Mexique : Le peuple Tzotzile

Publié le 22 Octobre 2013

 

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Les tzotziles

« Hommes capables de voler sous le sol,

pour qui il n’y a pas de milieu ni grands ni impossibles,

le regard tendu, jaillissent en vol, gladiateurs, redoutables. » Miguel Hernandez

Terme de l’espagnol régional ou des spécialistes

Tzotzil : « batz’i k’op » pour la langue ; « batz’i winiketik « ou « ichi’iltaktik » pour l’ethnie

Peuple indigène du Chiapas qui descend des mayas.

Population : environ 300.000 personnes

Le Chiapas est une région montagneuse et verdoyante située principalement sur le haut plateau central de la Sierra Madre del Sur, au nord du fleuve Usumacinta. Le climat est tropical humide ce qui favorise la forêt vierge à basse altitude et une végétation plus clairsemée en altitude. En 2000, l'état du Chiapas fournissait 55% de l'énergie hydroélectrique grâce à 7 centrales, 35 % du pétrole ( nord de l'état), 25 % du gaz naturel et 35 % du café. La grande forêt regorge également d'une ressource qui se raréfie : l'eau. La capitale du Chiapas est Tuxtla Gutierrez mais la ville la plus remarquable est incontestablement San Cristobal de las Casas. L'économie du Chiapas est essentiellement agricole, c'est l'une des régions les plus pauvres du Mexique.

Langue : le tzotzil qui est une langue tzeltal-ch’ol des langues mayas. Son plus proche parent est le tzeltal.

Il existe une vingtaine de communes tzotzil plus quelques îlots hors réseau au cœur des hautes terres ou massif central du Chiapas :

  • Les villages situés sur la route qui relie l’axe panaméricain au grandes plaines du golfe du Mexique à une altitude de 1100 / 1900 mètres.
  • La zone tzotzil dense du massif du Zontehuitz (avec son cœur qui est San Cristobal de las Casas), à une altitude comprise entre 1000 mètres au nord et 2600 mètres au centre.
  • Le long de la dépression centrale du Grijalva qui coule dans une vallée de 800 à 600 mètres

Au Chiapas comme dans le reste du Mexique, un village peut aussi bien désigner une forte population : c’est une fédération de hameaux, coordonnés administrativement par la cabecera ou chef-lieu où se concentrent l’église, la mairie (ayuntamiento), la maison du peuple (cabildo ou chapitre) et le marché.

San Cristobal de las Casas

jovel = prairie d’herbes hautes appréciées pour la chaume des toits ou les chapeaux de paille)

C’est l’ancienne capitale du Chiapas. C’est une ville moyenne au cœur des hautes terres de cachet colonial située dans une vallée à 2100 mètres d’altitude au pied de pentes boisées de térébinthes et de chênes.

Mexique : Le peuple Tzotzile

Zinacantan

En langue nahuatl cela signifie « Pays des chauves-souris ». C’est un ensemble d’environ 20.000 habitants.

Durant des siècles, les tzotziles contrôlèrent l’extraction du sel dans les montagnes du Chiapas.

Le village est réputé pour la qualité et la diversité de ses tissus mais aussi parce qu’il a su préserver la tradition unique dans la région, c’est-à-dire l’élaboration du « k ‘uk’umal chilil », le huipil emplumé porté lors des mariages.

A l’époque précolombienne Zinacantan faisait des échanges commerciaux avec les aztèques du centre du pays. La région exporte toujours le sel et l’ambre.

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San Juan Chamula

Petit village situé à 10 kilomètres de San Cristobal de las Casas qui est le foyer d’une communauté tzotzil qui vit en autonomie. Le bourg est un centre de culte et de commerce des mayas tzotziles.

Les chamulas sont des artisans de talent reconnu qui fabriquent des chemisiers, des sacs, des tissus brodés à la main de grande qualité.

Le système des cargos ou les charges communautaires, ou encore les autorités coutumières

(kuch en tzotzil)

Dans les villages indigènes la vie est régie par trois types d’autorités, les charges (cargo en espagnol).

