Mexique : La guelaguetza

Publié le 6 Mars 2014

Mexique : La guelaguetza

Petit clin d'oeil à mon camarade Xarlo !

Ou los lunes del Cerro (lundis de la colline)

Il s’agit d’un évènement annuel indigène qui a lieu les deux lundis après le 16 juillet dans la ville d’Oaxaca et les villes voisines.

C’est devenu une importante attraction touristique mais conserve une primordiale valeur culturelle pour les peuples de l’état d’Oaxaca qui est l’un des états ayant le plus grand nombre d’autochtones du Mexique (50% de la population).

Guelaguetza en zapotèque = échanges réciproques de cadeaux et services.

Les populations indigènes de cet état sont nombreuses et différentes mais elles ont comme points communs l’esprit de partage et de réciprocité.

Mais si le mot vient de la langue zapotèque, le concept de guelaguetza se retrouve chez tous les peuples indigènes oaxaqueños. La guelaguetza, actuellement, est une forme de solidarité et de coopération qui se manifeste en certaines occasions importantes (naissances, mariages, enterrements, etc.). L’obligation du don de retour qu’appelle le don initial est toujours scrupuleusement observée.

L’obligation du don de retour qu’appelle le don initial est toujours scrupuleusement observée.

La date : les deux lundis après le 16 juillet mais lorsque le lundi est un 18 juillet, jour de la mort de Benito Juarez, l’évènement est reporté d’une semaine par respect pour le grand homme.

Mexique : La guelaguetza

images peuples originaires de l'Oaxaca lors de la Guelaguetza (image wikipédia)

Le lieu : A Oaxaca (la capitale), un amphithéâtre en plein air a été construit sur le « Cerro del Fortin »

Les 7 régions traditionnelles représentées dans les danses de la guelaguetza :

La mixteca, la vallée centrale, l’isthme de Tehuantepec, la sierra de Juarez, la Costa chica, la Cañada, Tuxtepec.

Chaque délégation présente un échantillon de son patrimoine culturel à travers les danses, les chants, les musiques typiques du lieu d’origine. Les costumes sont également autant de marques culturelles.

Les différents évènements qui ponctuent la fête
  • Le convite

Le samedi qui précède le grand spectacle du Lunes del cerro à lieu le convite, un défilé des groupes folkloriques indigènes au départ de Santo Domingo. Tout au long les indigènes tirent des pétards et invitent les spectateurs à danser en leur offrant des cadeaux.

Mexique : La guelaguetza

image tlaxcala

  • La calenda

Le dimanche suivant est le jour de la calenda, un autre défilé qui donne lieu à des offrandes de boisson, à la danse du tonto, à des feux d’artifice.

  • L’élection de la déesse Centeotl

L'élection de la déesse Centeotl qui préside les fêtes se fait le même jour. Elle n’est pas une reine de beauté mais une personne qui représente le mieux les coutumes du peuple oaxaqueño.

  • Bani stui gulal

Le samedi soir un spectacle est présenté comme une sorte de répétition de l’antiquité avec l’histoire de la guelaguetza sur plusieurs périodes

Mexique : La guelaguetza

image

- La légende de la princesse Donaji

: ( grande âme ), la dernière princesse zapotèque. Née en 1506 elle fut la cinquième et dernière fille du roi Cosijoeza et de sa mère Coyolicaltzin qui elle même descendait du célèbre Ahuízotl, empereur aztèque, lequel avait consenti à leur mariage pour forger une paix entre les deux nations.

  • La guelaguetza elle-même a lieu les 2 lundis de la colline : un spectacle ponctué par les danses de chacune des 7 régions. A la fin de chaque prestation, les danseurs offrent au public des cadeaux formés par les produits typiques de leur région, café, ananas, chapeau de paille, chocolat….
  • La soirée du lundi se termine sur la danza de la pluma inspirée de récits légendaires sur la chute de l’empire aztèque.

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Quelques danses typiques :
Mexique : La guelaguetza

image gabopz

Les origines…
La guelaguetza « officielle »

C’est en 1932 après un terrible tremblement de terre qui détruit une bonne partie de la ville d’oaxaca que le gouverneur de cet état, Chico Lopez décide de créer un évènement dans la capitale pour rendre une sorte d’hommage aux cultures oaxaquèñas.

Le festival de la culture prend le nom de guelaguetza et pour le gouvernement c’est une façon de neutraliser l’altérité de ses peuples insubordonnés et difficiles à gouverner en les transportant hors-sol.

Tous les 16 juillet par ailleurs existait une fête traditionnelle sur une colline, le Cerro del Fortin. A cet endroit, les aztèques avaient installé une garnison pour surveiller l’ancienne ville d’Oaxaca fondée par eux en 1495.

Cet endroit accueillait donc des actions de grâce aux divinités aztèques de l’eau et du maïs, Xilonen et Centeotl du 24 juin au 15 juillet et à la divinité de la guerre Huitzilpochtli du 16 juillet au 4 aôut.

Le Cerro del Fortin est à la fois une place militaire et un lieu cérémoniel que l’église investit en 1700 avec la construction d’un couvent de carmélites.

Celle fête populaire qui se déroulait alors à cette date en souvenir des anciens rituels vient se greffer sur la dévotion à la virgen del Carmel.

C’est en 1953 que la guelaguetza prend plus d’ampleur et qu’elle est réellement amalgamée aux festivités du 16 juillet.

Un syncrétisme décidé d’en haut….

