20 clés pour comprendre la guerre psychologique contre le Venezuela et tout autre pays.

Publié le 19 Février 2014

20 clés pour comprendre la guerre psychologique contre le Venezuela et tout autre pays.

Les psychologues Olivia Suárez et Fernando Giuliani préviennent que d’aucuns veulent semer incertitude et angoisse et dessiner un pays qui soi-disant tombe en morceaux, afin que les gens soient disposés à tout afin de retrouver « l’ordre »

Vous considérez que le pays tombe en morceaux ? Vous croyez que la cause de tous les malheurs se concentre sur le chavisme et, particulièrement, dans le Gouvernement National ? Quand vous entendez la musique qui identifie les transmissions conjointes de la radio et de la télévision, vous voudriez tuer quelqu’un ? Vous êtes convaincu que tout le monde est de mauvaise humeur parce qu’on ne parvient pas à surmonter « la crise » ? Vous êtes sans doute victime de la guerre psychologique.

D’une guerre psychologique dont les psychologues bolivariens ont parlé. Mais aussi, le président Nicolás Maduro, qui remarque que ce qui se trame derrière, c’est l’intention de renverser le Gouvernement constitutionnel et d’en finir avec la Révolution. D’autres secteurs qui savent que l’esprit est un champ de bataille ont gardé le silence.

Les psychologues Ovilia Suárez et Fernando Giuliani, membres du collectif « Psicólogos por el Socialismo », soulignent qu’il y a effectivement une guerre psychologique contre le peuple vénézuélien, qui n’a pas commencé cette année mais qui s’est aiguisée à partir de la disparition physique du commandant Hugo Chávez. La cible actuelle, alertent-ils, c’est le peuple bolivarien afin de créer son découragement, mais sans laisser de côté la population qui n’accompagne pas le processus socialiste. « El Correo del Orinoco » propose 20 clés pour comprendre ce qui se passe.

1) Qu’est-ce que la guerre psychologique ?

« Une guerre psychologique n’est pas la même chose qu’une guerre militaire. Mais quand nous parlons de guerre, c’ est parce qu’il y a un objectif d’attaquer une cible. Il faut la distinguer, d’emblée, de ce qui serait une confrontation politique de haute intensité », explique Giuliani.« La guerre a pour élément exclusif d’attaquer une cible, qui dans ce cas précis, représente beaucoup de choses ».

Autre élément qui la caractérise c’est qu’elle est planifiée ; c’est-à-dire, « ce sont des stratégies qui ont un objectif et sont planifiées » ; il y a des gens derrière qui développent « tout un ensemble de ressources, étudiant la situation, mobilisant l’ensemble des ressources », vers cet objectif. Le psychologue ajoute que cette forme de guerre vise l’esprit : « La scène est l’esprit, et nous entendons par esprit beaucoup de choses : c’est l’esprit individuel, mais nous pourrions aussi parler de l’esprit collectif, les représentations sociales, les attitudes, les relations sociales dans tous les imaginaires, les émotions, les pensées ».

Le spécialiste soutient qu’il existe des preuves claires de guerre psychologique au Venezuela ; par exemple, « une gestion planifiée de la rumeur est évidente. De même une gestion planifiée d’un type d’information ciblant clairement des objectifs très concrets ».

Les médias « sont les instruments évidents de cela », et il suffit de faire la revue des titres des journaux et des programmes de télévision pour voir “commencer à apparaître les modèles”. Tous disent la même chose, avec un objectif fondamental : « générer une insécurité psychique ; générer une incertitude, générer des états d’alerte qui ne correspondent pas à la réalité ». Le psychologue prend l’exemple de la grippe AH1N1 : « Durant au moins trois semaines, elle a fait manière permanente les grands titres des journaux traditionnels ; ils parlaient toujours de cela. La radio parlait de cela et la télévision parlait de cela. Les ruptures de stock : tous les jours, on a commencé à parler des ruptures de stocks ».

2) Par quoi se distingue un fait réel de la guerre psychologique ?

Il y a des caractéristiques très concrètes, souligne Giuliani. Ceux qui dessinent un pays en ruines « ne finissent jamais de décider, de démontrer de façon fiable ce qu’ils disent ». Il reprend l’exemple de la grippe AH1N1, parce que cela fut présenté au pays comme si c’était une épidémie terrible mais peu on a peu informé quant aux actions du Gouvernement pour l’attaquer.