Ce sont des responsabilités à caractère rotatif et révocable non rémunérées, attribuées dès l’adolescence aux membres de la communauté. Pour une durée d’un an avec des périodes de repos entre deux exercices de « charges » en ce qui concerne les charges coutumières héritées de la colonie ( mayordomo, alférez, mayor etc) et 3 ans pour les autorités constitutionnelles (maire, syndic) ou agraires (comité agraire, biens communaux).

Elles concernent un éventail très large de tâches et d’actions du plus souple au plus complexe, de l’entretien d’un lieu de culte ou d’un chemin près d’une source à la préparation de fêtes religieuses ou de l’exercice de la justice

L’élu est désigné collégialement après délibération par une convention des anciens (principales ou pasados).

Le système de charges est l’expression de la démocratie villageoise, non seulement parce qu’il postule idéalement l’égalitarisme mais aussi parce qu’il assure la représentation démocratique des quartiers ou districts du territoire communautaire.

Après l’élection, la charge devient obligatoire et elle est notifiée par les policiers corporatifs chez l’élu. Tout refus est puni de prison voire parfois d’exil.

La charge acceptée se fait aux frais de l’élu pour tout ce qui concerne les rites (eau de vie des libations, encens, repas officiels…). C’est une charge coûteuse qui bien souvent ruine l’élu. Son prestige ne peut-être que moral même si la corruption et le caciquisme ont fait leur apparition dans les villages à partir des années 50.

Les responsabilités de la charge se nouent et s’expriment lors d’une fête de village à laquelle le dignitaire de la charge revêt des vêtements de cérémonie et reçoit le bâton de commandement (un bâton symbolique en bois précieux avec pommeau et pointe d’argent).

Quelques charges :

Mayor (« mayol « )

C’est une charge de débutant confiée aux jeunes ménages. Le mayor est un policier corporatif et un messager des autorités (coutumières, constitutionnelles et agraires). Il réalise ses missions à pieds armé d’un gourdin tranchant comme un sabre accroché à son épaule.

Ecrivain (« iskirivanoal »)

Charge communautaire réservée aux paysans qui savent lire écrire et compter. Ils sont élus et leur charge peut durer plus d’un an faute de candidats sachant lire.

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Mode de vie

L’homme tzotzil

winik, femme « antz »)

L’être humain passe par des stades évolutifs soigneusement distingués.

C’est d’abord un bébé (« nene) : sa naissance exige la présence du père sous peine de divorce et elle a souvent lieu dans le local du bain de vapeur. Le bébé n’est jamais séparé de sa mère qui le porte dans le rebozo ou châle qui le maintient en permanence sur son dos ou plus tard à cheval sur ses hanches tout au long de ses activités : marches, travaux, visites, corvées d’eau ou de bois, rites….

L’enfant

unen » ou « k’ox » ou « olol »)

Il est toujours sous la garde de sa mère mais il reçoit des responsabilités spécifiques : garde provisoire des bébés, soin aux animaux, tâches domestiques.

A partir de l’âge de raison (vers 10 ans « quand il a trouvé son âme) la fille (« tzeb) tisse, confectionne la torilla et le nixtamal, garde les moutons, prend une responsabilité domestique. Son guide est aussi sa mère mais elle doit devenir une bonne maîtresse de maison au cas où sa mère venait à mourir.

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Au même âge le garçon (« krem ou kerem ») est pris en charge par son père. Il est initié aux travaus des champs, aux normes communautaires, aux parcours du comité agarire, au travail saisonnier de la finca (c’est l’épreuve qui le rendra adulte), et à la production d’argent. Si son père meurt il doit pouvoir faire vivre la famine et porte la responsabilité de subvenir aux besoins de sa mère. Les lois scolaires et l’instituteur entrent toujours en conflit avec ces obligations du kerem.

Cette période est conclue par le mariage.

Le jeune ménage doit attendre parfois plusieurs années la permission de la famille pour mener sa vie conjugale. Le jeune marié vit chez ses beaux-parents juqu’à ce que ceux-ci autorisent la construction d’un foyer indépendant. L’escalade des charges successives commence dès le début du mariage et peut entrainer parfois l’abstinence de la vie conjugale.

