Sur les inégalités scolaires

Publié le 4 Décembre 2013

Sur les inégalités scolaires

Je suis toujours surprise en constatant que les rapports chiffrés font réagir plus promptement que les réalités de terrain qui se résument en quelques lignes ponctuées de maux pour les décrire succinctement.

Les chiffres causent plus que les mots.

C’est ce que chacun semble penser, mais ces chiffres qui relaient simplement ce que chacun d’entre nous vit et dénonce depuis bien longtemps, de par les réactions qu’ils occasionnent, nous donnent une petite poussée d’urticaire hypocrite.

Le rapport PISA nous révèle que la France est la championne des inégalités scolaires.

Qui cela surprend-il ?

Le gouvernement ?

Lui, qui n’a rien entrepris depuis son accession au trône en dehors de quelques mesurettes destinées à satisfaire une partie de son électorat, lui, qui continue le programme entamé droite/gauche confondues depuis des décennies pour se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’enseignement public ?

ça me fait bien rire (jaune).

Qui s’en soucie des gamins des milieux sociaux défavorisés ?

A l’heure où le chacun pour soit n’a jamais eu de si beaux jours devant lui, à l’heure où le nombrilisme atteint des records ombilicaux, à l’heure où l’on en viendrait presque à dénoncer ceux qui n’entrent pas dans les codes de la société bien pensante (sans papiers, Rroms entre autre) pour libérer la place aux enfants-rois, ceux qui sont poussés vers la réussite alors que les autres, eux sont poussés dans la boue ?

Je suis sans doute sévère, c’est un constat que chaque parent progressiste peut faire à son niveau.

Et pourtant !

La société n’est-elle pas plus riche en voyant accéder à des postes de haut niveau des enfants issus de classes populaires, de classes sociales défavorisées, de cités ?

Elle ne serait pas plus belle notre France en voyant ces gamins qui fuient la terreur, qui cherchent à tout prix à obtenir une petite place sur notre sol et à y briller, devenir des professeurs, des scientifiques, une élite intellectuelle qui n’est pas la panacée des seuls enfants bourgeois ?

La pensée unique nous fait souvent croire,( et cela a toujours été mon combat que de le dénoncer) qu’être pauvre est synonyme de bêtise.

Quoi, un enfant issu de milieu modeste pourrait être intelligent, voire instruit ?

Un enfant pauvre ou issu de l’immigration pourrait devenir quelqu’un d’important, transmettre ses connaissances ?

Oui, cela pourrait être si le système scolaire n’était pas celui qu’il est et tend à empirer.

C’est bien connu que la gratuité scolaire permet aux enfants des classes moyennes et en-dessous de se hisser jusqu’au niveau du BAC. Mais ensuite, les études payantes diluent fortement leur présence dans les universités et les grandes écoles et l’on y retrouve pour la plupart des enfants issus de classes bourgeoises et de parents enseignants.

Un jour ou l’autre il y a un stop.

A présent, le stop est mis bien en amont.

La sélection se fait dès la maternelle.

La réduction des moyens aussi bien financiers qu’humains ne permet plus l’attention portée aux enfants différents ou à ceux qui ont un peu de retard, pour plusieurs raisons, intégration, barrière de la langue etc…..

L’éducation à deux vitesses que l’on dénonce depuis des années est bien en place.

Pas besoin de sortir de polytechnique pour constater la perte des acquis.

En tant qu'ex déléguée de parents d'élèves, je constate que nous n'avions pas tort de dénoncer et de crier gare à chaque nouvelle réforme quitte à pisser dans les violons de l'incompréhension.

En tant que maman, je constate bien ce que mes derniers enfants ont perdu au niveau du programme scolaire par rapport aux aînés.

Les horaires planchers sont courants alors qu’avant on arrivait toujours à obtenir des heures supplémentaires dans la DGH pour financer des soutiens, on les plaçait où il y en avait besoin selon les établissements.