« Les médias soulignent et retiennent le négatif, le pire qui peut arriver. Le doute est toujours vers le pire. Et ils génèrent toujours la sensation que rien n’est fait à ce sujet, et dont la chose va aller en s’empirant ». Ce sont « des demi vérités qui se basent sur des choses « qui se passent vraiment », comme la corruption et l’insécurité.

3) Quel est le rôle de la rumeur dans cette stratégie ?

Ovilia Suárez ajoute que l’instrument parfait pour la diffusion de ces soi- disant informations est la rumeur. « Et la rumeur part toujours d’une action, d’un récit, d’une référence qui est réelle. Elle est réelle entre des guillemets ; c’est-à-dire, cela part d’un référentiel qui te permet de croire qu’elle est réelle, soit parce que tu l’as vécu ou parce que ta voisine vient de le voir, ou parce que ton beau-frère était là quand cela s’est passé. Ils vont toujours te le raconter comme si quelque chose de ta réalité était présente. C’est-à-dire, ce n’est pas n’importe qui, qui me l’a dit ; c’est que mon ami, mon oncle, mon neveu était présent ». Est "crédible" qui le transmet, parce que de bonne foi, partie prenante quelque chose qui se passe. Que se passe t-il avec la rumeur aujourd’hui ? Ce sont tous les médias et les réseaux sociaux qui la transmettent massivement et immédiatement ». C’est-à-dire « ce n’est déjà plus une rumeur que Fernando m’a dite, mais c’est passé par Twitter à 2 millions de personnes simultanément. »

4) Que font les médias ?

Les médias, souligne Suárez, « sont les nouvelles armées de leur nouvelle guerre. C’est-à-dire ce ne sont pas des hommes qui vont combattre dans un corps à un corps, un homme contre un homme, une femme contre une femme ; ils ne vont pas utiliser des avions et des tanks et des mitrailleuses. Ils utilisent les médias, les télécommunications, les réseaux sociaux comme faisant partie d’un plan. Ce sont des groupes qui lancent les rumeurs et créent les situations, qui renforcent la possibilité que la rumeur soit véridique », ils mettent les bornes. « Tu vas toujours voir, alors, dans un supermarché, dans une banque, dans le Métro, près d’un kiosque, les gens qui commencent à te raconter une histoire qui peut se situer hors du contexte, notamment sur quelque chose à caractère émotionnel ».

Il semble aux deux psychologues que ce n’est pas le fuit du hasard qu’il y ait des groupes, dans différentes zones du pays, qui parlent des mêmes sujets. « La similitude des récits dans différents endroits attire l’attention », ainsi qu’aussi « comment on argumente, comment on commence par une chose et termine par le point fort du moment ; dans le cas des supermarchés, quand on ne trouve pas quelque chose », remarque Giuliani. Il y a d’autres secteurs qui, sans le savoir, deviennent complices de cela. « Et il y a toujours quelqu’un qui enregistre ce qui se passe là et qui le met sur Youtube ou Internet ; c’est-à-dire, ce sont des situations qui vont renforcer principalement une réaction émotionnelle est semée dans le cadre de la guerre psychologique ». Le registre de communication avec lequel on travaille est celui de l’incertitude, dénonce Suárez. « C’est-à-dire, ils balancent une nouvelle et peu importe si elle est vraie ou non. Qu’importe qui l’a lancée, parce que l’important est qu’elle génère chez toi des doutes, et le doute est associé au fait que tu ne sais pas ce qui va arriver ».

5) Qu’est-ce qu’on cherche ?

Cette incertitude qu’ils génèrent « donne lieu à d’autres émotions comme l’angoisse, la peur, la panique, la rage », énumère Suárez. Ce sont des sentiments négatifs « qui sont d’un côté plus difficiles à éliminer, à combattre, et de l’autre coté sont beaucoup d’une plus grande force que ce qui est positif. Alors, après avoir créé des sentiments négatifs d’une telle intensité, les gens sont sur le point de sombrer dans le désespoir ».