Quand les enfants de ce ménage se marient à leur tour, l’homme devient un mol ou un vieillard. Il fait alors l’objet d’une révérence qui conseille de faire procéder son nom de Don (« tot « pour les hommes »me ‘ » pour leurs épouses). Si son cursus de charges a été honorable il prend le statut d’ancien.

Le système de parenté

Il est celui de la famille élargie.

Leur modèle de reproduction sociale a un sens si elle est orientée sur l’harmonie avec la nature, le respect et la responsabilité envers les autres, la relation du travail avec la nature la vie et la mort faisant partie d’un cycle perpétuel, une position de subordination à l’égard de l’univers-dieu et de la mère-nature.

Le nom de famille

Autrefois, avant que le régime « mexicanise » l 'indien, les tzotziles portaient des noms de famille lignagers (l'ours, dindon, mouton) ce qui était pratique pour indiquer avec qui un mariage était possible. Les noms lignagers ont été remplacés par des noms mexicains courants (Lopez, Mendez, Gomez..)

image Espoir chiapas

image Espoir chiapas

Les vêtements

Le tissage

Les femmes tissent toujours sur un métier de ceinture dit « telar de ceintura » : les fils verticaux de la chaîne sont maintenus tendus entre deux ensouples. Celle du haut est fixée par exemple à un arbre ou en hauteur et celle du bas est reliée à la ceinture de la femme qui est agenouillée au sol et qui la passe derrière ses reins pour en contrôler la tension.

Les femmes Tztotziles portent des jupes noires en laine tenues par une ceinture de couleur, une chemise de satin de couleur vive, le col des chemises est brodé à la main. Leurs cheveux sont nattés avec des rubans de couleur également. Les hommes portent des sarapes de laine blanche ou noire serrées à la taille par une ceinture de cuir. LE REBOZO : est un châle tissé en coton ou en laine et qui a un double usage car il sert aussi de porte bébé. Les indiennes Tzotziles se reconnaissent à leur rebozo bleu vif.

Le huipil

chilil = huipil de laine de tous les jours, « k’u’ul (Zinacantan, « k’u’il (Magdalenas) pour le huipil de cérémonie)

C’est un corsage de coton ou de laine, brodé ou tissé, formé par une (ou deux) pièces d’étoffe tissée. En général sans manches, il est très fonctionnel pour l’allaitement, opération qui a lieur souvent lors des constantes marches à pieds.

Les motifs brodés des huipil du Chiapas sont les mêmes que ceux qui figurent sur les costumes féminins des bas-reliefs de Yaxchilan.

Ils sont brodés sur le coton ou tissés dans la laine, parfois brochés et constituent tout un langage (le maïs, les sanits, les arbres, les singes, les crapauds, les fleurs, le serpent, le losange, les couleurs…) qui identifie celle qui le porte mais aussi le village, de sorte que ce vêtement est l’indicateur infaillible du lieu où est son identité mais il comporte aussi la signature de la tisseuse.

Chaque huipil est une œuvre d’art soldée par des heures ou des jours des semaines de tissage patient. L’activité à lieu pendant la garde des moutons, dans les champs et pendant les activités agricoles du mari ou à la maison.

Mexique : Le peuple Tzotzile

Les hommes sont vêtus d’une chemise, d’un pantalon court, d’un foulard, d’un chapeau et d’un poncho en laine.

L’alimentation
Le maïs

Espagnol : maiz

Espagnol régional : milpa

Tzotzil : "xim" pour la plante et "ichomtik" pour la culture du maïs.

« Ensuite ils se mirent à façonner notre première mère, notre premier père, dont les corps étaient (fait) d’épis (de maïs) jaune, dont la chair était de maïs blanc » Popol Vuh

Selon le Popol vuh (la genèse maya) le maïs est la chair de l’homme. Les hommes selon ce livre n’ont pas été faits de glaise comme dans la bible judéo-chrétienne mais du maïs qui a ordonné la création.

