J’ai commencé à chasser à 10 ans et j’ai appris en suivant mon père dans la forêt.

Nous chassons le cerf, le cochon sauvage, le tapir. Et la nuit, nous chassons le paca, un rongeur nocturne.

Selon notre mythologie, si un chasseur yawanawá trouve un sanglier sauvage avec une patte blanche, il est très chanceux.

Quand nous chassons, nous imitons le cri des animaux, comme les singes, le cerf et le caïman, pour les attirer vers nous. »

La nourriture

« Le matin, nous mangeons des bananes, des papayes et de la viande, s’il en reste de la veille, et nous buvons du jus de canne à sucre et du jus de manioc (caiçuma). A midi, nous mangeons à nouveau du manioc avec des bananes vertes et plantains écrasées. Le soir nous mangeons de la viande ou du poisson. »

L’agriculture d’abattis brûlis fournit du manioc, des bananes,de la canne à sucre, des ananas, papayes, patates douces.

La terre ancestrale

« Notre terre est notre foyer, notre maison. Elle est notre amie, notre alter ego. Nous avons beaucoup de respect pour elle, nous avons la responsabilité de la protéger.

Mon moment préféré de la journée est la fin de l’après-midi, au coucher du soleil, lorsque tous les gens sont dehors. Au crépuscule, les oiseaux viennent se poser dans les arbres tacana et le chant de l’oiseau makukau nous émerveille. C’est un moment très calme de la journée qui me manque !

La destruction de notre forêt est catastrophique, car elle est vivante. C’est notre vie et celle de la faune sauvage. Nous ne séparons pas notre vie de celle de la forêt, nous sommes tous un seul corps et un seul être : les végétaux, l’eau, les animaux et les Yawanawá.

Lorsque nous voyons que du mal est fait à la forêt, c’est comme si une partie de notre corps était blessée. Nous sentons comme une maladie qui monte en nous et qui a besoin d’être guérie.

Il y a maintenant 29 ans que nos terres ont été démarquées, mais cela n’arrête pas la déforestation qui a lieu à la frontière du Pérou. Nous craignons qu’un jour elle s’étende jusqu’à nos terres, ce qui menacera notre mode de vie, notre sécurité et celle des animaux qui vivent parmi nous. La déforestation est la cause de tant de problèmes au sein des communautés indigènes. Et les animaux ont besoin de la forêt autant que nous.

Nous nous battons pour protéger notre mère nature. Nos chamanes nous indiquent comment apporter notre vision à ceux qui ne se rendent pas compte à quel point cet endroit est magnifique. »

Petite fille au visage peint, membre de la communauté Yawanawa. Cette photo est tirée du documentaire « 4 Real ».

Jade Thome

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L’artisanat

Les coutumes restent dans les mains des anciens qui doivent transmette ce savoir-faire aux générations nouvelles.

Il y a une grande diversité de peintures corporelles utilisées pendant les rituels (mariri) et appliqués avec le roucou, le génipapo ou d’autres colorants végétaux.

Les jupes en paille de buriti, les coiffures en fibre de bambou, les bracelets de paille sont utilisés dans les fêtes rituelles.

Certaines armes sont encore confectionnées : lances, arcs, flèches, poignards dans du bambou ou du bois de palmier-pêche, décorées de motifs, de fils de coton, de plumes d’ara de perroquet ou de toucan.

Source : socioambiantal, Un Indien dans la ville : entretien avec Nixiwaka Yawanawá survival avec les dessins de Nixiwaka pour illustrer l’article (tous les passages en italiques sont tirés de ce reportage)

Plus de photos : avec celles d'Anouk Garcia (copyright) ICI

Rédigé par caroleone

Publié dans #Brésil, #ABYA YALA, #Peuples originaires, #Yawanawá

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