Jean-Max Brua et la bande des cinq

Publié le 21 Février 2014

Jean-Max Brua et la bande des cinq

Dans les années 1970, la bande des cinq réunissait cinq chanteurs avec la même optique musicale et poétique :

  • Gilles Elbaz,
  • Jean-Max Brua,
  • Jean Vasca,
  • Jacques Bertin
  • Jean-Luc Juvin.

Cette bande n’est « ni une forteresse…ni une académie «

« Avec la bande des cinq, Jean-Max faisait partie de ces utopistes qui voulurent irriguer les gens avec la haute mer des mots et des flammes. Les fleuves ont débordé, les hommes se sont sabordés. Ce n’est que maintenant que l’on voit le désastre avec ses variétés plus bêtes encore que les joyeux pétomanes d’avant la guerre de 14-18. Tout cela aura-t-il été vain ? « (Gil Pressnitzer pour Esprits nomades)

« Un même amour de la poésie, de la parole non formatée. La tentative de continuer à inventer “la chanson poétique”, cet art nouveau, à la suite des grands anciens. Sans tricher, sans appliquer des règles, sans imiter, sans barguigner. Réunis aussi parce que nous croyions à l’action collective, aux vertus de l’association, du syndicat… Nous, si différents et si semblables, réunis à force de palabres, de coups de mains, d’éclats de rires. »

" 5 copains, 5 chanteurs, 5 artistes, 5 hommes dignes, 5 hommes libres"

Une guitare à gouverner, une fille, une bière, des fantasmes plein les trous de nez.

Sûrement trop gais, ou bien trop tristes, trop élitistes trop quelque choses, trop dans les mots, trop intimistes, à côté de la poilade, pas foutu de rester dans le truc.

5 types biens qui sont restés debout, là où ils devaient être, là où ils voulaient être, même si trois d’entre eux sont couchés pour un moment. » (Extrait de l’émission Rien à l’affaire)

Les cabarets fleurissent "rive-gauche" du quartier Mouffetard dans la décennie 1970

  • La Méthode. Jean-Luc Juvin et Coluche y firent le service. Lavilliers y chantait
  • Le Bateau Ivre. Tenu par Pol Serge, lui-même ACI. David et Dominique, Didier Kaminka, Jacques Bertin, Jacques Doyen, Jo Schmelzer, Jean Vasca, Francisco Montaner
  • En 1956 fut créée dans le cadre de la MPT(maison pour tous), l'école de la chanson de Solange Demolière. On y trouva : Frida Boccara, Jean Vasca, Bernard Stéphane, Claude Vinci, etc. Il faut ajouter que la MPT était souvent louée pour des spectacles (Jacques Bertin, par exemple…)
  • Le Tripot. Lancé par Corine Léonet, Stephan Meldegg et Gérard Le Cardinal. 20 places dans la cave. Jean Vasca, Jacques Bertin

Ce qui les liait : le plaisir d’être ensemble, de rigoler, la foi dans la chanson et dans la poésie.

« On a l’air bizarres, ils ne veulent pas de nous, mais ça ne fait rien » dit Bertin.

Quand Bérimont arrête ses émissions, ils ne sont plus passés du tout sur les grandes ondes.

A cette époque les chanteurs et autres artistes se retrouvaient au syndicat français des artistes interprètes (SFA) qui était sous la responsabilité de Claude Vinci, un autre grand de la chanson à texte. Y gravitait également Francesca Solleville dont nous reparlerons plus tard.

Je vous mets le lien vers l’émission « Rien à l’affaire » sur laquelle vous pourrez écouter des chansons des 5 chanteurs de la bande, ainsi que des perles :

Entre autre le Château des pauvres de Paul Eluard récité par Jacques Doyen

Les ponts de Cé, poème d’Aragon, chanté par Jacques Bertin

Puis toutes les magnifiques chansons des 5 qui nous intéressent et de Julos Beaucarne regroupées dans l’émission Les chants des hommes.

En écoutant l’émission, je vous ai récupéré quelques données sur la bande puis je découvre ce qu’était vraiment la réalité de la chanson poétique et engagée à cette époque ou la chanson-poubelle envahissait les ondes. J’avais déjà découvert ceci en lisant le livre de Michel Valette sur Jean Ferrat dans lequel il nous raconte la vie des cabarets de l’époque dont la Colombe qu’il dirigeait.

J’étais petite fille alors, je ne savais pas ce qu’il se passait dans le monde de la culture et sur la mainmise des politiques et des médias sur la chanson populaire. Mais, j’ai toujours détesté tout ce que l’on entendait chaque jour à la radio, au point où j’ai tourné très longtemps le dos à la chanson française, ne cherchant même pas à savoir ce qu’il était des paroles, mon esprit musicien se tournait alors essentiellement sur les morceaux instrumentaux.

Maintenant, je comprends pourquoi je n’ai pas accroché et rejeté en vrac le zizi de Carlos, la bonne du curée, si j’avais un marteau et autres joyeusetés.

En écoutant toujours le reportage , je me disais que la crétinisation de la population passant par l’appauvrissement de la chanson, le désintérêt pour la chanson poétique, politique ou à texte relevait de la même propagande que celle, qui au Chili, durant les années de l’unidad popular, poussait les impérialistes à passer en force les débilités yankees alors qu' en face d’eux une belle unité de lutte constituée par la chanson folklorique très bien représentée par la Nueva cancion chilienne tenait le haut du pavé. Vous avez vu ce qu’ils en ont fait de ses chanteurs!!