Le maïs est donc très représenté dans tous les rites et les activités de la communauté.

Il entre dans la composition des repas (tortillas), du travail (abtel ou travail du maïs dans le service des charges), la parole (on prépare des petites tortillas spéciales pour les enfants pour leur apprendre à parler), l’éducation (pour les garçons apprentissage du travail dans la milpa, pour les filles apprentissage de la confection des tortillas), la mort (le maïs germe du crâne ou du nombril des cadavres, la mesure (une main = 5 épis de maïs, les 20 doigts des mains et des pieds identifient l’homme.

La milpa en espagnol régional relie par ignorance ce qui concerne la plante (ixim), le champ (osil) et le travail du maïs (ichomtik) à l’aide de ce mot unique.

Le maïs qui nécessite une bonne irrigation et un fort apport en azote pour sa croissance bénéficie de celui-ci dans le sol grâce aux plants de haricots qui se servent eux des tiges de maïs pour grimper. L’espace horizontal, le sol, quand à lui est occupé par les plants de courges ou de citrouilles qui offrent une couverture végétale évitant l’érosion, conservant l’humidité et captant les insectes.

Les plats à base de maïs
La tortilla

En tzotzil « waj » = galette de maïs

La tortilla est la nourriture de base du paysan qui en consomme à chaque repas une quinzaine s’il n’y a pas de disette.

Le procédé du nixtamal

( « panin » = pâte de maïs pour la tortilla)

Le maïs une fois égrené est cuit avec de la chaux. Ce procédé à l’avantage de faciliter la séparation du grain et se la peau. Après une cuisson assez longue le maïs est lavé parfois dans la pinchincha qui est une écumoire en terre cuite qui a une forme de jarre. Ensuite le maïs lavé et débarrassé de ses peaux est passé au metate (pierre à moudre, » cho’ »), une sorte de bassin en grès incurvé. On l’écrase ensuite avec un pilon, bien qu’à présent il existe un moulin de nixtamal qui évite une corvée pénible et douloureuse. La pâte obtenue est la base de la tortilla.

Le traitement au nixtamal revêt une grande importance nutritionnelle car les consommateurs de céréales sont souvent affectés par une maladie nommée la pelagra, une avitaminose grave dont le syndrome consiste en des maladies de peau, une chute des cheveux et des dents. Cette maladie est due à la carence en vitamine PP carence typique de la pauvreté. Le procédé du nixtamal qui fixe les minéraux, les vitamines et les protéines grâce à la chaux utilisé pour la cuisson rend assimilable par l’organisme les nutriments du maïs.

Avec la pâte on fait de petites boules qui sont ensuite aplaties à la main en forme de galettes que l’on met à cuire sur le comal.

Le comal (« semet ») est un grand disque de terre cuite qui fait fonction de gril qui sert à cuire et réchauffer la tortilla avant de la consommer. Son complément est un jeu de trois grosses pierres (tenamaste ou « yoket ») qui ont cet usage exclusif.

Dans la vie familiale le fait de rapprocher les pierres du feu et d’y déposer le comal est le signal convenu de passer à table. Les tortillas sont servies dans le tol ou ustensile fabriqué à partir d’un fruit tropicale à grosse écorce évidé de sa chair.

La tortilla est l’équivalent du pain des français, elle accompagne tous les aliments et peut les substituer au besoin. Mais elle devient aussi assiette du paysan, sur laquelle il dépose sa nourriture, ou elle est découpée au cours du repas et chaque morceau modelé à la main fait fonction de cuillère ou de pince. Elle peut être grillée pour être conservée ou en faciliter le transport.

Le tamal

Il s’agit d’une pâte de maïs et parfois de haricots noirs cuite à l’étouffée dans une feuille de bananier ou de maïs ou dans les spathes de l’épi. Elle est souvent servie lors des fêtes de village ou les évènements familiaux ou pour les déplacements.

