Il y a 26 ans, Thomas Sankara était assassiné. Des circonstances à éclaircir… Une popularité toujours croissante.

Publié le 16 Octobre 2013

14 octobre 2013 |  Par Bruno Jaffré

 

 Le violent assassinat de Thomas Sankara est à la mesure de l’acharnement de ses assassins à le salir et à le faire disparaitre de la mémoire de ses compatriotes. De la même façon les tentatives de faire connaitre les circonstances de son assassinat semblent se heurter à des forces puissantes. Il faut dire que l’hypothèse d’un complot international fait petit à petit son chemin. Quoiqu’il en soit Thomas Sankara a désormais reçoit le panthéon des figures révolutionnaires. Non seulement il est largement adopté comme un modèle par de large couche de la jeunesse africaine mais il est aussi une source d’inspiration pour les artistes de nombreuses disciplines. Retour sur son assassinat et son rayonnement actuel 26 ans après.

Ce jour-là vers 16h30 un commando de militaires du régime de la sécurité présidentielle est arrivé aux abords d’une salle où Thomas Sankara tenait une réunion avec des collaborateurs. Il leur aurait dit : « restez c’est à moi qu’ils en veulent ». Le commando après avoir tué deux hommes est entré dans le bâtiment a tué Sankara, puis tout ceux qui assistaient à la réunion, à l’exception d’un seul qui a fait le mort.

 Le dénouement d’une crise interne.

Après 4 années de révolution qui avait bouleversé le pays, et dont le bilan, on le sait maintenant est considérable, cet assassinat mettait violemment fin à l’expérience révolutionnaire la plus importante du continent africain. Ce n’est qu’aujourd’hui, après le recul, que l’on en mesure toute l’importance.  La jeunesse africaine a fait de Thomas Sankara son héros, à l’image de ce qu’était devenu Che Guevara pour la jeunesse engagée sud-américaine et européenne. Blaise Compaoré et ses amis, qui organisèrent cet assassinat, conscients de la popularité du président assassiné, s’employèrent  à salir sa mémoire, à minimiser son bilan. Les partisans de Thomas Sankara qui ne purent ou ne voulurent s’enfuir, furent poursuivis et souvent torturés. Peu avant ce dénouement tragique, Thomas Sankara affrontait des cadres de la révolution, ayant souvent rejoint ses rangs après la prise du pouvoir. Ils voulaient procéder à de nouvelles purges pour la « clarifier ». En réalité pour mieux profiter des bénéfices du pouvoir, tandis que Sankara, conscient d’une certaine lassitude, voulait au contraire, construire un parti politique qui rassemblerait tous les courants révolutionnaires dans leur diversité, y compris ceux qui avaient été écartés ou qui s’étaient retirés pour divergence, pour aller de l’avant et ouvrir plus tard le jeu politique. Blaise Compaoré, en qui Thomas Sankara avait une confiance aveugle, s’est appuyé sur les secteurs de l’armée qu’il contrôlait et sur ces révolutionnaires de circonstance. Les plus influents de ceux ont cru que la révolution allait continuer furent assassinés, les autres se sont vite transformés en chantres du libéralisme économique, sans trop d’état d’âme. Ils sont le plus souvent encore au pouvoir.

Le climat lourd qui précéda cette issue violente et inattendue, s’explique par les pseudo-divergences au sein de la direction de la révolution,  en réalité dans un discours trouvé récemment qu’il devrait prononcer le soir du 15 octobre, Sankara explique que ses ennemis étaient incapables d’affronter une discussion politique et d’énoncer de réelles ivergences, une certaine lassitude d’une partie de la population, les manœuvres de toute sorte, mais aussi l’organisation d’une fronde contre Thomas Sankara lui-même qui veillait personnellement au travail et à l’engagement de chacun quand ce n’est pas à la moralité de tous. De quoi se faire beaucoup d’ennemis.

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 Un leader d’envergure internationale qui dérangeait.

