Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas

Publié le 16 Mars 2014

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas

Le 15 mars avait lieu à Magnanville une rencontre organisée par l’association Espoir Chiapas avec Martina, une jeune indigène tzotzile du Chiapas en tournée en France pour partager les luttes anticapitalistes de son territoire et celles de notre pays.

Rencontre chaleureuse comme le sont les représentants de ses peuples descendants des mayas, comme l’est cette association pas comme les autres qui fait son bonhomme de chemin dans la dignité et le respect le plus profond des peuples originaires, chaleureuse encore par la présence des personnes qui nous avaient accordé avec générosité leur attention.

Que chacun en soit ici remercié très sincèrement ainsi que les camarades blogueurs qui ont permis la diffusion sur leurs sites de cet évènement.

Martina nous fait un résumé court et efficace de l’histoire et de la géopolitique du Chiapas.

Vous trouverez sur ce texte qui relate la rencontre, des liens qui vous enverrons soit sur le site d’Espoir Chiapas soit sur le mien.

…..Colonisation…..

Il y a de cela un peu plus de 500 ans, les espagnols débarquent sur le territoire mexicain, au Chiapas pensant être des découvreurs.

Les civilisations précolombiennes ne les avaient pas attendus pour mettre en place leur culture qui de nos jours se pérennise par le biais de ses descendants.

Car les mayas, leurs héritiers sont et demeurent au Chiapas des peuples à la mémoire vive et aux traditions quasiment intactes. Les espagnols qui chamboulent tout sur leur passage à leur habitude vont récupérer les terres indigènes et en faire de grandes propriétés ou plantations, les fincas.

Sur ces fincas, les indigènes vont être leur main d’œuvre locale toute trouvée, exploités et soumise à l’état d’esclavage.

En parallèle, le processus de christianisation se met en place progressivement et les indigènes ont absorbé une partie de l’héritage religieux des colons tout en gardant préservés leurs rites et coutumes en un syncrétisme religieux habilement combiné.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas

image jour de marché à San Andrès Larrainzar (Elías Zamora)

……Les peuples du Chiapas, les tzotziles

Il existe environ 12 peuples indigènes au Chiapas, tous sont des descendants des mayas.

Martina fait partie de l’ethnie des tzotziles ou tsotsiles qui vivent dans la région de San Cristobal de Las Casas. Les tzotziles sont environ 300.000 et Martina vient de la région de San Andrès.

Elle nous parle en sa langue chantante, le batz’i k’op qui est une langue de la famille tzeltal.ch’ol .

La langue justement est un des piliers de base de la culture des peuples. La préserver c’est garder les richesses du passé, se faire une place dans l’avenir, ne pas perdre ses repaires culturels.

La situation des peuples du Chiapas est bien peu enviable.

Pour exemple le taux de mortalité infantile : 34.8 décès pour 1000 (la cause de mortalité infantile la plus forte est due aux diarrhées), au Mexique il est de 28 décès pour 1000. La mortalité maternelle qui touche essentiellement les femmes pauvres au Chiapas est de 117 décès sur 1000.

Le gouvernement ignore littéralement les indigènes et pour eux, il convient de vivre en dehors de son joug.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas
…….Un peu de géographie du Chiapas…..

Il s’agit d’un état très riche : en ressources naturelles.

De l’eau, des forêts, des minerais, du pétrole, du gaz naturel, du café, le tourisme.

Il s’agit d’une région très pauvre : pour ce qui est des conditions de vie des peuples originaires.

Le Chiapas fait partie des 3 états les plus pauvres et marginalisés du Mexique avec les états de l’Oaxaca et du Guerrero.

Les indigènes vivant sur ses terres aux ressources convoitées posent évidemment problème au gouvernement qui souhaiterait les acculturer afin de les rendre dépendants et de pouvoir plus facilement les déplacer.

Leur mode de vie est très traditionnel, ce sont des paysans qui vivent principalement de la culture du maïs et des frijoles (haricots rouges ou noirs). La viande est un mets de fête, les conditions de vie sont très précaires, souvent les maisons ont encore un sol de terre battue, pas d’eau courante ni d’électricité.

….Le soulèvement zapatiste……

Après plusieurs années de préparation auprès des communautés indigènes, le mouvement zapatistes démarre en janvier 1994 pour revendiquer la reconnaissance des peuples, de ceux qui n’ont ni noms ni visages, de leurs droits, de leur dignité. Le soulèvement est armé et dure peu de temps. L’armée fédérale réplique violemment en faisant quelques jours des centaines de morts et de prisonniers.