Le pozol (« uch’imo’ »)

C’est un plat du régime paysan dont la base est la pâte à maïs qui sert à la confection des tortillas mais elle est cuite à un stade différent. Transformée en boule compacte donc prenant peu de volume et facile à transporter elle est la nourriture des voyageurs ou le casse-croûte consommé sur la parcelle de travail. Il se prend dans le tecomate (« tzu ») ou dans la jicara, sorte de bol confectionné avec la peau séchée d’un fruit tropical dans laquelle la boule de maïs est diluée dans l’eau avec les doigts.

C’est un mets très nourrissant car le maïs a cuit avec la chaux et très rafraichissant et il est apprécié comme une gourmandise. Pour le paysan tzotzil c’est l’équivalent de notre thé et permet de faire une pause..

Le poisson

Les indigènes sont friands de poisson qui est pêché sur la côte pacifique ou dans le fleuve Grijalva qui traverse l’état. Il est consommé cuit ou boucané (séché au soleil avec sel et citron).

Le sel (« atz’am »)

C’est un condiment rare dans les villages à cause de la pauvreté et de l’isolement des campagnes.

Les villageois de Zinacantan sont privilégiés car il existe plusieurs puits producteurs dont le plus important est à Salinas et objet de cérémonies annuelles.

La chicha

(en tzotzil de Zinacantan : « yakil vo’ », en tzotzil de Magdalenas : « yakiljo’ », eau d’ivrogne)

Ils confectionnent une boisson alcoolisée à base de canne à sucre dont le jus est fermenté de façon rustique. C’est une boisson consommée les jours de fête.

L’eau de vie

(« pox »)

Il existe une gamme importante de liqueurs ou de fines à base d’alcool de canne à sucre et additionnée d’hydromel (aguamiel ou pulque suc de l’agave) ou aromatisées aux herbes (angélique menthe vanille) au Chiapas.

On les appelle par le terme générique de trago et elles se servent dans un petit verre considéré comme une mesure qui se boit d’un trait ou cul-sec comme on le dit chez nous.

La fine peut être un remède fortifiant (« pox ») car elle est à base de recettes utilisant des plantes médicinales pour les soins locaux qui aident à laver les blessures ou servent d’onguent.

Dans les actes rituels, juridiques, les tractations sociales, cérémonies religieuses, demandes en mariage l’alcool sert de libation pour sceller les accords. Cette pratique de l’alcool a engendré des agressions sociales lors de la colonisation car les espagnols s’en sont servie pour la corruption des chefferies indigènes, les commerçants en ont fait un négoce protégé par les pistoleros et à cause de cela, les bouilleurs de cru sont entrés en clandestinité. L’alcool est donc devenu un outil de contrôle économique, politique et idéologique des populations indigènes.

L'élevage

Ils élèvent des bovins, des ovins, des caprins et des volailles.

Cosmogonie, animisme, syncrétisme religieux
Le chu’lel ou l’âme

Pour les tzotziles en suivant l’héritage maya, l’individu possède deux âmes. La première est matérialisée par un double animale, le ch’ulel qui est l’équivalent du nagual chez les peuples nahuatl ou du nahual des mayas quichés.

Quand un enfant tombe, il peut « perdre son âme » ; entendez il se trouve devant le risque de perdre le contrôle de son animal compagnon ou nahual. L’enfant ne trouve son âme qu’à un certain âge (âge de raison chez nous) et après certaines expériences constituantes. Les âmes sont celles qui ont une vie souterraine après la mort ce que l’Occident médiéval appelait le corps. L’âme reste attachée à l’image (du saint, du village, de l’église, du site, de la personne) d’où il résulte que « voler l’image » peut signifier le rapt de la statue du saint patron mais aussi prendre une photographie ou même un enregistrement (image sonore) ce qui implique toujours le viol d’une âme.

Les tzotziles combinent fort judicieusement la religion catholique des colons avec leurs croyances ancestrales en un coloré syncrétisme religieux.

Le guérisseur

Chaman ou « ilol » en tzotzil = voyant, devin, prophète

Il s’oppose au médecin, au docteur blanc ou ladino, il est le spécialiste de la médecine populaire alors que le docteur est celui de la médecine professionnelle.