Après avoir mis la population dans cet état « les gens sont disposés à chercher toute chose leur permettant de sortir de la situation », ce qui les amène à la confrontation et à entreprendre n’importe quelle action - violente même - pour sortir du « grand chaos ».
La psychologue ajoute que ces cas ont quelque chose de vrai au niveau individuel, parce que « émotionnellement tu es déstructuré », mais dans la vie sociale cette déstructuration n’est pas vraie.

6) La guerre s’est-elle accentuée avec la mort du commandant Hugo Chávez ?

« Totalement », répond Giuliani. Cependant, l’expert renvoie à la campagne contre le commandant Hugo Chávez, qui a commencé bien avant qu’il n’assume sa fonction présidentielle. Témoin, l’audio truqué dans lequel soi- disant le Commandant menaçait de frire les têtes des adecos, diffusé en 1988, dont on a découvert par la suite que c’était un montage. Le psychologue identifie la persistance des groupes de pouvoir à maintenir« cette désinformation permanente », et estime que cela « a fait son travail ». Cela a nourri, de plus, « la crainte ancestrale que l’on a eu ici envers la gauche toujours, ici et dans toute l’Amérique latine ». Les sentiments attisés « ne te prédisposent pas à la rencontre et au dialogue ».

Le psychologue précise qu’il est sain d’avoir peur, mais prévient que, quand ils te manipulent d’une manière prolongée, il y a un grand danger : « Pourquoi sont-ils dangereux ? Parce que ce sont des sentiments et des pensées qui ont un fort contenu irrationnel. Pas parce que c’est le produit d’un fou ; ce qui se passe c’est nous avons peur, et les peurs ne sont pas si faciles à identifier. Nous avons peur de choses diffuses, face auxquelles le raisonnement serein, pondéré, doit agir pendant beaucoup de temps pour pouvoir les contrecarrer ».

L’un des problèmes identifié est qu’une grande partie de la population ne croit pas que cela existe, et beaucoup moins, qu’il y a des gens organisés pour préparer ces conditions.

7) Quelles sont les cibles de la guerre ?

En ce moment, la cible primordiale est le chavisme, alerte Giuliani. « La mort du commandant Chávez a ouvert, à l’avant-garde de cette opposition de droite, plus à tous ses groupes alliés, l’occasion de diviser le chavisme ». Que fait la guerre psychologique contre le chavisme ? « Elle génère l’insécurité. L’insécurité : par rapport à quoi ? De la intentionnalité des différents leaders, surtout du président Maduro ; le sens de l’union qu’a le projet chaviste, la crainte qu’une fois mort Chávez, cela est terminé, parce que ce fut le discours que les adversaires ont toujours eu ».

Pour cela « ils s’appuient sur une chose qui est vrai, qui est l’impact psychologique et affectif fort qu’a provoqué la mort du Commandant » et le duel postérieur. La question logique de comment donner une continuité à la Révolution « crée une vulnérabilité qui te fait penser aux choses auxquelles tu n’aurais sûrement pas pensé ». Par exemple ? – La guerre psychologique te fait penser à que cela peut se terminer, te fait penser à Maduro va-t-il y arriver avec la Présidence de la République. Par exemple, cela peut t’amener à te demander : « Saura-t-il gouverner comme mon Président Chávez gouvernait ? Saura-t-il affronter les problèmes que le pays a ? ».

8) L’objectif est-il seulement le peuple chaviste ?

« La cible fondamentale est le chavisme, mais pas l’unique. Et que veulent-il provoquer ainsi ? La division à partir de la peur, à partir de l’insécurité d’un point de vue mental. Mais le reste des gens qui n’appuient pas le projet bolivarien continue d’être une cible importante », précise Giuliani.

Vers le secteur de la société qui ne partage pas la Révolution, la stratégie est orientée pour essayer de rassembler les gens autour de la même chose : leur faire croire que le chavisme « est le pire de ce qui est arrivé au pays, que c’est le plus corrompu, qu’ils sont ineptes, que ce sont des gens sans scrupule et capables de faire absolument toute ». Comme Giuliani le souligne, « ils sont réellement et lamentablement sûrs qu’effectivement cela ne sert absolument à rien ; ces rumeurs et le discours persistant soulignent toujours« à quel point est inepte le chavisme ; à quel point le chavisme est sans scrupule, à quel il est corrompu, et quand je dis chavisme, cette guerre psychologique le pose de telle manière qu’il n’y a pas d’exceptions ».