Les accords entre l’EZLN (armée zapatiste de libération nationale) n’aboutissent pas. Après son échec, trente-huit communes autonomes furent proclamées dans la clandestinité en décembre 1994.

…Les accords de San Andrès….

En 1996, le gouvernement et l’EZLN signent les accords de San Andrès pour leur donner leur autonomie.

Les revendications autochtones portées à l'attention du gouvernement dans le cadre de San Andrés visaient la réforme agraire instaurée par suite des amendements apportés à la Constitution, l'autonomie municipale et régionale, ainsi que la modification du système juridique national pour y inclure la reconnaissance, aux côtés des droits individuels, des droits collectifs.

Malgré les accords signés et le retrait officiel de l’armée en 1996, les exactions des militaires et des paramilitaires, liés aux partis conservateurs ou directement à la solde de grands propriétaires, n’ont jamais cessé (assassinats, enlèvements…) et se poursuivent encore.

Ce refus de reconnaître les accords de San Andrès va renforcer les actions d’autonomie au sein des communautés et même si des échecs sont reconnus, le travail est toujours fait dans un but d’amélioration.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas
…Le massacre d’Acteal….

Le 22 décembre 1997 à Acteal, un hameau tzotzil de la commune de Chenalho, une soixantaine de paramilitaires attaquent un groupe du mouvement Las Abejas (Les abeilles), une organisation de la société civile sympathisante pacifique de l’EZLN. Les assaillants armés de fusils à répétition, de mitraillettes AK 47 surprennent les victimes alors qu’elles sont en prière dans leur chapelle, affaiblies après deux jours de jeûne total pour exiger la paix. Il y a 45 morts, de nombreux blessés, certains achevés à la machette, les victimes sont principalement des femmes et de jeunes enfants, aussi des vieillards. Les femmes enceintes sont éventrées, leurs fœtus arrachés de leurs ventres sont tués également. Pour le mauvais gouvernement qui est derrière cet acte odieux, il s’agit bien d’un avertissement et d’une forme de répression avant l’heure contre les autonomies qui se mettent en place, contre les sympathisants du mouvement zapatiste.

Les paramilitaires responsables de cette tuerie ont purgé de faibles peines de prison et sont sortis progressivement et blanchis de prison, faisant à nouveau courir des risques à la communauté.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas
…….Les caracoles….

En juillet 2003, naissance des Caracoles et des conseils de bon gouvernement, qui manifestent un « stade supérieur d’organisation » autonome. Les Caracoles (les « Escargots ») sont les sièges des conseils de bon gouvernement, nouveaux organes de coordination régionale et nouveaux lieux de rencontre des communautés zapatistes et de la société civile mexicaine et internationale.

....L'autre campagne....

En 2006, l'EZLN lance en parallèle de la campagne électorale l'Autre campagne et les zapatistes se rendront en tournée au Mexique auprès des peuples porter leur parole et recueillir leurs vécu, leur quotidien, leurs revendications.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas
……La petite école zapatiste…..

Cette petite école qui au mois d’août dernier à reçu 1500 personnes permet de partager pendant une semaine la vie de familles zapatistes, d’ouvrir leur façon d’organiser l’autonomie aux personnes extérieures au mouvement. Pour les zapatistes elle est l’occasion de faire une évaluation collective de l’autonomie et de consigner les expériences dans des fascicules. C’est une expérience très riche en connaissances et en émotion.

…..Les avancées du mouvement zapatiste….

Il y a de réels progrès pour les indigènes au sein du mouvement zapatiste. Le respect de la culture se réalise autour des écoles dans lesquelles les enfants apprennent leur langue et leur histoire et non celle du Mexique et de la colonisation qui est enseignée dans les autres écoles.

Le système de santé est indépendant, les promoteurs de santé sont formés par les zapatistes, un travail est fait également autour des connaissances ancestrales liées aux plantes médicinales et aux remèdes indigènes.

La femme zapatiste a des droits égaux à ceux des hommes, dans l’organisation politique, le commandement, la gestion des activités au sein des communautés.

Même si les lignes sont parfois difficiles à bouger dans une société à structure patriarcale considérée comme machiste, les avancées sont évidentes et rayonnent autour des communautés indigènes.

….Les femmes veulent s’émanciper…..

Martina travaille auprès des femmes autogérées de Las Abejas. Ces dernières dans une vidéo qui nous est projetée nous expliquent que le principal handicap est le manque d'argent. Surtout lorsque les enfants tombent malades ou bien elles-mêmes, elles sont obligées d’emprunter et les intérêts sont lourds.