Sa fonction est une vocation mais il peut exercer un autre métier en parallèle. L’exercice du guérisseur consiste à « faire parler le sang » (prendre le pouls) accomplir certains rites, soigner avec des médicaments ou des herbes (infusions), pratiquer des soins locaux souvent très efficaces (incisions, onguents…). Le guérisseur est rémunéré à l’aide d’une compensation en nature pour le dérangement et dans le paiement des frais.

La santé est le signe extérieur de l’harmonie : écologique, familiale, relationnelle, sociale.

Corrélativement, la maladie est l’indicateur d’une dysharmonie que doit savoir détecter le guérisseur. La maladie alors se présente comme un mal social ou environnemental. Le rôle du guérisseur sera de rétablir l’harmonie, réconcilier. Les soins s’accompagnent toujours de dialogues, confidences, prières, gestes symboliques et d’un traitement.

Pour certains guérisseurs, la source de la maladie et du remède se trouve dans le nahual, l’animal compagnon tzotzil (ch’ulel, âme) qui est en général inconnu du patient et dont les avatars sont à l’origine des maux.

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La pauvreté, la santé

Au Chiapas, la première cause de mortalité est due à la pauvreté : marginalité, manque d’équipement, d’eau potable, famine, dénutrition.

Les maladies souvent bénignes et curables de nos jours tuent faute d’argent ou de soin.

Le Chiapas compte 4 millions d’habitants : 60 % d’origine indienne dont 35 % d’indigènes mayas.

Sur 118 municipalités, 109 sont classées entre « forte marginalisation » et « très forte marginalisation ».

Sur 44 municipalités classées « très forte marginalisation », 33 sont essentiellement indigènes.

Mortalité

Au Chiapas les taux sont les plus élevés du Mexique.

8 maladies sur 10 sont dues à des infections touchant les voies respiratoires (59%) et intestinales (31%). Les causes : manque d’eau potable et de drainage.

La tuberculose est la 11e cause de mortalité contre la 16e cause au Mexique.

Le Chiapas est le 4e état du Mexique pour le nombre de femmes infectées par le virus du sida.

Mortalité infantile :

Au Mexique : 28 décès pour 1000

Au Chiapas : 34.8 décès pour 1000 (la cause de mortalité infantile la plus forte est due aux diarrhées).

Mortalité maternelle

Elle affecte essentiellement les femmes pauvres. Les raisons sont la déficience et la difficulté d’accès aux services de santé, la malnutrition, la violence au sein des familles, les grossesses prématurées, les avortements mal pratiqués.

Au Mexique : 51 décès pour 1000 au Chiapas 117 décès pour 1000

Migration vers les Etats-Unis

Chaque année entre 30.000 à 50.000 chiapanèques émigrent aux Etats-Unis ; 65% sont des paysans et indigènes dont les tzotziles de Los Altos. De nombreux tzotziles de Chamula sont forcés de migrer pour devenir journaliers à San Cristobal de las Casas ou saisonniers dans les plantations. Alors ils sont doublement exploités, premièrement par l’injustice du contrat de travail du manœuvre, deuxièmement par le racisme du rapport blanc/indien.

Comité agraire et l’ejido

Tzotzil de Zinacantan : "komite skuenta ejido", tzotzil de Chenalho : "komite sventa ejilo", tzotzil de Chamula : "comisario"

Espagnol du Mexique : comisariado ejidal

C’est la principale conquête paysanne de la révolution de 1910, l’ejido l’une des formes de propriété sociale de la terre.

L’article 27 de la constitution mexicaine de 1917 établit un nouveau régime de la tenure de la terre : la propriété privée est maintenue mais restreinte dans son extension (en théorie) et la propriété sociale est promue sous deux formes assez semblables : terres communales et ejidos. Actuellement, un peu plus de la moitié du territoire mexicain relève de la propriété sociale des paysans.

