Manifestation intermittence / chômage : Ni destruction, ni "sauvetage" de nouveaux droits

Publié le 26 Février 2014

Manifestation intermittence / chômage : Ni destruction, ni "sauvetage" de nouveaux droits
Rdv jeudi 27 février à 14h au Palais Royal pour aller au Medef

« Je pense aussi que vous pouvez me reprocher d’avoir fait la part trop grande aux choses matérielles (…). Ce sont des faits terribles, mais regardons-les en face. Il est certain, bien que ce soit déshonorant pour nous comme nation, que par suite de quelques défauts dans notre communauté, le poète pauvre n’a pas de nos jours, et n’a pas eu depuis deux cents ans, la moindre chance de réussite... Un enfant pauvre en Angleterre n’a guère plus d’espoir que n’en avait le fils d’un esclave à Athènes de parvenir à une émancipation qui lui permette de connaître cette liberté intellectuelle qui est à l’origine des grandes œuvres. C’est cela même. La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle ».
Une chambre à soi, Virginia Woolf.

Nous ne voulons pas être sauvés

Alors que le Medef déclare que les patrons ne sont en rien redevables des 30 milliards que le gouvernement leur a donné, le ministre de l’emploi ne se prononce pas sur les mesures justes et adaptées aux intermittents proposées par un grand nombre des principales personnes concernées [1], sous prétexte de ne pas brusquer des « partenaires sociaux » supposés en décider seuls.
Pourtant, le Medef préconise que l’Etat compense la perte de droits résultant de la suppression des annexes 8 et 10 de l’Unedic. L’objectif de l’organisation patronale est clair : tous précaires et sans droits sociaux. Et cela au nom de l’équité ! Ce que l’on risque c’est, comme souvent par le passé, qu’au nom du « déficit », on prétende « sauver le régime » en enfonçant/déglinguant ceux qui en dépendent.

Selon nous, toute personne a droit à des conditions d’existence dignes. Or, aujourd’hui, si l’on excepte les nantis, seuls ceux qui bénéficient d’emplois stables et durables avec des salaires corrects et de bonnes conditions de travail, sont dans ce cas…
L’objectif du Medef est d’instaurer une flexibilité généralisée, en rognant et en cassant les droits de ceux qui alternent chômage et emplois, afin de disposer d’une main d’œuvre corvéable à merci. Le Medef s’emploie tout bonnement, depuis 20 ans, à supprimer les annexes 8 et 10 car, par delà tous les arguments comptables, il s’agit, pour eux, d’en finir avec l’idée même qu’une protection sociale un tant soit peu adaptée aux caractéristiques de l’emploi soit possible.

Les néolibéraux ont un projet de société bien défini [2] qui leur permet de penser les choses sur la durée et de manière stratégique : séparer les artistes et techniciens en 2003 n’avait d’autre objectif que de préparer la sortie des techniciens du régime de l’intermittence. Après les attaques répétées de la cour des comptes, la mise en place de l’ANI (Accord sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), la CGPME (un des trois syndicats d’employeurs représentés aux négociations) a fait le premier cette proposition. Le Medef la radicalise en réclamant purement et simplement la suppression des annexes 8 et 10. Comme de coutume, ce train risque d’en cacher un autre. Les soit-disant « négociations » en cours montreront bientôt à quoi une telle provocation est destinée à préparer la voie… Au vu de la politique d’austérité actuelle, il se pourrait bien que l’on cherche à rogner les droits de l’ensemble des « chômeurs en activité à temps réduit », de plus en plus nombreux, et pas ceux des seuls intermittents du spectacle.

De deux choses l’une, soit nous sommes gouvernés par des aveugles, soit les socialistes sont totalement hypnotisés par l’idéologie néolibérale et sa société de concurrence. Nous osons encore espérer qu’il n’en soit pas ainsi. Et si tel était néanmoins le cas, nous n’aurions d’autre choix que de tout faire pour l’empêcher.
Ce n'est pas la richesse qui manque. Les salariés à l’emploi discontinu ne doivent pas subir les effets d’une crise dont ils ne sont pas responsables, mais bénéficier d’un régime d’assurance chômage correct afin de pouvoir vivre, travailler, se projeter dans l’avenir.
Le Medef a ouvert le bal. Oui les contrats courts et la discontinuité ne sont pas limités aux intermittents du spectacle, 80% des embauches actuelles s’effectuent en CDD, l’intermittence estaussi le quotidien des chômeurs et précaires. Et pendant ce temps... la Bourse de Paris vient d'établir un nouveua record à 4419,13 points, le plus haut depuis la crise des subprimes en 2008.

Avec les réformes actuelles sur la flexibilité et l’assurance chômage le gouvernement est confronté à un choix historique : laisser les stratégies néolibérales se déployer à grands renforts des préconisations caricaturales de l’OCDE (selon eux « la France doit inciter les seniors à travailler » ), ou bien opter pour une autre société que celle de « la guerre de tous contre tous », une solidarité permettant à la fois de vivre au présent et de penser le futur. Après des décennies de précarisation, il est tout simplement indispensable d’obtenir un système juste et mutualiste pour les intermittents du spectacle et de refonder les droits sociaux de tous les chômeurs et autres salariés à l’emploi discontinu.

Le rapport de force semble défavorable à la solidarité. Mais, des printemps arabes et québécois au soulèvement ukrainien, se vérifie le fait que jamais un ordre social inique ne pourra être assuré d’éviter sa mise en cause, voire son effondrement.

25 février 2014

Coordination des Intermittents et Précaires (idf)

Faites passer le mot, aux collègues, amis, voisins, partout !
Soyons nos propres méd
ia !

Informez-vous autour de vous sur les nombreux rdv proposés en régions ce jeudi 27 février afin d’y être présents.

Notes :

[1] Nous proposons un nouveau modèle d’indemnisation du chômage des salariés intermittents - Avec un film de présentation,

Ripostes 3 : les propositions pour les annexes 8 et 10 de l’assurance-chômage (Unedic)

[2] « Refondation sociale » patronale : Le gouvernement par l’individualisation, Maurizio Lazzarato

Nous sommes tous des inter-mutants du spectacle !

Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux

CIP IDF

Rédigé par caroleone

Publié dans #Intermittents précaires

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