A présent, les programmes s’appauvrissent, les élèves ne sont pas intéressés par les filières scolaires qu’on leur propose, les enseignants surbookés n’ont plus les moyens de faire face à des classes de plus en plus difficiles, privées de repaires, de motivations, d’enfants bien souvent surprotégés par des parents consommateurs et procéduriers comme cela devient de plus en plus fréquent.

A l’heure où l’on se retrouve avec un flot de nouvelles matières successives à l’évolution technologique de notre société, certains voudraient que l’on retourne aux fondamentaux.

Je ne crois pas qu’il faille faire machine arrière, il convient juste d’accorder sa place à chaque matière nécessaire à l’enseignement d’êtres aptes à vivre dans leur société, sans en négliger aucune et pour cela, seuls les moyens peuvent le permettre.

Aussi bien les matières d’éveil que les enseignements principaux ne doivent être négligés faute de moyens. Aussi bien, les élèves doivent être éduqués dans des classes hétérogènes incluant les enfants différents, toutes les classes sociales en un vivre ensemble pour lequel la tolérance et le respect seraient les maîtres-mots. Avec les moyens c’est possible, tout est possible.

Et pour pallier les inégalités les moyens doivent être portés sur les formations des enseignants.

On trouve des sommes importantes de nos jours pour financer l’école privée avec l’argent public.

C’est pratique courante qui, il y a de cela cinq ans en arrière suscitait encore des émois, des critiques et qui à présent coule de source (et ne choque pas venant même d’un gouvernement de « gôche »).

Cet argent qu’on enlève au fonctionnement du public, il existe bien et si on en purge l’éducation publique, c’est bien parce que la volonté de se désengager est réelle.

J’espère ne jamais voir dans ma vie cette école à 2 ou 3 vitesses s’installer avec toutes ses inégalités qui iront s’accentuant, les entreprises qui financent des classes pour qu’elles leur fabriquent leur chair à patron, des écoles si chères que les familles et les élèves seront surendettés comme on en a l’exemple avec le système éducatif d’un pays comme le Chili qui est l’un des plus inégalitaires au monde.

Je n’ai pas envie de voir comme c’est le cas pour l’un de mes enfants, des jeunes sortir du système sans formation. Parce qu’ils ont choisi la mauvaise filière au mauvais moment, ont décroché, n’ont pas su trouver ce qui leur convenait et qui iront nourrir les rangs des personnes asociales et exclues de ce fait. *

Est-ce ce modèle-ci que l’on souhaite ?

L’éducation de nos enfants, ceux sensés porter un jour à bout de bras l’économie de notre pays, sa fierté dans ses êtres humains évolués et riches en potentiel, ne mérite t-elle pas les plus beaux sacrifices ?

L’utopie d’un monde meilleur passe obligatoirement par une société dans laquelle les personnes sont éduquées, profitent d’une école publique, gratuite et laïque (avec des enseignants formés à cette laïcité et connaissant ses règles), une école de la république qui ne perd jamais de vue les grands principes fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité.

La vie dans cette société multi culturelle, en évolution constante, aux savoirs-faires évoluant rapidement mérite une éducation adéquate, la réussite pour tous, sans laissés pour compte, sans discrimination que ce soit et avec en son centre pour fer de lance le respect et l’amour de l’être humain quel qu’il soit.

  • Pour info personnelle : les chiffres ne se trompent pas souvent. J’avais eu connaissance à l’IA des critères sociaux qui entrent en compte dans les réussites ou échecs scolaires des enfants par rapport aux conditions de vie des familles. Force est de constater que notre cas familial reposait sur un pourcentage d’échec possible dont, même si mes enfants n’entrent pas dans les critères les plus défavorisés me font penser que cet échec ne les fait pas mentir : 2 de mes enfants sur 4 hors système pour différentes raisons.