L’ejido est un espace contrôlé par les paysans. Seule une partie est divisée en parcelles ou lopins cultivables, le reste est occupé par les bois, les falaises rocheuses, les ravins, les lacs et rivières, les marais… en 1982, il y avait 1597 ejidos au Chiapas couvrant 4.017.864 hectares (sur un total global de 7.400.000) bénéficiant à 162.200 ejidataires ou chefs de famille(un demi million de villageois répartis en plus de 7000 agglomérations rurales).

L’institution de l’ejido interdit la vente ou location des terrains de la propriété sociale et aussi de laisser en friche les parcelles, mais elle confère un usufruit individuel des parcelles et le droit de les hériter ; elle donne en outre l’obligation de gestion collective de la propriété sociale dans son ensemble.

C’est un comité (comisariado) qui l’administre avec un président, un secrétaire et un trésorier. Celui-ci est contrôlé par un conseil (consejo) de vigilance doté d’autant de membres ayant les mêmes fonctions et par l’assemblée populaire (tous les paysans actifs du village) qui peut élire des commissions spéciales. Les fonctions du comité agraire découlent de toutes les activités reliées à la tenure de la terre : démarches et négociations à la capitale fédérale ou à celle de l’état, partage, limites, distributions, succession ou héritage de celles-ci, défense du territoire de l’ejido et conflits avec les paysans voisins, protection et gestion des eaux et forêts, entretien du fundo comun, défrichement, reboisement et même entretien ou construction de routes, sentiers, ponts, réseau d’irrigation…convocation aux corvées communautaires, aux assemblées de village, exécution des décisions de celles-ci et perception des cotisations variables pour financer les frais afférents de toutes les activités précédents.

Violation des droits humains

L’armée nationale a été dénoncée pour violations des droits humains contre des personnes civiles appartenant à des communautés autochtones sous l’influence de l’EZLN et d’autres organisations : harcèlement, menaces, occupations illégales de terres, exécutions, torture, déplacements forcés, introduction de la prostitution, de l’alcoolisme et des consommations de drogues qui contribuent à la fragmentation du tissu social.

Le soulèvement zapatiste

Après dix années de préparation et d'organisation clandestine dans les villages de la jungle (selva) et des hauts plateaux (los altos) du Chiapas commence, le 1er janvier 1994, une insurrection indigène. Ce soulèvement a lieu le jour même de l'entrée en vigueur de l'ALENA entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, la date est donc choisie pour montrer un rejet du néolibéralisme

Les combattants zapatistes, au visage caché par des paliacates ou des passe-montagnes, déclarent la guerre au gouvernement fédéral et à son armée, et parviennent à occuper divers chefs-lieux de l'État du Chiapas parmi lesquels San Cristóbal de Las Casas, Las Margaritas, Altamirano et Ocosingo.

(….) un million d’indigènes habitent ces terres et partagent avec les métis et les ladinos un cauchemar inéquitable : le choix qu’il leur reste ici, cinq cents ans après la « rencontre des deux mondes » c’est mourir de la misère ou de la répression. Le programme d’optimisation de la pauvreté, cette petite goutte de social-démocratie qu’asperge aujourd’hui l’état mexicain et qui sous Salinas de Gortari, porte le nom de Pronasol* est une ironie caricaturale qui coûte des larmes de sang à ceux qui, sous ces pluies et ces soleils essaient de vivre.(…)

(..) ce monde indigène est peuplé de 300.000 tzotzils, 300.000 tzeltals, 120.000 chols, 90.000 zoques et 70.000 tojolabals. Le gouvernement suprême reconnaît que la moitié « seulement » de ces indigènes est analphabète.