Mais les chansons, elles, sont toujours bien présentes !

Si , dans notre pays, les chanteurs à texte que représentent Brua et ses camarades, Ferrat , Leprest et bien d’autres ont comme sentence avérée la disparition pure et simple des sources alimentant la sphère publique, c’est sans aucun doute un moindre mal pourrait-on penser comparé à la fin d’un Victor Jara mais ce serait trop beau de donner satisfaction aux politiques en laissant croupir dans un tiroir miteux les textes et les chants de nos troubadours. Ces textes-là relèvent de la plus belle des poésies, celle qui a un air de reviens-y des choses qu'on goûta un jour du bout des lèvres sans en chercher plus à même la puissance de l'arôme.

J’espère que vous vous régalerez avec cette émission comme je l’ai fait de mon côté, en ayant bien en tête, toutes ses années perdues à cause des programmes de RTL .

Dans d’autres articles, on verra en détail les chanteurs de la bande des cinq.

Merci de votre intérêt et à bas la chanson crétine.

Caroleone

Album La bande des cinq

(Les chansons que j'ai sélectionnées sont toutes dans cet album)

Sources : esprits nomades, émission Rien à l’affaire, revue les orpailleurs

Rédigé par caroleone

Publié dans #Jean-Max Brua

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E
Je viens de découvrir ce blog. Félicitations. Je présente un soir par semaine une émission consacrée à la chanson francophone de qualité et ce mercredi 4 février 2015 je consacre mon émission à Jacques Bertin, François Béranger et Henri Tachan. ( 1 heure pour chacun). Je vais en profiter pour diffuser un titre de chacun de la bande des 5. Bonne route à toi.
C
Bonsoir,<br /> <br /> C'est cool de programmer la bande des 5, faire connaître ces grands auteurs de texte talentueux. Ça me fait bien plaisir de le savoir. Bon courage pour la suite.<br /> Amitiés<br /> <br /> caro
S
Wouah.Caro !...... Une nouvelle fois je suis scotché par ton travail ! C'est vrai que ça fait du bien que l'on se rende compte que &quot; la chanson française de qualité&quot; ça existe, et ça veut dire quelque chose. Une chanson c'est une alchimie très particulière : c'est un texte, une musique et un ou une interprète. Et souvent elle dépend aussi des conditions environnementales de celui qui l'écoute, qui font parfois qu'une chanson banale provoque une émotion qui nous submerge par rapport aux souvenirs qu'elle force à resurgir. Alors oui, comme le dit Bertin il devrait y avoir en France le musée de la chanson où les jeunes générations pourraient prendre conscience du trésor qui leur est caché.<br /> Merci encore d'en mettre en lumière une petite partie, mais il te reste encore beaucoup de travail !<br /> J'ai une liste de noms d'homme et de femmes qui méritent d'être écoutés ... <br /> Bises <br /> PS L'espace réservé aux commentaires n'est décidément pas fait pour s'exprimer pleinement, comme je le disais dernièrement à Roger Colombier ...
C
Bonsoir Serge,<br /> <br /> En fait, la découverte me motive et d'autres chosent au hasard de ces découvertes : les chanteurs qui m'ont scotchée par la qualité de leurs textes,de leurs musiques et de leur complémentarité, ce qui gravitait alors autour d'eux et dont j'avais eu un aperçu déjà en discutant avec vous et puis surtout &quot;l'injustice&quot; de ne pas trouver d'infos sur Jean-Max qui à mes yeux était sûrement le plus brillant de la bande.<br /> Je trouve que toutes ses chansons n'ont pris aucune ride, j'aimerais pouvoir en diffuser les textes et parfois il y en aura en lien par la suite. C'est de la poésie à l'état pur, de la belle, pas de la galvaudée, celle qui puise ses racines dans la simplicité de l'homme, dans ses maux et dans la nature en petite tenue.<br /> Je sais que je vais continuer à me régaler et je trouve tellement dommage que la majorité des lambdas passent à côté de tout ceci.<br /> Je sais que tu as de belles et riches connaissances de chanteurs à texte, je crois que j'en ai découvert quelques-uns ces derniers jours .<br /> Je voulais aussi te confier ces petites réflexions au sujet de Brua : il m'épate, j'adore ses textes et je trouve qu'il se situe entre un Ferrat et un Leprest. En tout cas, il a leur dimension et je comprends bien qu'il fut ton ami.<br /> <br /> C'est vrai qu'ils nous ont rationné au niveau des commentaires.Puis au sujet d'autres choses aussi, on gagne sur certaines avancées et on perd sur d'autres mais hélas, le fait qu'on ne soit pas censurés sur la bande passante comme c'est le cas pour ce blog qui est gratuit ça compte beaucoup pour moi qui édite des articles longs et imagés.<br /> J'espère que ça continuera dans ce sens tout en craignant que non, ce serait désastreux malgré tout pour le liberté d'expression.<br /> <br /> Merci de ta visite et j'espère que la suite sera à la hauteur (même si je n'ai pas trouvé de recette miracle pour trouver des données sur Jean-Max !!)<br /> <br /> Bises<br /> <br /> caro