Les personnes qui me connaissent ainsi que ma vie de famille, qui connaissent mes engagements en faveur de la jeunesse disent qu’il ne faut pas que je prenne cela pour argent comptant. Pourtant, dites-moi si je ne dois pas me sentir fautive d’avoir un jour fait le choix d’élever mes enfants, de leur offrir l’éducation que j’avais choisie de leur transmettre et en cela de priver mon foyer de revenus…..dites-moi si je ne dois pas me sentir fautive d’avoir élevé mes enfants avec des idées anticonformistes qui même si je les modérais alors les ont mis sur le bord de la route ?

Est-ce que ce genre de choix doit pénaliser les jeunes dans notre système ?

Carole Radureau

Rédigé par caroleone

Publié dans #Réflexions

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T
En tant qu'ancien enseignant en Lycée technique, je me souviens de la haute estime dans laquelle se tenaient les élèves que nous recevions. " De toutes façons, je ne suis bon à rien; c'est pour ça qu'on m'a envoyé ici" était une réflexion très courante. Le travail manuel était très mal considéré; c'était juste bon pour les enfants d'ouvriers (très peu de filles...) et des petits paysans; on connaît les résultats de ce mépris.... A mon époque, avec de la patience et du temps, on arrivait à leur redonner confiance en eux et à les motiver parce qu'ils trouvaient des emplois à la sortie. Mais, maintenant?
C
Bonsoir Txakal,<br /> <br /> Oui, l'enseignement pratique était mal considéré et la voie toute trouvée des enfants d'ouvriers dont je fais partie. Non pas parce que j'étais mauvaise élève pour ma part mais pour des raisons familiales et personnelles et parce que je voulais faire un métier avec les plantes et l'herboristerie alors était sinistrée. Mais comme tu le dis les enseignants du technique ont toujours su transmettre aux élèves le goût du travail manuel et cette filière manuelle est un merveilleux outil pour les jeunes, qu'ils soient bons ou mauvais élèves ou porteurs d'un handicap. Le problème a l'heure actuelle c'est l'alternance car les patrons ne veulent pas en jouer. Toucher le fric, oui, avec des élèves en BTS car majeurs et sous-payés mais pour former des gamins en BEP ou BAC PRO, tiens, c'est la croix et la bannière. Ils disent qu'ils ont fait des mauvaises expériences et à cause d'un ou 2 ou censure l'ensemble. Et pourtant cette voie de l'alternance, si elle est fonctionnait comme il se doit, elle serait la meilleure voie possible pour les gamins en décalage ou pour lesquels le système scolaire n'apporte pas ce qu'ils ont besoin pour leur éveil.<br /> Combien de gamins bien orientés auraient du boulot à l'heure actuelle ?<br /> <br /> Tu sais , dans ma famille d'ouvriers on a étudié plus ou moins longtemps mes soeurs et moi et nous sommes toutes diplômées, certes je n'ai qu'un CAP mais j'ai quand même eu le mérite de l'avoir. Une de mes soeurs est pharmacienne, elle est même à son compte. Elle a poursuivi ses études en tant que boursière et s'est retrouvée à un moment avec de l'élite bourgeoise venant même de l'étranger. Combien de fois as-t'on entendu dire autour de nous : une fille d'ouvrier qui fait des études !! Comme si c'était exceptionnel et méritait d'être relevé. A son niveau, il y avait très peu d'enfants d'ouvrier. Tu ne crois pas que depuis ce temps, si l'éducation nationale n'avait pas yoyoté comme elle l'a fait, on devrait en entendre de plus en plus des gamins d'ouvriers qui se trouvent à des postes supérieurs ?<br /> Je crois que l'on retourne au moyen-âge de l'école, bientôt il n'y aura même plus aucun respect de la laïcité qu'on dit ringarde.<br /> Et je trouve que tout ceci est grave.<br /> <br /> Bises Txakal, merci de ta visite<br /> <br /> caro