Depuis, petit à petit, cependant se sont dessinés les contours d’un complot international. La simple analyse politique de la situation internationale et le rôle de plus en plus important qu’y tenait  Thomas Sankara l’impose comme une hypothèse plus que probable. Bien qu’étant un petit pays, Thomas Sankara devenait de plus en plus populaire au sein de la jeunesse du continent, jusqu’à inquiéter les dirigeants des pays voisins qu’il n’hésitait pas à interpeller publiquement. C’est ainsi qu’ils avaient commencé à refuser de le recevoir dans la capitales pour éviter des manifestations de soutien à ce jeune leader de plus en plus incontournable tout autant qu’incontrôlable. Mieux Thomas Sankara avait même exfiltré des dirigeants d’institutions inter africaines, jusqu’ici intouchables pour les juger à Ouagadougou devant les Tribunaux populaires de la révolution.  Sa lutte implacable contre la corruption, l’élan qu’il avait su insuffler à son peuple, qu’il avait réussi rapidement à convaincre de son engagement sincère  à construire le pays, de son  intégrité, et qui s’était mis massivement au travail constituaient autant d’exemple qu’il pouvait en être autrement que ces régimes corrompus dans les pays voisins.

 Un complot international se dessine petit à petit.

Les premières enquêtes journalistiques évoquaient déjà la thèse du complot. Le journaliste Sennen Andriamirado, aujourd’hui décédé, très au fait de cette révolution et ami personnel de Thomas Sankara  en a développé la thèse dans ses premiers articles suivant l’assassinat avant de se contredire dans l’ouvrage qu’il fait paraitre un an plus tard. Plus, dès 1993, des travaux universitaires de chercheurs anglophones  avaient fait état de la présence de libériens au Burkina Faso à l’époque. Ils émettaient l’hypothèse de leur participation à l’assassinat de Thomas Sankara, ce que vont confirmer d’autres travaux en anglais par la suite. En l’an 2000, François Xavier Verschave, alors président de l’association SURVIE (http://www.survie.org) dans son volumineux ouvrage  Noir Silence ( Les Arènes), écrit page 346 à propos de « paradoxale » relation franco-libyennes : « L’Elimination du président  burkinabè Thomas Sankara est sans doute le sacrifice fondateur … Foccart et l’entourage de Kadhafi convinrent en 1987 de remplacer un leader trop intègre et indépendant, au point d’en être agaçant, par un Blaise Compaoré infiniment mieux disposé à partager leurs dessins. L’ivoirien Houphouet Boigny fut associé au complot.» Depuis différents témoignages sont venus confirmer l’hypothèse d’un complot international et notamment un documentaire italien de Silvestro Montanaro diffusé sur la RAI3 en juillet 2009 (voir la le film à et le traduction de certains passages à http://www.thomassankara.net/spip.php?article794). Plusieurs anciens compagnons de Charles Taylor, affirment avoir été présents sur les lieux, mais évoquent aussi la participation de la Côte d’Ivoire, de la Libye, de la France et de la CIA américaine.

 

La suite en suivant le lien (merci) :

Rédigé par caroleone

Publié dans #Devoir de mémoire

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T
Thomas Sankara, présent! certains ne meurent jamais
C
ça me fait bien plaisir alors......en tout cas ici Thomas est chez lui avec ses autres potes.<br /> Bises Txakal et bon week-end<br /> <br /> caro
T
Le Che, Allende, Sankara, Lumumba, Olaf Palmöe, Ahmad Massoud, etc, etc... et si on se débarrassait de tout ceux qui s 'opposent à l'Empire yankee et à la coalition internationale du Fric?
C
Bonsoir Txakal,<br /> <br /> Oui, c'est bien vrai ils ont zigouillé tous ceux qui étaient bien pour nous laisser les autres....<br /> remarque c'est pas mal pour être sûr si le gars était vraiment à fond dans ses idéaux et menaçait réellement les pouvoirs : pour le savoir suffit de demander avant s'il est encore vivant. Ça en fait pas beaucoup quand même mais la valeur était présente et ce qu'ils ont tous fait, on en parle encore.<br /> Bonne soirée et bises<br /> <br /> caro