Ils empêchent ces secteurs de la société d’avoir la possibilité de penser qu’il y a des gens honnêtes et capables au sein du chavisme, et que le Gouvernement est entrain de faire quelque chose de bien, condamne le psychologue. « Et : comment y parviennent-ils ? D’abord, par la persistance, parce qu’ils tiennent ce discours depuis 14 ans ; et ensuite, par le bombardement permanent, qui ne te donne pas d’occasion de réfléchir ».

9) Quels sont les secteurs les plus vulnérables ?

En ce moment, « les attaques vont à toutes les populations, avec des différents types de munitions et de messages », exprime Suárez. Avec les jeunes on insiste sur le fait qu’ils n’ont pas d’avenir qu’ils doivent partir du pays. « Il y a une matrice systématique, qui est celle de la fuite des cerveaux pour que la jeunesse sente que quoiqu’elle étudie , elle n’a pas d’espoir et ni d’avenir au Venezuela », commente-t-il. Cela ne touche pas seulement la jeunesse mais les familles, parce qu’entrent en jeu le déracinement et les liens émotifs, ainsi que la crainte « que ces liens se rompent ».

Avec les femmes on veut semer l’idée qu’elles ne peuvent pas assurer l’alimentation de leur famille, qu’elles ne sont pas libres d’acheter ce qu’elles veulent. « Cela à voir avec le rôle des femmes au foyer qu’elles ne remplissent pas, qui ne peuvent se nourrir ; qui ne peuvent pas avoir la liberté de faire ce qu’elles veulent réellement faire ».

Avec les adultes et les adultes plus âgés la stratégie est de créer la panique qu’ ils peuvent mourir, par exemple, parce qu’ils ne vont pas avoir leurs médicaments à temps dans les prochains mois.

« Ils manient les peurs les plus importantes de chacun des pans de la société », déclare-t-il. « Chez les adultes et les personnes âgées c’est le risque de mourir ; chez les jeunes, le risque de l’avenir ; chez la femme au foyer, le fait de ne pas avoir de contrôle et de possibilité de donner, de partager, de posséder, de regrouper, d’avoir ce que tu dois avoir ». La fracture de la vie en commun familiale affecte, en conséquence, les enfants.

10) L’histoire concernant l’extrait de naissance du président Maduro fait-elle partie de cela ?

L’histoire concernant l’extrait de naissance du Chef d’État est un bon exemple, signale Giuliani. « Ils disent que le Président est colombien, mais ne peuvent le démontrer. Que veulent-ils déclencher avec cela ? Dans la population en général, ils veulent lancer le doute. Si tu analyses froidement, cela ne résiste pas à la moindre analyse, parce que quand le Président est allé inscrire sa candidature au Conseil national Électoral il a du apporter son extrait de naissance. Mais cela les gens n’y réfléchissent pas parce qu’ils reçoivent cette information, et le cerveau et les dispositifs sociaux ont une particularité : ils tendent à compléter l’information qui n’est pas complète. Nous le faisons tous ».

L’analyste se sert de l’histoire du téléphone pour illustrer ce qui se passe : comment, de l’histoire d’une voisine arrivée à ce qu’on suppose tard à son appartement, on arrive à l’histoire de la voisine qui était avec un autre homme et a eu un problème dans l’entrée de son logement. « Comme une personne je commence à la compléter, mais je la complète toujours dans la voie où elle a débuté ; si la rumeur vient avec quelque chose de négatif, je le rends de plus en plus négatif. Et ensuite, on y ajoute, à la nature du cerveau, une particularité propre aux circuits sociaux que nous nommons la ‘pression à l’inférence’ ; tu es dans une queue et peut-être tu n’as pas envie de parler, mais si les gens commencent à parler, alors tu parles et aussi tu en rajoutes ; ensuite tu vas à un baptême, et tout le monde commence à parler et il dit qu’il y a un problème avec l’approvisionnement, et que deux femmes se sont battues pour la farine de maïs ».

La rumeur, explique t-il « commence à avoir sa propre vie », bien qu’elle manque de fondements. Le 14 avril, à la fin des élections présidentielles, le candidat adversaire, Henrique Capriles, a dit avoir d’autres chiffres, se rappelle Giuliani. « Plus jamais on en a reparlé, mais dire quelque chose de semblable a eu un grand pouvoir, parce que ce fut d’en parler à un peuple crispé qui venait de plus avec l’idée que le CNE ne servait pas ». Peu importe si Capriles avait ou pas les moyens de prouver ce qu’il a dit ; l’idée s’est répandue et il ne l’a jamais démentie.