Pour cela, et pour ne pas être dépendantes d’un gouvernement qui demande des contreparties, pour garder leur liberté et leur autonomie, elles ont crée une coopérative. Chacune des femmes peut alors économiser, acheter, soit des vaches, soit des fournitures pour l’artisanat et réinvestir dans de nouveaux projets. Ce dernier est encore tout récent et il semble prometteur.

Pour s'émanciper du carcan familial et patriarcal, assumer complètement leur dignité de femmes, acquérir leur liberté, il faut qu'elles luttent et fassent entendre leur voix.

Rencontre zapatiste autour des luttes indigènes au Chiapas

image espoir Chiapas

……8 mars, journée internationale du droit des femmes….

Il prend une toute autre importance au Chiapas pour ses femmes qui ont tout à gagner dans leur reconnaissance.

Aussi depuis quelques 1992, les Abejas ont décidé de mener une marche chaque 8 mars pour réclamer leurs droits, leur autonomie et réclamer la paix. La journée de la femme au Chiapas est toujours particulière (on se rappelle que les zapatistes dès 1994, inscrivirent dans leur loi révolutionnaire les droits de la femme). Durant toute la marche elles scandent différents slogans très clairs: "Les femmes nous donnons la vie, nous ne voulons pas la guerre", "les femmes nous avons de la force pour défendre nos villages", "les femmes nous voulons la paix la justice et la dignité." En 2012, elles ont même occupé un camp militaire malgré les armes pointées sur elles. Les militaires ont été désappointés par toutes ses femmes qui faisaient intrusion dans le camp, avec leurs bouquets de fleurs blanches, symboles de paix et leurs slogans demandant que les militaires quittent leurs terres.

…..Conclusion…..

Martina par son expérience et son récit ne peut que nous encourager, nous les militants des droits humains et défenseurs des peuples originaires, nous les femmes occidentales qui pensons certainement ne plus être vraiment concernées par les droits à l’égalité des femmes, à nous investir, encore et toujours pour ne pas perdre nos acquis, pour, en solidarité de nos compañeras, qui courageusement se battent pour obtenir une légitime reconnaissance, organiser à notre tour des marches, des rencontres, des réunions de sensibilisation autour des combats menés au Chiapas rebelle.

Annie nous donne alors l’idée d’organiser l’an prochain, le 8 mars une marche féminine en solidarité des femmes tzotziles, à Magnanville. Je note cette initiative très belle et très riche en valeurs portées pour la mettre en œuvre avec succès.

Martina, petite abeille maya qui vint pour quelques heures murmurer son message à nos oreilles attentives, ton passage sur nos terres magnanvilloises laisseront un souvenir de joie, d’humanisme et d’espoir pour les luttes futures qui ne manqueront pas.

Merci encore à ceux qui nous ont donné leur confiance, leur intérêt et leur temps.

Caro

Pour connaître Espoir Chiapas

Rédigé par caroleone

Publié dans #Le chiapas en lutte

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H
Bonjour Caro<br /> <br /> En lisant ton compte rendu, je me disais que le combat des femmes est plus ardu que le combat des peuples indigènes. Ferrat aurai sans doute chanté ce combat.<br /> <br /> Bises<br /> <br /> Serge
C
Bonjour Serge,<br /> <br /> Oui, c'est vrai les luttes des femmes sont pour leur reconnaissance en tant que femmes et en tant qu'indigènes, mais elles ont une sacrée énergie et dans le cas des femmes tzotziles, l'exemple des avancées zapatistes au sujet du féminisme est là, et on voit bien ce que ce mouvement représente comme expérience d'émancipation dans tous les domaines. Nous autres ici en Europe on voit ça de loin, on pense que ce qui est acquis est acquis alors qu'il convient que les femmes luttent ne serait-ce que pour exiger la parité au niveau professionnel. On voit de loin comme si c'était à mille lieux de nous les droits à l'avortement en Espagne toucher le combat des femmes mais il est à notre porte !!<br /> Aussi, je vais m'investir en fin d'année pour préparer la marche des femmes de magnanville en soutien à nos compañeras, j'aurais tout mon temps car il ne me restera plus que mon antenne Espoir Chiapas à m'occuper et j'espère que ce sera quelque chose d'original tout en sachant que cet évènement sera un réel coup de main à la lutte des femmes tzotziles, Martina en nous entendant l'évoquer avait un magnifique sourire, rien que ça, ça mérite toutes les peines.<br /> <br /> Bises et bon dimanche<br /> <br /> caro