Cela devient pour de nombreuses personnes un évènement d’état financé par l’argent public.

Malgré tout, y participer, c’est aussi avoir une reconnaissance officielle qui est considérée comme un honneur et chacun y travaille d’arrache-pied.

La position du gouvernement de 1932 en déplaçant ainsi l’espace communautaire pour s’adresser à la population était bien sûr stratégique car en invitant les peuples à présenter la guelaguetza, il les invite à faire offrande aux élites de l’état : leurs danses, leurs chants, leurs légendes, leurs costumes traditionnels…..et en retour juste la reconnaissance officielle !!

On est bien loin de la pensée de réciprocité et d’échange traditionnelle et coutumière.

L’évènement rencontre un succès durable auprès d’un public croissant et un succès culturel avec le rayonnement sur le site zapotèque de Monte Alban.

En 1974 entre en fonction l’auditorio de la guelaguetza construit sur la colline du fortin. Dès lors il fallut payer pour entrer et assister à cet évènement qui comme son nom l’indique est un système d’échanges réciproques ignorant l’argent.

Mexique : La guelaguetza

image

La guelaguetza »populaire »

En 2006, la ville d’Oaxaca est sous les projectiles et sous les projecteurs d’un véritable état insurrectionnel suite au soutien au mouvement des maîtres d’école.

La ville est occupée par la plèbe, le gouverneur Ulisès Ruiz est en fuite et la guelaguetza est annulée.

Les habitants pour autant ne conçoivent pas une année sans cette fête qui fait partie de leur vie locale.

L’APPO (assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca) organise alors une guelaguetza populaire et non commerciale en pleine situation insurrectionnelle, les touristes sont partis et la ville est comme défigurée…qu’à cela ne tienne.

Les forces armées viendront à bout en fin de compte de l’insurrection populaire avec un bilan de 26 morts, des disparus, des emprisonnés. Un arrière goût d’amertume reste sur la ville.

Mexique : La guelaguetza

En 2007 la guelaguetza officielle est organisée sous tension. L’APPO est affaiblie mais ne souhaite pas laisser organiser cet évènement par le gouvernement régional qui souhaite redorer son blason , en mémoire de ceux qui ont péri et surtout parce qu’on voit à présent clairement l’exploitation éhontée des peuples indigènes depuis les évènements de 2006.

Le 16 juillet 2007, une marche d’environ 10.000 personnes se dirige vers l’auditorio pour empêcher le déroulement du spectacle et sur une place de la ville, en parallèle se déroule la guelaguetza populaire.

La police réagit avec une extrême violence à ce qui parait être de la provocation, deux sympathisants de l’APPO sont massacrés à coups de crosse et resteront dans le coma plusieurs semaines.

Les blessés se comptent par dizaines.

Mais la guelaguetza insurrectionnelle est pérennisée comme une sorte de reconquête de la plèbe oaxaquéña. Elle se déroule sur le vaste terrain de sport de l’instituto technologico d’Oaxaca, organisée par l’APPO et la section 22, elle est gratuite et ne fait pas l’objet d’une promotion touristique, réinscrivant les cultures indigènes dans la perspective d’une résistance séculaire. On peut penser néanmoins au vu de ce qui s’est passé à l’intérieur de l’APPO en 2006 que certains leaders de la guelaguetza populaire ont avant tout un objectif de pouvoir.

Quand à la guelaguetza officielle, elle agit sans ambigüité comme un instrument de promotion touristique, une affirmation du pouvoir également.

En 2009, la guelaguetza populaire rencontre un grand succès : 40.000 personnes passent sur le terrain de sport. Un tract est distribué à l’entrée :

« La guelaguetza n’est pas une marchandise »

Aucune publicité, ni produits importés qui ravagent l’Amérique latine en apportant les problèmes d’obésité et de diabète (pepsi et coca entre autre). Par contre un atelier de distillation du mezcal local.

L’offrande à la foule est généreuse en objets : fruits, gâteaux, produits de la gastronomie, objets artisanaux) distribués à la volée, possibilité encore de montrer ses formes d’expression culturelle. D’un point de vue politique, cela aurait été une grave erreur de la part de l’APPO de ne pas occuper ce terrain de la guelaguetza.

La culture commence là où s’arrêtent les cultures.

La guelaguetza officielle est du côté de la culture.

La guelaguetza populaire est du côté des cultures.

Ce que peuvent nous enseigner les cultures indigènes c’est bien que la division du travail dans la fête appartient à la communauté toute entière.

Je vous conseille la lecture du livre qui m’a permis d’écrire ce résumé au sujet des 2 guelaguetzas :

La guelaguetza d’Oaxaca (Echos du Mexique indien et rebelle ) d’Alessi del’ Umbria

En effet, il manque pas mal de sources sur la toile en français surtout pour se faire une idée si la guelaguetza populaire a toujours lieu. Je suis preneuse d’infos à ce sujet si mes lecteurs en savent plus à ce sujet afin de la compléter partiellement.

Autres sources : wikipédia, tlaxcala

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique, #indigènes et indiens, #Savoirs des peuples 1ers

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T
Superbe page, 'Caroleone'.
C
Merci Txakal.<br /> <br /> Je me suis régalée, surtout que grâce à l'info alternative j'ai pu sortir des sentiers battus.<br /> Heureusement que je connais certains sigles, ça me donne toujours l'alerte dans les sources en espagnol comme je n'y comprends goutte !!<br /> Bonne journée et bises<br /> <br /> caro