11) Les rumeurs sont-elles soumises à l’épreuve de la réalité ?

Non. « Ces médias, ces porte-parole et ces rumeurs ne sont jamais soumis à l’épreuve de la réalité” qui est la confrontation entre ce que l’on dit et ce qui arrive dans les faits, regrette Giuliani. Il précise aussi que ce n’est pas seulement une guerre « très bien planifiée », mais « une manipulation franche et un mensonge grossier ». Ainsi « c’est très facile si je dis : ‘ j’ai d’autres résultats’, comme l’a fait Capriles, quand je ne les ai pas vraiment. Et au bout du coup, personne ne va me demander des comptes sur cela, et je l’ai déjà dit ». Le bouillon de culture est préparé depuis des mois et des années. « Si tu le sèmes aujourd’hui et tu commences aujourd’hui personne ne va te le croire, mais après un an de préparation systématique du terrain tu vas croire n’importe quoi », poursuit Suarez.

12) Qu’est-ce qu’on chérche à créer contre le Président ?

Les responsables de cette guerre psychologique « n’ont pas seulement à diviser ou faire croire qu’il y a des divisions internes au sein du chavism, mais faire baisser la crédibilité du leadership de la Révolution » et dans le processus lui même, analyse Suárez. Ainsi , ils essaient de présenter le Président Maduro comme « un menteur », pour que les gens ne croient pas à ce qu’il propose. « Tout ce qui touche à ce que dit le Président est mensonge, ils vont le faire psychologiquement ». Il y a des stratégies pour cela, ajoute t-il : par exemple, rien n’est dit sur l’insécurité, mais si le Chef d’État parle aujourd’hui du sujet, demain « les médias décrivent des actes les plus violents, plus horribles et plus épouvantables que tu peux t’imaginer ».

Une chose est la réalité, et une autre, est la perception de la réalité, et d’argumenter :

Quelle est la perception en ce moment, dans ce contexte ?

Quand tu vas vers la perception de la réalité c’est pour créer, justement, l’illusion du chaos ; la certitude qu’il y a un chaos.

Quelle est la perception du pays en ce moment ? Chaotique ?

Chaotique. C’est-à-dire ici, tout de suite - selon cette perception - il y a le désapprovisionnement, il y a l’inefficacité, il y a la pagaille. Et tout cela génère la pagaille et ils vont la stimuler.

Y a-t-il une destruction planifiée de l’image du Président ?

Bien sûr.

Elle a existé, ouvertement, contre Chávez, décrivent les psychologues . Ils ont soumis le leader bolivarien à la mort morale et ont utilisé son image pour n’importe quelle manipulation ; une preuve en est l’enregistrement qui a circulé il y a quelques semaines avec une falsification de sa voix. Maintenant, ceux qui sont derrière la guerre psychologique reprennent ce que dit le Président pour le disqualifier immédiatement. Par exemple, « si il crée Corpomiranda pour pouvoir pallier tous les problèmes Miranda , le jour suivant il y a un responsable qui dit : ‘ Cela va être la même inefficacité, la même bureaucratie, un moyen de corruption’. C’est une réaction immédiate pour que les gens intègrent que ce que le Président fait sera toujours un échec ». Le fait d’insulter de manière permanente le président vise , aussi, à ce que le peuple chaviste ne se rassemble pas autour de son leadership ; c’est pour cela que tout ce qui est mauvais lui est attribué.

13) Quel rôle tient l’usage de symboles du chavisme par l’antichavisme ?

L’un des objectifs est d’augmenter la confusion, soulignent les psychologues. On veut faire croire que, face à l’incertitude supposée du chavisme, existe la certitude que l’opposition a quelque chose de meilleur à offrir. Aussi, avec le vol de quelques symboles, comme la casquette tricolore, « ils veulent voler ou ils veulent s’approprier des conceptions » qui ont uni la majorité du peuple, comme la patrie, l’indépendance, les valeurs, la culture. « Quand ces secteurs commencent à s’approprier ou veulent s’approprier quelquechose, ils recommencent à diviser ». Ceux qui dirigent la guerre « jouent beaucoup avec le marketing qui vise le discrédit, la disqualification des leaders bolivariens, et d’un autre côté le positionnement du leadership de l’antichavisme ».