Poursuivez par la route vers la pleine montagne, et vous arrivez à la région qu’on appelle Los altos de Chiapas. Ici, voilà cinq cents ans ; l’indigène était majoritaire, maître et seigneur des terres et des eaux. A présent, il n’est majoritaire qu’en nombre et en pauvreté. Continuez, avancez jusqu’à San Cristobal de las Casas, qui cent ans plus tôt était le capitale de l’état mais que les querelles entre bourgeois ont privé de cet honneur douteux, lorsqu’il s’agit de l’état le plus pauvre du Mexique.non, ne vous arrêtez pas, si Tuxtla Gutierrez est un grand entrepôt, San Cristobal de las Casas est un grand marché : par des milliers de chemins arrive le tribut indigène au capitalisme : tzotzils, tzeltals, chols, tojolabals et zoques, tous apportent quelque chose : du bois, du café, du bétail, des tissus, des produits artisanaux, des fruits, des légumes, du maïs. Tous emportent quelque chose : maladie, ignorance, moquerie et mort. De l’état le plus pauvre du Mexique, c’est la plus pauvre région. Bienvenue au grand marché rénové par pronasol. Ici tout s’achète et se vend, sauf la dignité indigène. Ici tous est cher, sauf la mort.(…)

Extrait de Premier vent, celui d’en haut du SCI Marcos dans Ya basta 1.

La société civile Las abejas

L'organisation de la Société Civile "Las Abejas" (les abeilles), est un groupe organisé qui lutte pacifiquement pour revendiquer ses droits, et pour défendre ses terres et territoires. Ses forces se soutiennent sur trois grandes racines: la culture, la parole de dieu et les droits écrits. Elle est née à partir d'un petit groupe et n'a cessé de grandir, elle comprend maintenant 6 municipalités des Hauteurs du Chiapas, la majorité parlant la langue maternelle Tsotsil et une partie Tseltal, tous descendants des mayas. Durant sa route, ils ont donné des témoignages de paix, de justice, de liberté, mais aussi des dénonciations et des protestations. Ils ont été présents dans différents lieux du pays et à l'étranger, cherchant à ce que leur action apporte quelque chose à la cause des autres peuples organisés et aussi dans le but d'articuler des efforts pour un objectif commun: La construction du bon vivre.

Les abejas et le massacre d’Acteal

Au cours du mois de décembre 1997 la tension monte au Chiapas surtout à cause de la stratégie du gouvernement et de ses paramilitaires visant à briser le mouvement zapatiste naissant.

La société civiLe Las Abejas, un groupe pacifiste base d’appui des zapatistes avait décidé le 21 décembre d’une journée de prières suivi le lendemain d’un jour de jeûne.

Le 22 décembre 1997, la journée a lieu avec environ 300 personnes présentes sur le lieu de prière quand une cinquantaine d’indigènes armés de machettes et d’armes à feu sont arrivés et ont commencé à massacrer les présents bien que l’armée mexicaine soit à moins de 200 mètres des lieux et n(interviendra pas durant tout le massacre.

Le bilan est sinistre, lourd et pèse encore de nos jours sur les malheureuses épaules des familles encore endeuillées faute d’impunité :

45 morts : dont 21 femmes (4 enceintes), 14 enfants et un nourrisson.

50 indigènes opposés à l’EZLN et impliqués dans le massacre seront condamnés en 2006 à 25 ans de prison, peine minimale prévue par la loi et bizarrement en 2009, la cour suprême de justice décide de libérer 26 prisonniers sous prétexte d’un vice de forme.

La justice de classe mexicaine avait encore frappé.

image Frank Villareal

Les mots en italiques sont les mots en tzotzil
  • Pronasol : programme national de solidarité. Lancé en décembre 1988 ce programme qui dispose de fonds importants gérés de manière quasi discrétionnaire et qui est chiffré à plusieurs milliards de dollars par an à distribué subsides et apporte une solution aux besoins les plus urgents des pauvres en échange de leur travail « civique » gratuit et souvent de leur vote. Financé par les produits des privatisations, il s’apparente à une vaste entreprise d’entretien du clientélisme d’état.

Sources : Les tzotzil par eux-mêmes d’André Aubry,le Chiapas en données, Espoir Chiapas, Ya basta,cocomagnanville

Rédigé par caroleone

Publié dans #indigènes et indiens, #ABYA YALA, #Mexique

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Arzel Jocelyne 24/02/2015 20:59

Merci pour votre blog tres bien fait et agreable

caroleone 24/02/2015 21:02

Merci Jocelyne, j'essaie de faire de mon mieux.
Amitiés
caro