Pablo Neruda : Ô Chili, long pétale

Publié le 23 Juin 2013

Pablo Neruda : Ô Chili, long pétale

Ô Chili, long pétale

d’océan, de vin et de neige,

ah ! quand

ah ! quand et quand

ah ! quand

viendra l’heure des retrouvailles,

tu enrubanneras ma taille

au blanc et noir de ton écume

et ma poésie sur ton sol

déferlera.

Mon peuple, est-il vrai qu’au printemps

mon nom résonne à tes oreilles

et qu’alors tu me reconnais

comme si j’étais

un fleuve franchissant ton seuil ?

Pablo Neruda : Ô Chili, long pétale

Je suis un fleuve. Et si tu tends

l’oreille sous le sel immense

d’Antofagasta, ou encore

si, au sud d’Osorno

ou du côté de la cordillère, à Melipilla

ou à Temuco, une nuit-

-astres mouillés, laurier sonore-

à la terre tu colles ton tympan,

tu m’entendras courir

et chanter, submergé.

Octobre, ô printemps,

rends-moi à mon peuple !

Pablo Neruda : Ô Chili, long pétale

Eh bien, chers compatriotes, amis, camarades, tout s’est réalisé, mon retour, les vers de mon poème.

J’irai de maison en maison, aux élections de mars.

Ce matin, le tonnerre marin de l’Ile Noire m’a réveillé.

La terre est maintenant passée des mains des trop nantis aux mains des affamés.

Au cours de cette cérémonie pleine de tambours et de joyeuses roulades de sifflets, j’ai cru que je me mariais une fois de plus avec ma patrie. Et ne pensez pas qu’il s’agisse d’un mariage de raison. Il s’agit d’amour. Du grand amour de ma vie.

Salut, chiliennes et chiliens, compagnes et compagnons, amis et amies et merci pour l’amitié, pour la tendresse, pour la reconnaissance que d’autres poètes, de nouveaux pactes, recevront eux aussi de vous avec le temps.

Car la vie, le combat, la poésie resteront bien vivants quand je ne serai plus, moi, qu’un infime souvenir sur la lumineuse route du Chili.

Merci, car vous êtes le peuple, le sel de la terre, le sel du monde.

Salud.

Pablo Neruda

(une partie du discours prononcé au stade national en novembre 1972 après le retour du poète, prix nobel au Chili)

Recueil Né pour naître

Rédigé par caroleone

Publié dans #Fragments de Neruda

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Commenter cet article
H
Bonsoir Caro<br /> <br /> Pablo est vraiment un des plus grands. C'est beau, simplement.<br /> <br /> Bisoux<br /> Serge
C
Bonsoir Serge,<br /> <br /> J'ai été très émue en lisant ce poème qui vient des tripes et qui est si touchant.<br /> Je sais pour l'avoir lu d'autres auteurs comme le fait d'être exilé rend un attachement si profond à la patrie perdue. Mais Pablo était intimement lié à sa terre natale, c'est époustouflant de constater cet attachement viscéral qui lui a fait écrire son chef-d’œuvre qui est une sorte de bible de l'Amérique latine, Le chant général.<br /> Tu vois, je ne suis pas vraiment fixée sur lui comme on pourrait le penser à la lecture de ce blog, je lis d'autres auteurs, sans cesse, mais je ne trouve jamais cette profondeur et cette riche tendresse de terrien que je sais trouver dans les écrits de Pablo.<br /> Il est mon guide même pour ce qui est de l'histoire, de l'art et toute sa vie si riche il l'a partagée sans condition si bien que celui qui sait le lire y trouve plein de pistes pour éclairer ses connaissances.<br /> J'aime par-dessus tout dans ce texte quand il dit qu'il veut se réveiller dans les bras de sa patrie trempé de mer et de rosée et qu'il veut la saisir par la taille : dans ma tête je le vois si bien avec cette longue géographie enserrée dans ses bras juste au niveau central, là où étaient ses terres natales, c'est marrant. Il avait de ses idées je trouve.<br /> <br /> Voilà, je te laisse car Pablo c'est un roman avec moi comme le Che, je te souhaite une bonne semaine et te fais des bises au salpêtre (ça doit pas être terrible, tu me diras)<br /> <br /> caro