En accord avec Giuliani, « ils ont joué à s’approprier quelques concepts du bolivarianisme, du chavisme, du socialisme, de la gauche, pour attraper et confondre plusieurs secteurs ». :

Des secteurs au sein du chavisme : non ?
Des secteurs au sein du chavisme, des secteurs qui sont indécis.

14) Comment le chaos qu’ils essaient de semer dans l’esprit des gens devient évident ?

« Dans le type de conversation que les gens tiennent ; dans les conversations quotidiennes entre les personnes », révèle Giuliani. « Les conversations sont remplies de ce type de problèmes qui vont avec des interprétations. C’est-à-dire les gens disent pas seulement : ‘ nous avons des problèmes de rupture de stocks’, mais ‘nous avons des problèmes de rupture de stocks parce que tel et tel et tel. Là tu le vois évidemment ». Le psychologue explique que, de plus, s’accompagne de verbalisations irrationnelles, sans une vraie analyse de ce que les personnes vivent réellement. Autre exemple : « Tu vas tous les jours dans un endroit et ils s’occupent très bien de toi, mais un jour une personne s’occupe mal de toi et la chose devient que « que tout le monde est angoissé, que tout le monde est en colère », bien que ce ne soit pas certain ». Cela se fonde, aussi, sur « la vision très parcellaire qu’ont eu durant de nombreuses années les gens de classe moyenne, qui se sont systématiquement refusés à reconnaître qu’il y a d’autres espaces du pays, estiment que le monde peut être très circonscrit » à leur environnement ; dans cet environnement n’entrent pas les personnes qui pensent différemment.

Dans son analyse, le psychologue ne laisse pas de côté les préjugés. « Si tu es une personne qui tu as toujours pensé que les pauvres sont indolents, que les pauvres sont indisciplinés, qu’il faut les mener les pauvres, que n’importe quoi plait aux pauvres parce qu’il n’ont rien dans la tête », et la matrice d’opinion contre la Révolution soutient que Chávez est « un charmeur de serpents », tu vas sûrement le croire. « En conséquence, dans ton esprit, le concept d’un peuple organisé ne tient pas ».

15) Quelles sont les armes utilisées par la guerre pyschologique ?

Giuliani cite un modèle en psychologie sociale, « qui a à voir avec l’influence sociale » et remarque « ce que tu dois faire pour influer quand tu as une option qui n’est pas majoritaire ». Il cite quelques éléments : « Tu as à être insistant et persistant ; tu dois tout le temps dire la même chose ; tu dois être constant dans ce que tu dis et tu dois être résistant face aux preuves de la réalité ; c’est-à-dire, s’ils te conduisent à donner une preuve, tu changes effrontément de sujet et tu continues à parler. Cela s’appelle la résistance psychologique, ou ce que en termes parlés, quelqu’un définirait, comme « un type très effronté ». Quel est l’effet qu’il cause ?« Ces trois choses combinées t’ouvrent une brèche de doutes » par laquelle peut pénétrer tout le reste, alerte- t-il. Ce modèle n’est pas mauvais en soi. Le psychologue remarque que l’on peut l’utiliser pour changer la vision de la population sur la transplantation d’organes, par exemple, pour augmenter les dons et aider à sauver des vies.

16) A quel moment la guerre psychologique devient-elle une guerre physique ?

L’avant-garde de l’antichavisme prétend qu’il en est ainsi, remarque Fernando Giuliani, citant ce qui est arrivé le 11 avril 2002 à Puente Llaguno, avec un massacre monté pour essayer de justifier le coup d’État contre le commandant Hugo Chávez, et ajoute la marche convoquée pour l’antichavisme le 17 avril de cette année vers le Conseil national Électoral. Cette mobilisation, interdite par le président aurait pu se terminer dans un affrontement de peuple contre un peuple : « Ce qui était cherché là, était que se produise une confrontation », mais heureusement le Chef d’État a empêché que la manifestation ait lieu. « Il suffit qu’il y ait une confrontation ici » pour provoquer l’occupation du pays par des forces extérieures, argumente-il. Il rappelle ce qui est survenu au Chili en 1973, quand la tête des Forces armées a décidé faire un coup d’État contre le Gouvernement constitutionnel pour mettre fin au chaos supposé, créé par la droite. « Au Chili ils ont crée une nécessité de changement » qu’ils veulent réitérer au Venezuela, remarque t-il.

17) Quel est l’objectif final de la guerre psychologique ?

Semer dans la population le « besoin de changement », et que la majorité des personnes pensent que toute chose est meilleure que « le désordre » dans lequel soi-disant ils vivent. De là, au renversement du Gouvernement National il y aurait un pas, comme le pensent ses promoteurs. On espère « retourner à une normalité qui n’est pas réelle : c’est la normalité des valeurs de la bourgeoisie, c’est la normalité des valeurs et le naturel du système capitaliste ou impérialiste », accuse Suárez.

18) La guerre psychologique est-elle infaillible ?

Non, répond Giuliani. Il y a beaucoup de gens, spécialement au sein du chavisme, qui « peu à peu récupèrent une capacité de lecture critique, et cela il ne faut pas le sous-estimer », parce que la guerre psychologique « n’est pas infaillible ».

Le psychologue rappelle qu’entre 2001 et 2002 le peuple a été soumis à une grande pression de la part de ces secteurs, y compris la résurrection de l’Opération Peter Pan (le « régime » s’approprierait des filles et des garçons et les familles devaient les faire partir à l’étranger). Suárez souligne que dans plusieurs zones du Caracas ont est arrivé au point - entre les années 2002 et 2005 – où on avait de l’huile chaude pour la lancer contre « les chavistes », ainsi qu’un pain de glace prêt dans le congélateur avec la même finalité. « La crise a été très forte du point de vue émotif et le peuple a résisté avec une lecture critique, et sachant bien où il allait ».

Pour cela, « s’il y a un peuple qui a donné l’exemple dans le monde de la résistance face à la guerre psychologique et aux médias, c’est le peuple Vénézuélien », revendique Giuliani, parce que quand Chávez est né comme candidat, il n’a pas eu la presse en sa faveur : « Il a été soumis à la campagne la plus folle et féroce ayant existé dans l’histoire de nos élections, et il a gagné ».

19) Quel est l’antidote contre la guerre psychologique ?

La conscience politique du peuple a beaucoup progressé, assurent ces experts. “Il y a eu une histoire très récente et très proche, avec plusieurs critères d’identification totale avec un leader” qui permet de mettre en doute ce que soutiennent les médias et la campagne de la droite. Cependant, affirmé Suárez, la vulnérabilité augmente quand la population n’a pas, si le terme convient, d’"antennes" préparées pour capter qu’il y a quelque chose d’irrégulier, comme cela se passe avec les histoires des feuilletons télévisés. « Dans le feuilleton ils ne gèrent pas des nouvelles en direct, mais des symboles imaginaires. C’est-à-dire si dans tous les feuilletons ou toutes les séries que nous voyons, on commence à jouer sur la peur, à jouer sur l’incertitude, le désespoir, l’injustice, tu restes avec cette émotion » que tu connectes quand tu vas au supermarché et que le lait manque, explique t-il

20) Comment les personnes peuvent-elles se protéger de la guerre psychologique ?

« L’outil primordial pour les personnes pour se protéger est l’organisation », répondent-ils à l’unisson. Cela implique, entre autres actions, « la création de brigades antirumeurs, qui te permettent de constater la véracité de l’information », proposent-ils. L’État doit garantir une information véridique d’une manière systématique, soulignent-ils, parce que dans le cas contraire les mensonges s’imposent. Dans ce sens, ils considèrent important de sanctionner ceux qui ont généré un chaos avec des soi-disant « informations ».

Pour Giuliani et Suárez, il est fondamental qu’existe « une très haute cohésion au sein de tout le peuple chaviste organisé, parce que c’est la principale cible visée ». Tous deux insistent que chacun peut continuer avec sa pensée et son idéologie s’il les estime pertinentes, mais ils soulignent que pour être d’opposition on doit pas perdre le sens critique face à la réalité.

El Correo del Orinoco – T / Vanessa Davies – F / Héctor Lozano – I / Vargas – 20 octobre 2013

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, le 25 octobre 2013.


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Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Venezuela

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